Le trading à haute fréquence et les ETF provoqueront-ils la prochaine crise financière ?

IMG_0397Le trading à haute fréquence (appelé aussi high frequency trading) qualifie les transactions boursières qui sont exécutées à des vitesses très rapides (on parle de millisecondes) de façon automatique grâce à des algorithmes mathématiques. Ces algorithmes gèrent une multitude de données à une vitesse que ne peut concurrencer une analyse humaine ou informatique traditionnelle. Le développement de ces techniques de trading a été favorisé par les changements réglementaires visant à promouvoir une concurrence entre les plateformes boursières. Les traders à haute fréquence mettent en place des stratégies prédatrices en profitant des avantages qu’ils ont en matière d’accès à l’information. Ils peuvent ainsi traiter des opérations avant les autres en bénéficiant d’une information rapide et sur plusieurs places boursières désormais décentralisées.

Ces HFT s’installent souvent le plus près des bourses car tout est mis en place pour bénéficier d’une vitesse plus grande en rapprochant l’opérateur de la plateforme boursière. Certains opérateurs lancent des ordres qu’ils annulent dans des délais très courts. Ces pratiques ne sont pas sans danger. Certains y voient même une menace pour les places financières car ces pratiques les rendent plus fragiles.

En marge du trading à haute fréquence, on assiste également au développement phénoménal des émissions et transactions sur ETF (pour Exchange Traded Funds ou trackers). Pour rappel, les ETF sont des fonds qui ont pour but de répliquer les indices boursiers. Ils sont cotés en Bourse. « Le marché européen des fonds indiciels cotés (ETF) a connu, au cours des trois premiers mois de 2015, le meilleur trimestre de son histoire en termes d’entrées nettes de flux. Selon les données préliminaires, 30,8 milliards d’euros ont été investis dans les ETF domiciliés en Europe sur la période », relevait José Garcia-Zarate de Morningstar en avril 2015. Ces fonds permettent aux investisseurs de se positionner de façon rapide, liquide et à moindres coûts sur un marché ou un segment de marché. Ils drainent un montant exceptionnel de liquidités qui peuvent être revendues facilement.. Le lundi 24 août dernier, le lundi noir, certains ETF cotés sur les marchés américains ont connu des problèmes et ont vu leur cotation suspendue à plusieurs reprises au cours de la journée en raison de leur chute brutale.

Doit-on voir dans ces deux phénomènes un risque potentiel en cas de forte baisse des marchés ? Risque-t-on de voir les mouvements de baisse s’amplifier en raison du trading à haute fréquence et des montants impressionnants investis en ETF ? Si ces éléments sont perturbants à bien des égards, ils ne devraient pas forcément être les causes principales d’une prochaine crise financière. Ils pourraient cependant en accentuer les effets. « En cas d’un fort mouvement de marché à la baisse provoqué par une mauvaise nouvelle, les traders haute fréquence peuvent sortir de nombreux carnets d’ordres en une fraction de seconde grâce à leur technologie, créant des « gaps » importants de liquidité et exacerbant la volatilitéUn certain nombre d’ETFs qui poussent beaucoup d’investisseurs à prendre les mêmes positions peuvent également augmenter les problèmes de liquidité en période de forte liquidation. D’autres types d’ETFs, ceux qui sont à effet de levier et ceux qui portent sur des sous-jacents peu liquides, accentueraient aussi les turbulences du marché si des ventes massives et soudaines se produisaient », explique Fabien Orève, Global Head of Trading chez Candriam. Ces pratiques sont donc dangereuses. Selon certains opérateurs sur le marché, il faudrait interdire purement et simplement le trading à haute fréquence car il dénature les marchés. Pour cela, il faudrait un certain courage politique et surtout une unanimité politique internationale sur ce sujet. D’ici là, les montants en jeu ne sont pas anodins et, en cas de nouvelle crise financière, les répercussions de ces pratiques ne seront pas sans danger.

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