Sans la BCE, nous aurions été en récession

IMG_1934Jan Smets, le Gouverneur de la Banque Nationale de Belgique, était l’invité d’honneur de la Société Royale d’Economie Politique de Belgique à l’occasion de son déjeuner de rentrée. Une opportunité pour refaire le point sur les enjeux et défis de notre petite économie ouverte sur le monde.

Les turbulences du monde entrainent une forte volatilité sur les bourses. « Les bourses sont conscientes, un peu tard, que l’économie mondiale subit des risques et que nous vivons un ralentissement de la croissance dans les pays émergents. Dans ce contexte, la Chine capte l’attention. Or, la Chine évolue vers un modèle de croissance plus sain, plus durable et plus écologique. Ce changement occasionne des problèmes temporaires. Ce qui m’inquiète surtout c’est que, si la Chine a de la marge pour réagir, quel sera l’impact pour les autres économies émergentes ? Elles devront peut-être faire face à des renversements dans les mouvements de capitaux qui déprécieront leur monnaie », estime Jan Smets.

Dans un monde en mutation, on peut dire que l’Europe se porte plutôt bien même si nous sommes face à deux grands risques : la crise migratoire et le Brexit. « On me qualifie souvent d’optimiste », reconnaît Jan Smets. Mais le gouverneur avoue être préoccupé par le niveau trop bas de l’inflation. « C’est préoccupant d’une part si les consommateurs finissent par adapter leurs comportements à cette inflation basse. D’autre part, le poids réel des dettes pèse sur le redressement de la zone euro. Il sera difficile de réduire le poids réel des dettes si nous n’avons pas d’inflation », constate Jan Smets.

Beaucoup de gens se complaisent à critiquer la politique monétaire de la BCE et son efficacité. Or, la politique monétaire ne se conçoit pas dans un laboratoire. Aujourd’hui, la croissance est moins porteuse qu’espérée, les prix du pétrole sont au plancher. « Si nous n’avions pas mené cette politique nous aurions eu une croissance plus faible. Nous serions en risque de récession économique. Cette politique est efficace dans la mesure où elle assouplit le crédit. Cette politique a aussi été qualifiée de dangereuse à la fois pour l’épargne et pour les banques. Je pense, qu’à terme, malgré les sacrifices des épargnants, ceux-ci trouveront un bénéfice à ce que l’économie se redresse. Il y aura un rendement grâce à la croissance », ajoute Jan Smets. Selon cet argentier, il n’y a pas d’incohérence entre la stabilité monétaire et des prix et la stabilité financière. Il faut cependant aborder les risques à travers d’autres instruments. « Comme on ne peut pas obliger un cheval à boire, la BCE ne peut pas obliger les entreprises à investir. Nous devons renforcer le potentiel de croissance et achever l’union monétaire », prévient le gouverneur.

En ce qui concerne la Belgique, Jan Smets estime que, bien que nous ayons créé 37.000 emplois en plus, il faut encore enclencher ou poursuivre quatre chantiers : la compétitivité, la réforme des pensions, l’innovation et la compétitivité et, bien sûr, les finances publiques. « L’assainissement doit se poursuivre pour atteindre l’équilibre. Il n’y pas qu’un pôle qui doit être renforcé mais plusieurs. Il faut dépasser la vision à court terme pour avoir une vision à plus long terme », ajoute Jan Smets. Et pour conclure, le gouverneur reconnaît que l’Europe devrait finaliser son union financière, son union des marchés des capitaux et son union budgétaire et tendre vers cette finalité qu’est l’union politique.

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