Finance comportementale : comment investir dans le progrès technique?

IMG_1027Par Fidelity

Le progrès technique est un puissant moteur de croissance pour l’entreprise, l’économie et les marchés boursiers. Lauréat du prix Nobel, l’économiste Robert Solow estimait que les changements techniques ont en fait toujours été responsables d’environ 87,5 % de la croissance économique. Les innovations telles que les chemins de fer, l’électricité, la télévision, le transport par conteneurs et, plus tard, le développement de l’Internet et la cartographie du génome humain ont toutes joué un rôle majeur dans la croissance des entreprises et de l’économie.

Toutefois, la façon dont les investisseurs abordent la technologie et l’innovation n’est pas à l’abri des préjugés émotionnels. La bulle spéculative des TMT au tournant du siècle a fourni un exemple durable de la façon dont les investisseurs peuvent à la fois tout comprendre et se tromper lourdement. Certains commentateurs n’ont pas hésité à dire à l’époque de la bulle dot.com que l’Internet allait tout changer et sonner le glas de nombreuses activités traditionnelles. Avec du recul, ces prédictions audacieuses se sont avéré être assez exactes. L’Internet a bouleversé la vie de tous les jours et le commerce et a transformé notre façon de consommer les nouvelles, d’interagir avec nos amis, d’écouter de la musique, de regarder des films et d’acheter des biens et des services.

Les innovations qui ont suivi, telles que la connectivité mobile, l’informatique en nuage et plus récemment l’« Internet des objets », ont provoqué de nombreux bouleversements douloureux pour beaucoup de modèles économiques traditionnels tels que la vidéo et la musique physiques, les livres et les journaux. En effet, l’évolution qui a suivi l’éclatement de la bulle technologique a largement répondu aux (et peut-être dépassé les) attentes formulées par les commentateurs les plus visionnaires en 1999.

Le problème ne résidait pas à la base dans le fait que l’Internet allait changer la donne mais qu’il allait rapidement devenir pour les investisseurs un problème de « timing » des opportunités d’investissement, l’excès de confiance, le comportement grégaire et les biais de la pensée de groupe jouant tous leur partition. Les bulles boursières sont invariablement construites sur des vérités authentiques. Malheureusement, ces vérités peuvent être gonflées et exagérées pour encourager la spéculation à court terme et les excès, poussant sans discrimination les cours à la hausse. Avec du recul, l’impact de l’Internet a été cumulatif et nombreux ont été les gagnants et les perdants, beaucoup des gagnants n’ayant émergé qu’après la bulle.

La technologie et les soins de santé ont largement surpassé l’ensemble du marché

par défaut 2015-05-18 à 16.10.17Source : Datastream, 15-05-2015.

Les actions dans les secteurs technologique et pharmaceutique ont été les moteurs de la reprise sur les marchés boursiers du monde après la crise. Dans une perspective de finance comportementale, ce fut une évolution intéressante. Comment les investisseurs se sont-ils positionnés dans ces secteurs après avoir essuyé de tels déboires ? Il est évident que beaucoup d’entre eux ont fait preuve d’une grande prudence dans ces secteurs : chat échaudé craint l’eau froide.

Nous savons que la peur est un puissant moteur émotionnel dans les décisions d’investissement et qu’elle peut avoir joué un rôle dans la sous-exposition des investisseurs à l’égard de ces secteurs porteurs de croissance. Cela ne sert malheureusement à rien à une époque marquée par d’authentiques innovations dans ces deux secteurs : dans la technologie, par exemple, avec les appareils portables, l’informatique en nuage et la connectivité mobile et dans les soins de santé avec la génomique, l’immunothérapie et la virothérapie.

L’innovation suit normalement un cycle différent dans son évolution du développement issu d’une percée technologique à la prise de conscience du grand public et l’émergence effective d’une demande de la part du marché. Les phases du cheminement d’une nouvelle technologie de la phase dite du « Hype » à l’application utile ont été détaillées par Gartner dans une série de graphiques populaires sur les cycles technologiques.

Le Cycle du Hype de Gartner : Comment l’innovation passe de la découverte au phénomène à la mode puis à la phase productive

par défaut 2015-05-18 à 16.12.11Source : Gartner.

La Cycle du Hype montre que les innovations techniques précoces ont tendance à passer relativement inaperçues jusqu’à un progrès collectif ou, plus généralement, jusqu’à ce que la possibilité d’un progrès considérable soit entrevue et que la nouvelle technologie fasse le buzz et donne lieu aux prédictions les plus enthousiastes. Cet engouement ne tient pas compte du fait qu’à cette phase précoce, il n’existe presque jamais de produits véritablement utilisables et que la demande pour de tels produits est encore loin d’être avérée.

La phase de Hype peut souvent être excessive et suivie d’une perte d’intérêt auprès du grand public ou même d’une brève déception parmi les consommateurs potentiels, en raison du temps mis par une innovation pour sortir du laboratoire et arriver à la phase de produit commercialisable (dans le secteur de la santé en particulier, ce cycle de développement est encore compliqué par les réglementations et les longues et rigoureuses phases de test).

Toutefois, il faut retenir que le progrès technique ne cesse jamais. Et il progresse jusqu’à ce que la technologie commence à gagner du terrain avec le développement de produits et applications révolutionnaires aptes à la consommation de masse.

La cartographie du génome est un parfait exemple d’évolution ayant suscité des attentes incroyables à la fin des années quatre-vingt-dix mais ne générant encore de dividendes qu’en termes de nouvelles thérapies. L’optimisme atteignit son paroxysme en 2000 lorsqu’il fut annoncé que le génome humain avait été séquencé. Le cours des actions de biotechnologie monta en flèche en 1999 et 2000, les investisseurs espérant tirer de rapides bénéfices des nouveaux traitements d’une foule de maladies. Mais une fois de plus, cet optimisme généralisé des investisseurs s’est avéré être prématuré, ne tenant pas compte de la complexité et du coût de ce nouveau domaine de la recherche ni des très longs délais de développement des médicaments avec des périodes de recherche & développement s’étendant en moyenne sur 10 à 15 ans.

Et nous constatons aujourd’hui dans le secteur de la santé, et en particulier de la biotechnique, que les actions affichent de nouveau d’impressionnants rendements. La principale raison en est la chute vertigineuse constatée les années suivant la découverte des coûts de recherche et développement dans la génomique. Selon le National Human Genome Research Institute, séquencer un génome coûtait en 2001 quelque 100 000 dollars, contre 10 000 en 2006 et moins de 1 000 aujourd’hui, le point le plus bas n’étant probablement pas encore atteint. Ce qui était impossible jusqu’à aujourd’hui est désormais non seulement possible mais aussi abordable, avec toutes les conséquences que l’on imagine pour l’efficacité des activités R&D dans le secteur de la santé.

Le Cycle du Hype de Gartner pour les technologies émergentes

par défaut 2015-05-18 à 16.14.58Source : Gartner.

L’« Internet des objets » est un bel exemple de ce qui pourrait devenir un thème technologique majeur, suscitant actuellement un vif intérêt et semblant être au point culminant de son cycle du hype. Loin de signifier un manque d’opportunités d’investissement, cela suggère tout de même que les investisseurs doivent être préparés à adopter une vision à plus long terme et à s’engager dans une recherche permanente pour identifier les gagnants de demain. Les chercheurs dans ce secteur d’activité prévoient que le nombre des appareils sans fil passera de 16 milliards en 2014 à 41 milliards en 2020. En dépit des nombreuses applications utiles telles que les thermostats intelligents et les bracelets de surveillance de la santé déjà disponibles sur le marché, il faudra encore quelques années avant que l’Internet des objets soit profondément ancré dans la vie du grand public et se traduise par une demande constante de la part du marché.

Google est un bon exemple d’entreprise ayant saisi à bras de corps le thème de l’Internet des objets. C’est également un exemple d’entreprise véritablement novatrice capable de provoquer des bouleversements dans de nombreux domaines s’écartant de son métier d’origine. Après avoir débuté il y a 19 ans en tant qu’entreprise spécialisée dans la recherche de sites Web, Google a lancé de nombreuses nouvelles initiatives dans des domaines tels que la fibre optique, la domotique ou encore Google Car et Google Glass, semblant même vouloir révolutionner les infrastructures de télécommunications et le monde de l’assurance.

Ce potentiel de perturbation est un élément fondamental examiné par les analystes de Fidelity lorsqu’ils modélisent l’évolution des entreprises et des secteurs d’activité. Ils analysent les changements dans les profils de rendement des entreprises ou des branches d’activités dus à de nouveaux arrivants, de nouvelles technologies ou des changements dans la demande des consommateurs. Tandis qu’une telle recherche fondamentale est indispensable, la prise de conscience par tous les investisseurs du cycle du hype technologique et des préjugés émotionnels que cela peut entraîner doit également être examinée de près si l’on veut investir avec succès dans le progrès technologique.

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