Pays émergents : à prendre ou à laisser ?

par défaut 2015-10-06 à 13.09.28par défaut 2015-10-06 à 13.06.22Telle une onde de choc, les turbulences sur le marché chinois cet été ont secoué les marchés financiers sur toute la planète. Ces événements, conjugués à la crainte d’une hausse des taux d’intérêts de la Réserve Fédérale, ont provoqué une sortie de flux financiers impressionnante des pays émergents. Le Brésil affiche, depuis le début de l’année, les plus mauvaises performances selon les derniers chiffres publiés par Morningstar. Faut-il en déduire que les marchés émergents sont à bannir des portefeuilles?

Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Rappelons que ces pays représentent 85% de la population mondiale et plus de 50% du produit national brut global. Or, ils ne représentent que 12% de la capitalisation boursière mondiale. Cependant, cette classe d’actifs ne peut désormais plus être considérée comme un bloc homogène. « Les marchés émergents offrent encore un bon choix pour les investisseurs actifs. Il est possible d’atteindre une bonne diversification mais il ne faut pas se focaliser sur les indices car tous les marchés ne sont pas identiques. Il faut avoir une vision d’avenir à long terme », reconnaît Emily Whiting, Client Portfolio Manager chez J.P. Morgan AM. Les pays émergents sont une classe d’actifs très cyclique qui peut offrir des opportunités pour les investisseurs… disciplinés ! On distingue clairement les gagnants et les perdants. Parmi les gagnants, on épingle bien sûr les importateurs de pétrole comme l’Inde.

Le Brésil est, sans conteste, la lanterne rouge des émergents. Que s’est-il passé pour que ce pays s’enfonce dans un tel marasme ? « Le Brésil a tous les ingrédients pour faire une mauvaise soupe. Le prix des matières premières a chuté. Or, certaines matières premières sont, pour ce pays, le moteur de la croissance. Le Brésil connaît aussi un problème criant en matière d’infrastructures. Elles sont obsolètes, insuffisantes, ce qui freine la croissance. Par ailleurs, les autorités ont laissé filer le déficit budgétaire en utilisant l’argent des années fastes pour financer des programmes sociaux », constate Vincent Juvyns, Stratégiste chez J.P. Morgan AM. Il en résulte une montée en puissance de la classe moyenne et une hausse de la consommation. Le prix à payer est une inflation de 8,8% en 2015 et un real qui s’est déprécié de plus de 38% en 12 mois face au dollar. L’économie brésilienne est entrée en récession avec une forte inflation. Ce cocktail a empêché la banque centrale d’intervenir efficacement pour soutenir l’économie et les taux d’intérêts ont grimpé à plus de 14%. « C’est la mauvaise gestion des finances publiques, le clientélisme, la corruption et le manque d’infrastructures qui ont engendré des pertes de productivité. Ce pays va devoir résorber son déficit budgétaire en augmentant les taxes et en réduisant les prestations sociales. Il va falloir aussi relancer les dépenses d’infrastructures et puis… prier pour que le prix du pétrole remonte », estime Vincent Juvyns.

Pour l’instant, il convient donc de rester en-dehors de ce pays mais, par contre, il existe encore des opportunités dans les pays émergents. Les analystes de J.P. Morgan AM décèlent des opportunités dans les pays exportateurs de biens manufacturés en Europe Centrale et en Asie. « Et la Chine n’a pas dit son dernier mot ! », rappelle Vincent Juvyns. Les émergents n’ont pas fini d’écrire leur histoire. Certains sont à prendre, d’autres à laisser. Les investisseurs doivent cependant rester attentifs aux valorisations, à la qualité de la gouvernance et à l’impact de l’évolution des devises locales sur leurs investissements dans ces pays.

Source des données chiffrées : Morningstar

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