Marché de l’art : après une année de records en 2014, que peut-on attendre en 2015 ?

PABLO PICASSO Les femmes d'Alger (Version "O") 1955 © 2015 Estate of Pablo Picasso / Artists Rights Society (ARS), New York

PABLO PICASSO
Les femmes d’Alger (Version « O ») 1955
© 2015 Estate of Pablo Picasso / Artists Rights Society (ARS), New York

Par Puilaetco Dewaay Private Bankers

2014 a été l’année de tous les records pour le marché de l’art, le montant global des ventes (beaux-arts) ayant atteint 15,2 milliards de dollars contre 12,5 milliards en 2013. Ce marché reste dominé par les deux grandes maisons de ventes aux enchères : Christie’s, qui a réalisé un chiffre d’affaire de 8,4 milliards de dollars, et Sotheby’s qui a totalisé 6,1 milliards de dollars de vente. Géographiquement, c’est à la Chine que revient la première place en 2014, suivie par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France.

On compte aussi des records en nombre d’enchères millionnaires : 1.679 œuvres échangées au-delà du million de dollars dont 125 ont réalisé des montants supérieurs à 10 millions de dollars. Le nombre de nouveaux acheteurs et de nouveaux vendeurs est en augmentation et les ventes sur internet, ont de plus en plus de poids dans la croissance de ce marché.

Alors que l’art contemporain est le secteur le plus médiatisé, il n’a représenté que 13% des enchères sur le marché de l’art occidental. C’est dans l’art moderne et l’art d’après-guerre que l’on trouve les stars absolues du marché : Picasso, Giacometti, Rothko, Warhol, Bacon, Richter.

2015 serait donné comme une année cruciale pour le marché de l’art. Si des études, comme celle de Delloite, Art and Finance Report 2014, ont conclu à une perspective positive pour cette année, les chiffres impressionnants de 2014 donnent à réfléchir sur la capacité du marché à continuer sur sa lancée, et le spectre d’une bulle sur le point d’éclater rôde toujours. Comme au moment de la crise de 2008, les grandes maisons de ventes aux enchères Christie’s et Sotheby’s sont les premières à réajuster leurs stratégies et à effectuer les changements nécessaires pour maintenir leur rentabilité, la confiance des acteurs et par là-même la santé de leur marché. Dans cette optique, dès le début de l’année, des ajustements importants en terme de personnel on été effectués chez l’une comme chez l’autre. L’accent a aussi été mis sur le développement des ventes en ligne, qui encouragent l’appétit d’une nouvelle classe d’acheteurs pour qui ce moyen d’accès au marché de l’art est en adéquation avec la génération dont ils sont issus. En terme de stratégie, les maisons de ventes aux enchères proposent des ventes de plus en plus sélectives, se concentrant sur des pièces rares et de grande qualité. Ainsi, Christie’s a organisé à Londres le 11 mai dernier, une vente exceptionnelle réunissant 35 chefs-d’œuvres de l’art Impressionniste, Moderne, d’Après-Guerre et Contemporain sous l’intitulé : Looking Forward to the Past. Au cours de cette session, 34 lots ont été vendus pour un montant total de 625,87 millions de dollars. Deux nouveaux records ont été établis : « Les Femmes d’Alger » de Picasso vendu pour 179,4 millions de dollars est devenu le tableau le plus cher échangé aux enchères, et « L’Homme au Doigt » d’Alberto Giacometti, acheté 141,3 millions de dollars, est devenue la sculpture la plus chère vendue au monde.

Ce premier semestre 2015 a totalisé 7,6 milliards de dollars d’enchères, par rapport à 8 milliards pour la même période en 2014. Les Etats-Unis (+ 20%)* ont reconquis leur place de leader devant la Chine (- 30%)* dont la deuxième place est menacée par Londres (+ 6%)*. Le ralentissement que connaît la Chine est dû en partie l’évolution récente des bourses chinoises mais aussi aux mesures anti-corruption instaurées par le président Xi Jipin qui figent les secteurs du luxe et avec eux le marché de l’art. On constate aussi que le marché de l’art chinois se repositionne, en abandonnant la spéculation sur les artistes contemporains pour se tourner vers la logique du placement avec des artistes plus confirmés, moins risqués.

Le second semestre de 2015 nous dira si le journal Art News Paper avait raison en prédisant « un refroidissement, pas un effondrement » du marché de l’art ….

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