Gaspillage de nourriture : un problème de durabilité à grande échelle

Photo128Par Petercam

Ce 3 septembre les 193 Etats Membre des Nations Unies ont adopté après deux années de travail impliquant exceptionnellement la société civile, un nouvel agenda ambitieux de développement durable qui sera adopté en Septembre lors du Sommet du Développement Durable à New York.

Parmi les 17 objectifs de développement visant à mettre fin à la pauvreté, promouvoir la prospérité et le bien-être de la population et la protection de l’environnement d’ici 2030, le 12e objectif vise la lutte contre le gaspillage alimentaire.

En effet, selon les estimations des Nations Unies, un tiers de la nourriture totale serait gaspillée soit 1.3 milliard de tonnes, qui ont requis une part importante des terres agricoles. En Union Européenne, ce sont près de 100 millions de tonnes d’aliments sains gaspillés chaque année. Et sans actions prises, ce seront 120 millions de tonnes d’ici 2020. Mais, l’Union Européenne s’est attaquée à cette problématique et vise une réduction ambitieuse de 50% du gaspillage alimentaire d’ici 2020. Notamment, le projet FUSIONS (Food Use for Social Innovation by Optimising Waste Prevention Strategies), vaste programme de recherche lancé en août 2012 pour 4 ans, a 3 objectifs pour la lutte contre le gaspillage alimentaire : définitions des concepts, stratégies communes et innovation sociale pour lutter contre le fléau.

Assurer le droit alimentaire à 9 milliards de personnes en 2050 et ce, dans un environnement de changement climatique et de météo extrême, est un défi majeur à relever où le gaspillage a un rôle clé à jouer.

En effet, le paradigme de produire davantage pour nourrir les 2 milliards d’habitants de notre planète est de plus en plus remis en cause. A ce titre, le paradoxe est tel aujourd’hui qu’il y a simultanément dans notre monde des personnes décédant d’obésité et de mal nutrition. C’est une première aussi que l’obésité comme cause de mortalité ait dépassé celle liée à la malnutrition.

En effet, il apparaît que la quantité alimentaire produite répondrait largement aux besoins caloriques de la planète. Il faut penser davantage à produire mieux et non produire plus. En ce sens, vient aussi une demande accrue vers une alimentation de haute qualité, dans laquelle la technologie a un rôle prépondérant à jouer.

Le gaspillage alimentaire provient essentiellement de deux sources :

  • Dans les pays émergents, la problématique de conservation et de transport
  • Dans les pays développés, l’abondance de nourriture et le comportement du consommateur (dates de péremption trop strictes, campagne de vente « un gratuit à l’achat de deux »), sont à l’origine de gaspillages importants).

L’intégration verticale du processus de production, de la production à la consommation, est une première réponse à la problématique.

La consommation efficace est une autre réponse à long-terme sur la sécurité alimentaire.

Sans parler de la consommation d’eau nécessaire pour produire ces inconsommables.

Il y a ici une responsabilité du consommateur mais les investisseurs ne sont-ils pas également responsables ? Peuvent-ils apporter une réponse à la problématique alimentaire? La spéculation alimentaire serait-elle l’unique objectif possible d’un investissement dans la thématique agricole ?

Sans nier l’influence potentielle des fonds spéculatifs sur la volatilité et la hausse des prix des matières premières, il faut également pointer d’autres éléments contributeurs.

En effet, l’évolution démographique, les changements des mœurs alimentaires et également la production de bio éthanol expliquent la grande partie de la hausse également. Quand certains pays émergents représentent une part importante de la population mondiale et en même temps ne détiennent qu’une petite partie des terres arables et des ressources d’eau potable, la situation n’est clairement pas durable et les besoins sur les ressources agricoles sont criants. La hausse des prix a des conséquences directes sur les terres agraires en production.

Les fonds d’investissements en matières premières agricoles sont souvent accusés de la spéculation alimentaire et l’impact dramatique pour les populations plus pauvres. Cette accusation croissante a conduit plusieurs institutions financières à fermer leur fonds d’investissement, généralement indexés et investis dans les dérivés sur les matières premières agricoles.

Les contrats à terme ou futures ont été mis sur pied à l’origine pour protéger les producteurs et industries de transformation contre les risques liés aux variations intrinsèques des prix agricoles. Aujourd’hui, ces produits dérivés peuvent être détournés de leur but premier et conduisent à l’effet inverse de celui souhaité en aggravant la volatilité et la hausse des prix. Deux risques majeurs sont liés à cette spéculation alimentaire : d’une part la hausse des prix se fait au détriment principalement des populations les plus pauvres ; d’autre part la maximisation du profit provoque des actions d’accaparement des terres.

Cependant, à côté des produits dérivés, l’investisseur peut choisir une autre voie plus durable et constructive en cherchant les entreprises innovantes capables de répondre aux enjeux à venir. De plus, favoriser les sociétés qui investissent et aident à capitaliser sur les progrès en amont de la chaîne de production. Longtemps, le secteur agricole a été délaissé par les investisseurs et a accusé un sérieux retard en investissement dans la chaîne de production. Aujourd’hui, les sociétés s’engagent davantage en capital-investissement en amont de la chaîne de production. Le but final devrait assurer une alimentation suffisante, qualitative et abordable afin de répondre aux besoins d’une population globale en croissance tout en préservant et fertilisant les ressources naturelles pour ne pas compromettre la qualité de vie des générations futures.

Sur le terrain du gaspillage les financiers et les environnementalistes devraient trouver un terrain d’entente car pour les premiers il conduit à une mauvaise utilisation des ressources économiques ; pour les seconds des ressources naturelles.

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2 réponses à Gaspillage de nourriture : un problème de durabilité à grande échelle

  1. van Hecke dit :

    Bonjour,
    L’article semble intéressant mais pourriez-vous ajouter des références pour étayer les affirmations faites tout au long de vos propos ?

    • I.de.L dit :

      Plusieurs sources ont aidé à la rédaction de cet article, pour en citer les principales :

      Recherche de brokers spécialisés ISR

      Websites UE et Fusions

      Rencontre du Corner ISR avec présentation par M. Olivier de Schutter, porte parole aux Nations Unies sur le droit à l’alimentation

      ONG sur le sujet : 11.11.11, Fairfin, etc.

      Et enfin certaines recherches de consultance comme KPMG.

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