Quel lien entre art et entreprise ?

Photos © Jean Nouvel et Luc Boegly

Photos © Jean Nouvel et Luc Boegly

Par Puilaetco Dewaay Private Bankers

L’art se retrouve aujourd’hui au cœur de la stratégie d’un bon nombre d’entreprises. Associé à une gestion performante, il permet de combiner le tangible et le sensible, le réel et l’imaginaire, les chiffres et l’émotion, la performance et le plaisir.

L’entreprise intelligente est à l’écoute du monde, elle anticipe ses mutations et saisit les opportunités du marché offertes par ses transformations. En ce du début du XXIe siècle, elle intègre désormais les enjeux environnementaux, la conscience citoyenne et la culture. Précisément, certaines d’entre elles, préoccupées par leur positionnement, ont perçu dans l’art un vecteur de communication grâce auquel elles peuvent s’inscrire dans des horizons nouveaux. Ainsi, les relations entre l’art et l’entreprise se sont développées et spécialisées sous différentes formes : collection, fondation, mécénat, philanthropie, partenariat, commande spécifique…

Chaque collection d’entreprise a sa propre histoire mais le plus souvent, la démarche de création d’une collection émane de la volonté d’un dirigeant. Aussi, le devenir de ces collections, à moins qu’elles ne soient organisées en fondation, n’est jamais acquis. Elles sont susceptibles d’être vendues au gré d’un changement de direction ou d’une fluctuation économique. Si ces collections sont souvent considérées par le public comme des fonds d’investissement, on observe que leur ambition est assez éloignée de la finance ou du marketing. Elles sont avant tout un vecteur de communication interne et externe des valeurs défendues par l’entreprise.

UN VECTEUR FEDERATEUR

Le Groupe Lhoist, premier producteur mondial de chaux et de dolomie, s’est constitué, depuis trente ans, une importante collection d’art contemporain dont les axes sont la photographie et la sculpture. L’art fait partie intégrante de la stratégie globale à long terme de l’entreprise dans laquelle l’humain a une place centrale. Si la richesse et la créativité qui émanent de la diversité des trente nationalités employées de par le monde par le groupe sont des facteurs de richesse, il était important de fédérer les différences autour de valeurs communes, valeurs qui sont ici explicitement véhiculées par la collection. L’art permet de regarder le monde d’une façon différente, il stimule la créativité et l’innovation pour être un acteur du progrès. Ainsi, les collaborateurs côtoient chaque jour les œuvres de la collection installées dans les espaces communs de l’entreprise. Ils sont également invités à choisir une œuvre pour leur espace de travail propre.

UNE VITRINE NATIONALE

Certaines entreprises misent sur le patrimoine artistique national. C’est le cas de la Banque Nationale de Belgique qui défend la scène artistique contemporaine belge en acquérant, depuis 1972, des œuvres d’artistes belges ou vivant en Belgique. Disposant de plus de 1.800 œuvres, la Banque Nationale s’engage à promouvoir la création artistique belge en prêtant régulièrement des œuvres de sa collection pour des expositions tant en Belgique qu’à l’étranger.

LA FONDATION D’ENTREPRISE

En France, la politique de mécénat de la maison Hermès s’est institutionnalisée en 2008, sous l’impulsion de son directeur artistique Pierre-Alexis Dumas, par la création de la Fondation d’Entreprise Hermès. Avec la vocation de « construire le monde d’aujourd’hui et inventer celui de demain », la Fondation agit dans les domaines de la création, de l’éducation et de l’environnement selon deux grands axes: savoir-faire et création et,  savoir-faire et transmission. La culture et l’art y tiennent une place prépondérante. Ainsi, des artistes connus ou émergents sont invités à créer une œuvre in-situ pour un des six espaces d’exposition – comme « La Verrière » à Bruxelles – ou encore à résider au sein même des ateliers pour y réaliser une œuvre en bénéficiant du savoir-faire des artisans. Le retour de ces actions de mécénat n’a bien entendu aucun objectif financier mais l’entreprise se trouve enrichie sur le plan humain. En février 2009, la Fondation d’Entreprise Hermès a été nommée Grand Mécène par l’Etat français pour son soutien à la création contemporaine, à la préservation et à la transmission des métiers d’art.

PASSER COMMANDE AUX ARTISTES

Créée en 1984 sur une suggestion de l’artiste César, et installée dix ans plus tard à Paris dans un bâtiment de verre et de métal réalisé par Jean Nouvel, la Fondation Cartier promeut et soutient l’art contemporain international. Elle organise des expositions et des événements culturels d’envergure mais se distingue surtout par les commandes régulières qu’elle passe aux artistes. Ainsi, la Fondation Cartier permet aux artistes de réaliser une œuvre, une série d’œuvres ou une exposition tout entière, dans les domaines aussi variés que la photographie ou la sculpture monumentale. La collection, quant à elle, compte plus de 1.000 œuvres qui sont régulièrement montrées au public dans l’espace du Boulevard Raspail ou à l’étranger.

La Belgique compte de très riches collections d’entreprise mais celles-ci ne sont pas ou peu ouvertes au public. De fait, elles n’ont pas vocation de musée et les bâtiments qui les abritent ne sont pas adaptés pour recevoir le public. Néanmoins, les pouvoirs politiques se penchent sur la question de la visibilité des collections d’entreprises publiques et d’organismes d’intérêt public. Le projet vise à demander à ces entreprises de réaliser un inventaire de leur patrimoine artistique et culturel et d’en assurer la visibilité au public par des partenariats avec des musées ou en organisant des expositions.

Lire aussi le corner Art

Ce contenu a été publié dans Art, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.