Le coût de la solitude

IMG_0939Par Pierre Pestieau, Professeur à l’Ulg et au CORE

Le Bureau fédéral du Plan et la Direction générale Statistique viennent de mettre à jour leurs perspectives démographiques (1). Une de leurs prévisions les plus intéressantes est la croissance rapide des ménages isolés. Les Belges vivraient de plus en plus vieux mais aussi de plus en plus seuls. L’espérance de vie à la naissance passerait de 77,9 ans en 2013 à 86,3 ans en 2060 pour les hommes et de 82,9 ans à 88,4 ans pour les femmes. L’espérance de vie à 65 ans passe de 17,2 ans en 2013 à 23,3 ans en 2060 pour un homme et de 20,6 ans à 25,1 ans pour une femme.

Le nombre de ménages isolés augmente de 50% en 2060 par rapport à 2014. Cette hausse s’explique par le vieillissement de la population mais également par l’augmentation du nombre d’individus d’âge actif vivant dans un ménage d’une personne (par choix, ou suite à une séparation).

Comment réagit l’économiste devant cette évolution ? Il peut d’abord tâcher d’en évaluer le coût même si  une telle évaluation est délicate. Mettant entre parenthèses pour l’instant les raisons de cette solitude, on peut affirmer qu’elle est coûteuse. On estime en effet qu’il est beaucoup moins coûteux de vivre à deux et plus que de vivre seul. Deux adultes séparés ont besoin d’environ 30% de ressources supplémentaires pour connaître le même bien-être matériel que s’ils vivaient ensemble. D’ici a 2060, il y aura 81.000 ménages isolés en plus. Si l’on suppose que tous ces isolés viennent de couples, on peut affirmer qu’en moyenne chacun d’eux verra son pouvoir d’achat amputé de 30%. En supposant qu’ils touchent le revenu moyen annuel estimé  à 16.000 euros, ces 81000 ménages verront leur pouvoir d’achat réduit de 4800 euros, soit au total une perte de 388,8 millions d’euros. S’ils étaient restés en couple, ils auraient pu jouir d’une consommation effective supérieure de 30%.

Clairement une telle analyse est réductrice. Il faut en effet étudier le pourquoi de cet isolement. Pour rendre les choses simples, on prendra deux causes typiques, le veuvage et le divorce. Dans le cas du veuvage, on peut penser qu’à la perte matérielle, s’ajoute une peine morale sans doute plus importante. On pourra parler à ce propos de double peine. En revanche, s’il s’agit d’un divorce librement consenti qui met fin à un état de guerre douloureux et rend aux deux ex-conjoints une liberté à laquelle ils aspiraient, on peut parler de gain. Si leur décision est rationnelle, il est vraisemblable que leur décision de divorcer résulte d’une comparaison entre les coûts et les gains psychologiques attendus d’une séparation. Dans ce cas, la perte financière pourrait se voir totalement neutralisée par le gain psychologique.

Pour évaluer les coûts réels de ces 81 000 situations de ménages isolés, il faudrait donc procéder à une taxinomie des causes de séparation et pour chacune mesurer les gains ou les pertes psychologiques. Cet exercice dépasse bien sur le propos de ce blog.

La question que cette évolution pose dans des pays où l’on manque cruellement de logements, ce qui rend la séparation encore plus coûteuse, est d’imaginer des modes de vie qui puissent faire bénéficier à des isolés des avantages de la vie à plusieurs. Un retour à la collocation tellement répandue chez les étudiants du supérieur serait une solution. Les séries télévisées américaines sont pleines de ce type de cohabitation à commencer par une très ancienne série « The odd couple » où l’on voit deux hommes divorcés partager un appartement qu’ils n’auraient pu se payer séparément.

http://www.plan.be/admin/uploaded/201503170937470.FORPOP1460_10926_150310_F.pdf

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