Pollution en Chine, mais que font les autorités?

Source de l'illustration: Pexels

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Par Petercam

Record de vues sur les médias sociaux les premiers jours de sa parution pour le documentaire 2015 sur la pollution de l’air en Chine « under the dome ». Ce documentaire de plus de deux heures, réalisé par l’ancienne journaliste vedette de la télévision Chai Jing, dénonce les sociétés étatiques dans le secteur de l’énergie, production d’acier et charbon comme obstacles majeurs à l’implémentation des mesures contre la pollution prises par le gouvernement chinois. En effet, le film condamne l’inertie du Ministère de l’Environnement face aux effets du smog sur la santé. De plus, la journaliste vise à sensibiliser les citoyens et à les convaincre de leur propre responsabilité dans cette situation.

La pollution atmosphérique en Chine n’est pas un phénomène nouveau. Avec des niveaux dix fois supérieurs aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé, le pays fait face à la pollution globale de l’air la plus importante dans le monde en termes de particules dans l’air (PM 2.5). cette pollution conduit inévitablement à des problèmes majeurs de santé inclus des morts prématurées.

Au-delà des coûts de santé, le smog pèse sur l’économie générale. Les pics de pollution peuvent réduire la visibilité jusqu’à moins de 250 mètres voire même 50 mètres. Le trafic aérien et routier en est dès lors impacté ; certaines sections d’autoroutes devant être fermées et des vols annulés.

De plus, la qualité de l’air nuit de plus en plus à l’engagement et à la rétention des talents expatriés en Chine. Pour les sociétés américaines mais surtout européennes, la qualité de vie est primordiale dans les considérations d’un nouvel emploi. Bien que les multinationales offrent des compensations financières alléchantes et des couvertures d’assurance plus avantageuses, les expatriés talentueux rechignent à rejoindre les mégalopoles chinoises pour y travailler. La problématique est similaire en Inde.

Exposition médiane annuelle – PM 2.5

par défaut 2015-08-04 à 13.40.31Source : Banque Mondiale – 2010-2014

Les autorités du pays sont bien conscientes de cette problématique majeure. Le gouvernement chinois est aujourd’hui celui qui investit le plus dans la R&D en énergie renouvelable. La Chine est un des plus importants producteurs de panneaux solaires et de turbines d’éolienne, non seulement du fait de la faiblesse de ses coûts de production mais également du fait des investissements importants par le pays en recherche et développement.

De plus les autorités ont adopté un plan ambitieux 2013-2017 pour lutter contre la pollution de l’air, représentant jusqu’à 3% du PIB du pays. Depuis les années 80, les investissement pour la protection environnementale ont été augmentés de 0.5% du PIB à 1.9% en 2010 et plus de 3% aujourd’hui.

Cependant, le film « under the dome » dénonce l’absence d’implémentation réelle d’un tel plan.

Dans le cas de la Chine, il faudra d’abord s’assurer que les décisions du gouvernement central soient implémentées au niveau local. À cette fin, le pouvoir centralisateur a inclus une évaluation des officiers locaux pour le succès de son plan.

Il est intéressant de se pencher sur les sources principales émettrices de particules PM 2.5. L’analyse dans la ville de Bejing est pertinente pour l’ensemble du pays. Ici, les principaux responsables de l’air irrespirable sont le transport et les industries lourdes.

Principales sources émettrices de PM 2.5 – cas de Beijing

par défaut 2015-08-04 à 13.41.43Source: Beijing Municipal Environmental Protection Bureau, via publication Exane 22/09/14

Dans le secteur du transport, le pays a imposé des restrictions drastiques – voire les plus sévères dans le monde – sur la consommation d’essence pour les voitures (-5.3% annuellement) d’ici 2020.

Le charbon explique à lui seul un quart de la médiocrité des standards de qualité de l’air. Depuis 2013, les autorités centrales et locales ont également défini certains contrôles de consommation de charbon. Au-delà du quantitatif, la qualité du charbon est également de plus en plus soumise à des contrôles et restrictions. Cependant, le charbon reste une source très bon marché pour la génération centrale de l’énergie. La Chine, grande consommatrice de charbon, doit défier la réallocation de son mix énergétique afin d’être moins dépendante de cette source fortement polluante. Le pays s’est engagé à réduire la part du charbon en-deçà des 65% d’ici 2017; ce qui reste cependant une source majeure de son mix énergétique. Reste à voir si un programme de prix du carbone efficace pourrait modifier la situation.

Le gouvernement central a fait de la protection environnementale sa priorité. Les conséquences en matière de santé sont substantielles. Sur le plan économique, le coût est tel que les autorités n’ont pas d’autres choix que de trouver rapidement une solution efficace.

L’engagement du pays n’a eu de cesse dès lors de croître ces dernières années.

Cependant, à la vue de la situation mise en évidence dans le film “under the dome” – malgré la remise en question de son indépendance et de sa véracité – l’implémentation au niveau local et, plus important encore, l’impact des mesures restent encore à se matérialiser.

L’accomplissement des objectifs de pollution d’air est donc partie intégrante de l’évaluation de la performance des instances locales.

Plus importantes encore: les mesures de renforcement pour l’application des règles environnementales. Bien que celles-ci ne soient pas extrêmement drastiques, elles s’inscrivent dans un effort commun et incluent:

  • Élévation du risque des amendes pour les entreprises en défaut ;
  • Investissement dans les capacités de monitoring afin d’effectuer les campagnes de vérifications;
  • Pouvoir accru aux ONG reconnues par l’Etat par rapport aux sociétés en défaut vis-à-vis des réglementations environnementales, notamment possibilité de poursuites judiciaires.

“Sous le dôme” dénonce une réalité bien connue mais également la responsabilité des citoyens. Les niveaux de pollution sont tels en Chine que les mesures mises en place semblent insuffisantes pour remédier à la situation.

Néanmoins, les mesures et les moyens donnés ne cessent de croître et, étant donné l’impact économique, les autorités seront forcées tôt ou tard – sans doute pour les mauvaises raisons – de renforcer encore leurs politiques et programmes. Evidemment, ceci sans mal étant donné les intérêts et conséquences critiques pour les entreprises étatiques.

Cependant, le documentaire, au-delà de la problématique majeure environnementale, soulève également la question de l’absence de débat sur le sujet, résultat de l’absence de liberté, en particulier l’absence de liberté de la presse et des droits civiques. La Chine est évidemment à mille lieux de l’exemple récent des Pays-Bas, condamnés par la justice hollandaise de réduire davantage ses émissions de gaz à effet de sphère suite à la plainte déposée par 900 citoyens. Cependant ce film est une étape importante aussi pour davantage de liberté d’expression.

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