La Chine a réveillé les marchés et après ?

IMG_4317Etienne de Callataÿ, Professeur d’Economie à l’Université de Namur, s’étonne de la réaction des marchés après le décrochage de la bourse chinoise au mois d’août. On pourrait parler de paradoxe chinois. « En Chine, il n’y a rien eu de nouveau. Cela fait longtemps que ce pays connaît des problèmes structurels et il est étonnant que les marchés financiers se soient finalement réveillés brutalement sur ces problèmes alors qu’il n’y a pas eu de véritable rupture de tendance », estime cet économiste.

En effet, le ralentissement du taux de croissance est un fait établi depuis longtemps. Les questions relatives au crédit, au secteur immobilier, aux entreprises publiques, à la mauvaise gouvernance et à la corruption sont des faits avérés et connus des marchés depuis des années. On assiste aussi depuis un certain temps à un rééquilibrage entre l’industrie et le secteur des services. « Ce n’est pas une mauvaise chose de même que la hausse des salaires est une bonne nouvelle », ajoute Etienne de Callataÿ.

Alors, cette alerte est-elle non fondée dans sa brutalité et cache-t-elle des opportunités ? Le découplage entre le renminbi (la monnaie chinoise) et le dollar est une bonne chose car un pays comme la Chine se doit d’avoir une monnaie forte. « Vouloir maintenir un taux de change entre la Chine et les Etats-Unis est aussi absurde que de vouloir lier le mark allemand à la drachme. Ce couplage avait quelque chose de malsain. Je ne partage pas l’avis de certains qui plaident pour un ajustement brutal du cours », reconnaît Etienne de Callataÿ.

Le dégonflement de la bulle boursière en Chine devrait aussi être considéré comme une bonne nouvelle. On ne pouvait décemment pas s’attendre à une hausse de ce marché de 100% chaque année ! Ce pays bénéficie également de la baisse des prix des matières premières qui engendre certes une déflation mais une bonne déflation puisqu’elle est importée.

La Chine présente donc des paradoxes : d’une part les bonnes nouvelles affluent mais d’autre part, les grandes questions structurelles sont encore bien présentes. Alors, quelle attitude doit-on adopter en portefeuille ? « Il n’y a pas de raisons de paniquer sur base des événements récents. Les indicateurs avancés de ce pays ne sont pas aussi sombres. Beaucoup de ces indicateurs sont biaisés vers le secteur industriel. Or, l’économie évolue vers les secteurs des services. La Chine dispose des moyens nécessaires pour tempérer une contraction de son taux de croissance. Elle a des instruments budgétaires, monétaires et de change pour éviter une baisse trop marquée du taux de croissance. Et puis, un taux de croissance entre 4 et 6% reste encore très honorable dans le contexte mondial actuel », fait remarquer Etienne de Callataÿ. Cet économiste avoue cependant avoir été interpellé par cette forme de manque de sagesse des marchés qui semblent avoir découvert brutalement des problèmes qui n’étaient pas nouveaux. Nous sommes dans une situation où la Chine a surtout réveillé des marchés assoupis qui ont sur-réagi sur des faits existants.

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