Que fait la BCE et pourquoi ?

Euro_ECB (1)Le 10 mars dernier, Mario Draghi, le Président de la Banque centrale européenne (BCE), a annoncé de nouvelles mesures monétaires. Quelles sont ces mesures et, surtout, quels sont les objectifs qu’elles poursuivent? Eclairage et analyse.

Qui prend les décisions en matière de politique monétaire ?

C’est un raccourci de dire que la BCE prend les décisions en matière de politique monétaire dans la zone euro. En réalité, c’est le Conseil des gouverneurs de la BCE qui définit ces orientations. Il est composé des 6 membres du Directoire de la BCE, dont fait partie son président, et des 19 gouverneurs des Banques centrales nationales de la zone euro.

Quelles sont les dernières mesures qui ont été adoptées ?

La première mesure concerne le taux directeur central, qui a été abaissé de 0,05% à zéro. Cela signifie que les banques commerciales peuvent actuellement emprunter gratuitement auprès de l’Eurosystème, c’est à dire auprès de l’ensemble composé de la BCE et des 19 banques centrales nationales de la zone euro, et ce, pour autant qu’elles détiennent les garanties nécessaires. Le taux d’intérêt appliqué aux dépôts des banques auprès de l’Eurosystème a, lui aussi, été réduit, passant de -0,30% à -0,40%. Les banques sont donc tenues de payer un intérêt pour conserver des liquidités auprès de l’Eurosystème. En marge de ces actions sur les taux d’intérêt, la BCE va également renforcer sa politique d’assouplissement quantitatif (en anglais « quantitative easing ») en augmentant le volume de son programme d’achat d’actifs. Elle rachètera (sur le marché secondaire) désormais pour 80 milliards d’euros de dettes gouvernementales par mois, contre 60 milliards auparavant. Ce programme d’achat d’actifs devrait se poursuivre jusque mars 2017. Cet horizon est cependant amené à évoluer en fonction des perspectives en matière d’inflation. Aux côtés des obligations sécurisées (covered bonds, obligations émises par les banques et couvertes par des actifs) et des titres adossés à des actifs (ABS ou Asset Backed Securities, actifs qui ont été titrisés), la BCE se portera également acquéreuse d’obligations émises par des sociétés non financières. Enfin, la BCE a décidé de conduire des opérations de prêts pour une durée de 4 ans, assorties d’un mécanisme incitatif.

Quels sont les buts poursuivis par cette politique ?

L’objectif premier de la BCE est de garantir la stabilité des prix, afin de préserver le pouvoir d’achat et de contribuer ainsi à une croissance économique durable dans la zone euro. La stabilité des prix a été définie par le Conseil des gouverneurs comme un niveau d’inflation inférieur mais proche de 2% à moyen terme.

Comment cela fonctionne concrètement ?

En pesant sur le coût du crédit et sur la rémunération de l’épargne, les mesures incitent à la consommation et à l’investissement. Elles stimulent ainsi l’activité économique. La baisse des taux d’intérêt dans l’économie de la zone euro pousse, en outre, les investisseurs en quête de rendements plus élevés à investir dans d’autres zones monétaires. Ceci tend à affaiblir l’euro, à rendre ainsi les produits européens plus compétitifs et à favoriser les exportations, tandis que les importations sont découragées.

Il est aussi important de noter que la BCE a donné le signal selon lequel ses taux d’intérêt resteront bas sur une longue période. Ce signal est renforcé par sa politique d’achats d’actifs dans la mesure où une remontée (précoce) des taux d’intérêt ferait baisser la valeur des titres qu’elle détient. En inscrivant sa politique dans la durée, la BCE pèse plus directement sur les taux d’intérêt à long terme de l’économie, ces taux étant les plus pertinents pour les décisions de consommation et d’investissement.

Cette politique a-t-elle du sens ? N’est-elle pas intervenue trop tard ?

Il est toujours facile de porter un jugement a posteriori. Sur la base de la situation économique Outre-Atlantique et des actions conduites par la FED, on pourrait penser que la BCE a été lente à réagir. Les choses ne sont toutefois pas si simples et, globalement, on peut dire que la BCE a fait du bon travail. Différents travaux montrent en effet que, sans les mesures qu’elle a adoptées, la zone euro aurait très probablement sombré dans la récession.

Pourquoi la BCE n’arrive-t-elle pas à atteindre son objectif ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer le décalage entre les mesures prises et leurs effets dans l’économie. D’une part, il faut relever le très net et rapide déclin des prix de l’énergie au cours des dernières années. Une évolution qu’il n’était pas possible d’anticiper. D’autre part, un certain manque de confiance règne encore dans la zone euro, ce qui bloque à la fois la demande de crédits et les décisions de consommation et d’investissement. Ensuite, les effets de telles mesures de politique monétaire ne sont pas instantanés. Il faut toujours tenir compte d’un délai avant qu’ils ne se répercutent dans l’économie, délai qui peut parfois s’étendre sur plusieurs trimestres. Certains observateurs notent également que la BCE a peut-être agi trop tard et trop peu et qu’elle doit donc aujourd’hui rattraper ce retard. « Durant la basse conjoncture de 2008 à 2015, la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne a été sinon procyclique, du moins trop tard et trop peu expansionniste. De manière tout autant procyclique, les restrictions budgétaires (freinage des dépenses publiques et alourdissement des impôts) que des excès antérieurs rendaient inévitables, ont aggravé la stagnation. A 19 représentants des Etats Membres de l’Union monétaire, il est plus malaisé de décider, d’agir à temps et, a fortiori, d’anticiper. Mais la politique monétaire est devenue stimulante, même si c’est trop peu et trop tard. Elle renforcera les facteurs favorables qui convergent depuis un an », estime Alain Siaens, Docteur en Sciences Economiques. Il faudra donc encore de la patience et sans doute un prolongement des mesures engagées pour voir un redressement plus significatif de la croissance et des prix en zone euro.

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