Pauvres Grecs !

GetAttachment.aspxPar Pierre Pestieau, Professeur à l’ULg et au CORE

“Pauvres Grecs” c’était le titre d’un entrefilet du Canard Enchaîné du 22 juillet 2015. Le propos du Canard était de souligner que la Grèce était le pays où la réduction de la pauvreté du fait de politiques publiques désastreuses était la plus faible en Europe. Cela indiquait l’échec de l’Etat social grec. Cela m’a incité à retourner aux chiffres de base publiés par EUROSTAT (1).

Comme de coutume, on définit le taux de pauvreté comme le pourcentage des ménages qui ont un revenu inférieur à 60% du revenu médian, ce qu’on appelle le seuil de pauvreté. Naturellement le seuil de pauvreté sera d’autant plus élevé que le revenu médian est élevé. Pour l’année 2013, il est ainsi égal à 12.890€ et 12.552€ pour la Belgique et la France alors qu’il tombe à 5.023€ pour la Grèce. On notera en passant, qu’au Luxembourg, il faut gagner plus de 20.000€ pour ne pas être considéré pauvre. Il est évident que si l’on adoptait le même seuil pour tous les pays européens le taux de pauvreté serait nettement plus élevé qu’il ne l’est en Grèce et moins au Luxembourg.

Pour l’ensemble des pays de l’Union Européenne, le taux de pauvreté brut (avant redistribution assurée par l’Etat) est de 25,8%  et le taux de pauvreté net (revenu disponible) est de 16,7%, mais il y a des disparités importantes entre les pays. Ainsi le taux brut varie entre 39,3 % en Irlande et 16,6% en Tchéquie en passant par 28% en Grèce. Le taux net varie entre 23,1% en Grèce à 8,6% en Tchéquie. La Grèce a donc le taux de pauvreté net le plus élevé mais c’est aussi en Grèce que la réduction de 4,9% ( = 28 – 23,1%) par rapport au taux brut est la plus faible. Dans tous les autres pays (à l’exception de la Bulgarie, Pologne et Roumanie) elle est nettement plus forte. En Belgique, le taux de pauvreté passe de 26,3 à 15,1% et en France de 24,2 à 13,7%.

On peut certainement mettre en cause ce type d’exercice. D’une part, si les transferts publics n’existaient pas, les gens feraient d’autres choix ; ils s’appuieraient davantage sur les assurances privées et sur la famille. D’autre part, les transferts en nature tels que la santé et l’éducation ne sont pas repris dans le calcul alors que leurs effets redistributifs sont incontestables.

Les Grecs sont donc frappés par une double peine : une économie inégalitaire et un gouvernement incapable d’y remédier.

Pour être complet, si l’on fait la même analyse non pas en termes de pauvreté mais d’inégalité mesurée par l’indice de Gini, le constat est moins accablant pour la Grèce (2). Le pays où la redistribution est la plus forte est la Belgique. La Grèce est dans la moyenne européenne. Dans la grosse majorité des pays incluant la Grèce, le système de retraite contribue pour plus que la moitié à cette réduction de l’inégalité. Quand on sait que la Grèce sera forcée de réduire la générosité de ses retraites, il y  a lieu de s’inquiéter.

(1)http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/People_at_risk_of_poverty_or_social_exclusion

(2) http://ec.europa.eu/social/main.jsp?catId=1050&intPageId=1954&langId=en

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