L’ISR afin de réinventer la gestion active

IMG_1087 (1)Par Petercam

Une table ronde organisée par les Echos à Paris le 15 mars 2015 avait pour titre : « L’ISR pour réinventer la gestion active face au raz de marée de la gestion indicielle ».

Soutenue par les Etats-Unis, la gestion indicielle gagne du terrain et représenterait plus de 15% des actifs gérés dans le monde. Sans avancer de chiffres, les spécialistes en la matière invoquent une progression notable, notamment parce que la gestion indicielle et passive n’est pas nécessairement en opposition à la gestion active. Au contraire, nombreux sont les investisseurs institutionnels qui l’utilisent en complément pour des questions de liquidité et d’efficacité. En effet, le coût serait la première raison d’investissement.

Cependant, la gestion indicielle et passive soulève plusieurs questions.

Tout d’abord, la question des indices qu’elle réplique, basée sur leur capitalisation boursière côté actions et leur endettement côté obligations. La crise des souverains de la zone euro avait déjà mis en exergue les distorsions de pareille construction ; cependant la large majorité des indices obligataires – souverains ou d’entreprises – reste construite sur la base de l’endettement de l’Etat ou de la société. Ainsi, Lehman Brothers, 2 semaines avant sa faillite, voyait son poids doubler dans l’indice américain Iboxx suite à une nouvelle émission et représenter 5% de l’indice. Était-il bien raisonnable de copier cette composition et doubler sa position à 15 jours de l’écroulement de ce géant ?

Cela a bien entendu été étudié après la chute de Lehman Brothers et certaines leçons en ont été tirées. Car la gestion passive et indicielle ne manque pas d’idées et l’innovation fait émerger constamment de nouvelles stratégies basées sur des indices construits différemment comme le « equally weighted » càd. l’équipondération des positions ou encore le « low risk contribution » càd. un poids plus important en fonction de la contribution au risque total de l’univers. Ces stratégies, appelées à la mode « smart beta », découlent fortement de réflexions purement économiques et financières et reposent sur de savants calculs mathématiques. Or, un questionnement peut avoir lieu également sur la composition de l’indice et la définition qui en est donnée. Par exemple, un indice dit « faible volatilité » ou les stratégies « low vol », quelle est la définition de volatilité ? Le risque encouru par l’investisseur est-il réellement défini par la seule notion d’écart-type ou standard deviation ?

Le monde des ETF et de la gestion indicielle s’interroge également. Et, au regard de ses innovations, il est légitime de s’interroger si la gestion passive ne s’approprie pas finalement la gestion active.

L’ISR est une approche fondamentale, en soi un smart beta aussi dans le jargon, qui se base sur la remise en question de l’acteur économique intégré dans un environnement complexe, globalisé et interconnecté. Dans la classe des actifs obligataires, la démarche se concentre davantage sur la capacité de l’acteur économique (Etat ou entreprise) à rembourser les dettes contractées plutôt qu’à sa capacité à emprunter davantage. Il s’agit d’une approche de conviction, qui n’a pas peur de s’éloigner des indices boursiers traditionnels. Et si la tracking error peut sembler forte puisque la gestion est détachée de l’indice, l’investisseur prend-il réellement un risque supérieur ?

Vient ensuite la question de l’impact de l’investisseur. Si la gestion passive gagne du terrain au point de se substituer à la gestion active, l’ensemble des investisseurs se comporte dans le même sens en répliquant les mêmes indices. À côté d’un questionnement évident sur la liquidité des marchés, le risque systémique est également important.

Enfin, nous terminerons sur un rôle important en cette saison des assemblées générales des actionnaires : celui de l’actionnaire. L’ISR s’inscrit dans une démarche responsable càd. faire entendre sa voix par le vote et le dialogue engagé avec l’entreprise. D’une part, c’est prendre sa responsabilité en tant qu’investisseur : en prenant des décisions d’investissement nous avons un impact social, économique, environnemental et de gouvernance sur l’entreprise. D’autre part, la recherche académique montre qu’un dialogue engagé réussi avec l’entreprise conduit à une amélioration de sa valeur, une situation gagnante pour tout le monde.

Il est encore rare que la gestion passive et indicielle fasse entendre sa voix auprès des sociétés, notamment du fait de la question de qui va supporter le coût du processus de vote.

L’ISR ne réinvente pas la gestion active. Il le complémente dans une évolution logique de notre monde actuel.

L’ISR est donc une approche et une démarche globale en complément de la gestion active, perpétuellement en innovation puisqu’il s’agit d’un questionnement global face à un environnement en constante mutation.

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