Ceci n’est pas un « bear market »

IMG_0346Par J.P. Morgan AM

En Belgique, nous sommes peut-être plus habitués qu’ailleurs dans le monde à une certaine forme de surréalisme. Toutefois, il faut reconnaître que bien qu’ayant grandis dans le berceau de ce courant artistique, rien ne nous avait préparé au surréalisme des marchés qui, en ce début 2016, nous plongent une nouvelle fois dans un flou artistique.

Ces dernières semaines, la plupart des indices boursiers sont en effet entrés en phase de « bear market », ayant dépassé le seuil des 20% de baisse depuis leurs plus hauts d’avril 2015. Cependant, bien que techniquement la définition de « bear market » puisse être retenue, celle-ci n’en demeure pas moins surréaliste car, jusqu’ici, aucun des symptômes qui précèdent ou accompagnent généralement ce type de configuration de marchés n’a été observé.

En effet, l’analyse des dix derniers grands « bear market » illustre que ceux-ci sont déclenchés par des valorisations élevées, des resserrements monétaires rapides des banques centrales, de fortes hausses des prix des matières premières et enfin, dans 80% des cas, par une récession. C’est surtout ce dernier point qui fait aujourd’hui débat dans la communauté financière, car certains voient dans la volatilité actuelle des marchés financiers, alimentée par les difficultés des secteurs manufacturiers et énergétiques, le signe que l’économie mondiale et, singulièrement, l’économie américaine, sont au bord de la récession. Cependant, comme le signalait, il y a déjà 50 ans, le prix Nobel d’économie, Paul Samuelson, « Wall Street a prédit neuf des cinq dernières récessions aux États-Unis ». Autrement dit, on ne peut pas se baser uniquement sur les signaux de marchés pour établir des perspectives conjoncturelles. La réalité des marchés financiers diffère en effet souvent de celle de l’économie réelle. Ainsi, si les difficultés du secteur manufacturier américain affectent 65% des profits du S&P 500, ce secteur ne représente que 12% du PIB et 14% des emplois.

Les marchés ne sont donc pas un baromètre conjoncturel en tant que tel mais seulement un indicateur parmi d’autres, et ces autres indicateurs, à l’instar de la consommation, du taux de chômage ou de l’activité dans le secteur des services, continuent de pointer vers une légère accélération de l’économie mondiale et américaine en 2016. Dans ce contexte, le « bear market » que nous traversons actuellement nous semble non justifié au regard des fondamentaux économiques mais le risque est que, si celui-ci perdure, il pourrait avoir un impact négatif sur la confiance des agents économiques et ainsi créer sa propre réalité, celle d’une récession… Aujourd’hui plus que jamais, il est donc important de conserver son sang-froid et de s’en remettre aux fondamentaux.

Dans ce difficile exercice de mise en perspective, il est bon de se rappeler que depuis 1990, si l’on exclut la crise financière de 2008, nous n’avons connu que 7 périodes ou les marchés ont baissé de plus de 10% alors que la croissance du PIB réel était positive[1] et que seule la correction de 1990 a été effectivement suivie d’une récession dans les 6 mois qui ont suivi. Dans les 6 autres cas, les corrections de 10% n’ont, non seulement pas été suivies d’une récession dans les 6 mois, mais en outre, la croissance réelle du PIB était même dans la plupart des cas plus élevée 6 mois après. Enfin, dans 100% des cas (7 cas sur 7), le S&P 500 a sensiblement rebondi avec un rendement moyen de 21,44%, 6 mois après la correction.

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[1] 1990, 1998, 2002, 2003, 2010, 2011, 2015

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