La démographie doit revenir au cœur de l’économie

Source:Pexels

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Par JP Morgan AM

Aujourd’hui, lorsque l’on évoque la science économique, on fait généralement référence à des chiffres, des statistiques ou des modèles mathématiques et pourtant, à la base, l’économie est une science humaine qui emprunte davantage à la psychologie et à la sociologie qu’aux mathématiques.

Ainsi, à l’heure où l’approche quantitative de l’économie semble atteindre ses limites, comme l’illustre l’imprécision croissante des prévisions conjoncturelles, il est nécessaire d’en revenir aux fondements de la discipline afin de mieux appréhender les développements économiques à venir.

La faiblesse de la croissance depuis la grande crise financière pose en effet question dans les cercles économiques qui peinent à en trouver la cause et par conséquent à y trouver un remède.

Le cas des États-Unis est emblématique car il s’agit du pays développé qui a le mieux réussi à rebondir après la crise, grâce à l’impact conjugué d’une politique budgétaire pro-cyclique, qui a fait exploser le déficit budgétaire a plus de 9% du PIB en 2009, et d’une politique monétaire agressive, qui a fait gonfler le bilan de la Fed a $4500 milliards. Et pourtant la croissance peine à revenir à son potentiel. Contrairement à l’Europe, on ne peut donc blâmer une réaction tardive des autorités ni même la rigidité de l’économie puisque, si 8,8 millions d’emplois ont été détruits durant la période 2008-2010, 14,4 millions d’emplois ont depuis été créés et le taux de chômage est retombé à 5%.

L’une des raisons le plus souvent évoquée pour expliquer ce ralentissement structurel de la croissance est le vieillissement de la population, puisque la croissance de la population active et la productivité sont les principaux moteurs de la croissance. On observe ainsi que la croissance de la population active américaine s’est établie à 0,7% durant la période 2005 -2015, contre plus de 1% en moyenne depuis 1955, tandis qu’elle devrait tomber à 0,4% pour la décennie à venir. Si l’on ajoute à ce phénomène, le fait que la richesse produite par travailleur n’a cru que de 0,9% durant la période 2005 – 2015, contre 2,1% durant la décennie précédente, on comprend bien entendu pourquoi la croissance peine à retrouver son niveau d’avant crise.

Cependant, le vieillissement de la population n’est pas le seul phénomène démographique qui trouble nos équations économiques. La génération des millenials, avec 92 millions de personnes nées après 1980, est en effet devenue le plus grand groupe de population aux États-Unis, devant les baby-boomers qui ne sont que 77 millions, et leurs habitudes de consommation divergent fortement de celles de leurs ainés. En effet, les millenials sont fortement endettés, la dette étudiante moyenne est passée de $10.000 en 2003 a plus de $20.000 aujourd’hui, alors que dans le même temps les revenus stagnent et que la précarité sur le marché du travail augmente. Dans ce contexte il n’est pas surprenant qu’ils repoussent la date pour fonder un foyer ou pour acheter une maison. Et de manière générale, ils préfèrent jouir d’un bien un temps donné plutôt que de le posséder. Ils privilégient, de ce fait, l’économie du partage. Outre l’intérêt sociologique que cela suscite, cela a bien entendu des répercussions économiques, notamment en termes de consommation, ce dont il faudra désormais tenir compte. Plus que jamais, nous estimons donc que l’humain et la démographie doivent revenir au centre de l’équation économique.

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