MiFID II, un tsunami dans le monde de la gestion !

DSCN2500 - Version 2Les réglementations concernant la gestion de portefeuille ne cessent de contraindre les banquiers et gestionnaires de portefeuille à de nouvelles obligations. Une des dernières en date, MiFID II, n’est pas encore implémentée mais fait déjà couler beaucoup d’encre. Des pays comme la Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont déjà contraint le secteur à l’appliquer, ce qui laisse entrevoir les changements que cela risque d’entraîner pour le secteur financier. Elle va drastiquement changer le paysage de la gestion de portefeuille.

  1. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

La réglementation MiFID II est développée en quatre grands axes : une meilleure transparence des produits, la délivrance de conseils indépendants, les commissions perçues par les intermédiaires qui vendent des fonds, la gouvernance et la stabilité des produits de placement. Sans rentrer dans la complexité des détails de cette directive, il est un aspect qui attire plus particulièrement l’attention : la suppression des rétrocessions de frais de gestion. En effet, dans certains cas, les émetteurs de fonds de placement rétrocèdent aux distributeurs de leurs fonds une partie des frais de gestion qu’ils perçoivent chaque année. Désormais, selon cette directive, les conseillers en placement ne pourraient plus recevoir de rétrocessions lorsqu’ils mettront des fonds dans le portefeuille de leurs clients. Pour se rémunérer, ils devraient dès lors appliquer des frais de conseil à leurs clients. Ceux-ci, par contre, payeraient moins de frais de gestion dans leurs sicav en portefeuille. Nous sommes ici dans une situation de vases communicants : les frais de gestion dans les sicav diminuent mais les frais de conseil augmentent. Autrement dit : selon le principe de transparence exigé, ces frais auxquels l’investisseur était peu attentif apparaissent au grand jour.

  1. Quelles seront les implications pour le secteur ?

« Aux Pays-Bas, on a assisté à un changement drastique dans les modèles de services aux clients. Avant l’implantation des règles MiFID II, le service aux clients se répartissait à concurrence de 70% dans la gestion avec conseil, 20% des clients étaient en gestion discrétionnaire et 10% des clients passaient leurs ordres en direct sans conseil ni gestion. Aujourd’hui, après la nouvelle réglementation, le paysage s’est complètement modifié : il se répartit à concurrence d’un tiers par segment. Cela signifie qu’une part importante de clients qui bénéficiaient d’un conseil sont passés vers un service sans conseil », constate Asgeir Thordarson de chez Fidelity. A force de vouloir protéger l’investisseur, le régulateur aboutit à l’effet inverse : noyé par les réglementations, il se dirige vers un service moins encadré. Tant les clients, moins bien guidés, que les gestionnaires et conseillers seront les grands perdants de cette réforme. Le secteur de la gestion discrétionnaire risque de souffrir d’une désertion des clients. « Et les intermédiaires qui offrent toute la panoplie des services ne pourront pas se rattraper sur les frais de transactions car ces clients qui passeront sur les plateformes en ligne sont plutôt conservateurs et ne font pas beaucoup de transactions », ajoute Asgeir Thordarson.

3. Et dans les portefeuilles en gestion, quels changements en perspective ?

On verra sans doute l’offre se modifier : davantage de fonds-maison parfois gérés par des gestionnaires extérieurs ou des fonds maison qui reprendront en portefeuille des fonds d’autres gestionnaires : des fonds de fonds. Ce qui impliquera, pour les investisseurs, une offre moins transparente.

4. Au-delà de MiFID II, quels sont les autres dangers ?

Les gestionnaires actifs sont de plus en plus inquiets de la montée en puissance de la gestion passive (par les trackers). Cette offre est moins chère, plus transparente et plus liquide que l’offre en gestion active et gagne ainsi des parts de marché. Le secteur de la gestion ne devrait également pas négliger l’arrivée de nouveaux entrants. Une offre de Vanguard, de Betterment ou de Wealthfront aux Etats-Unis, de Nutmeg en Grande-Bretagne, de meDirect, de Fortuneo en Belgique permet d’obtenir une gestion discrétionnaire en ligne pour des montants très faibles entre 25.000 et 10.000 euros et surtout avec des frais de gestion qui peuvent osciller entre seulement 0,3 et 0,6% alliés à une grande transparence. Ce genre d’offre va permettre à des acteurs d’acquérir une nouvelle clientèle en gestion et de servir une clientèle qui est déjà desservie auprès des acteurs traditionnels. « Qui sera le gagnant de la gestion de portefeuille demain ? Les grandes banques ? Amazon ? Ou des acteurs comme Wealthfront ? » s’interroge Asgeir Thordarson. Les nouvelles réglementations et les nouveaux entrants vont provoquer de grands bouleversements dans ce secteur qui, s’il ne réagit pas, ne s’en sortira pas indemne.

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Une réponse à MiFID II, un tsunami dans le monde de la gestion !

  1. Il convient, je pense, de remettre les choses en perspective, même si cela dérange les institutions gestionnaires de fonds comme Fidelity.

    MiFIDII n’arrive pas sur un marché caractérisé par une efficacité optimale et une splendide transparence! Et dire que MiFIDII atteint l’effet inverse de celui escompté sous prétexte que de nombreux investisseurs abandonnent la gestion conseillée, est un discours qui en dit assez long sur la déconnection entre les professionnels du marché et les investisseurs finaux.

    MiFIDII vise, entre autres choses, à corriger une situation où le conseil donné aux investisseurs est le plus souvent biaisé en fonction des rétro-commissions perçues par le distributeur.
    Les gestionnaires pouvaient, et peuvent encore, ne se préoccuper que de battre un benchmark, qu’ils ont le plus souvent choisi eux-même d’ailleurs, sans se préoccuper des intérêts du consommateur. Le niveau de ses rétro-commissions était ensuite le moteur principal, sinon unique, de la distribution des produits – une telle situation serait-elle permise dans d’autres industries ?
    Alors, oui, sans doute vaut-il mieux pas de conseil du tout que des conseils biaisés (et coûteux !).
    La gestion passive et les Fintechs à la Nutmeg sont sans doute les signes avant-coureurs d’un nouveau rapport que les consommateurs sont en train de créer avec leur argent.

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