FinTechs, un défi pour le secteur financier belge

IMG_1526Suite à la crise de 2008, les régulateurs ont instauré de nombreuses restrictions au secteur financier. Combinés au désenchantement des clients vis-à-vis de leur banquier, ces développements ont provoqué, essentiellement dans les pays anglo-saxons, le déploiement d’une nouvelle offre de services parallèle, largement supportée par le développement des nouvelles technologies.

Les FinTechs (les technologies liées à la finance) ont ainsi envahi la place en se positionnant à tous les niveaux de l’interaction avec les clients : sur le marché des changes (avec des plateformes indépendantes de change de devises), en matière de sollicitations d’investissement en actions ou obligations (crowdfunding, crowdlending), de private banking (avec la gestion en ligne ou robotisée), en vue d’améliorer l’organisation interne de certains services, pour créer des algorithmes spéciaux, des credit scorings, ou révolutionner les paiements (Apple pay Samsung pay, …).

Ces plateformes FinTechs sont plus rapides, transparentes, moins chères et très bien adaptées aux besoins des clients. Elles permettent également une forme de démocratisation de la finance en répondant aux attentes et modes de vie de la jeune génération. Dans certains cas, elles favorisent aussi l’inclusion financière en donnant accès aux services financiers à des personnes qui sont exclues de ce circuit.

Les FinTechs entrent ainsi dans le domaine sacré des banques mais vont-elles signer l’arrêt de mort de ce secteur ou seront-elles complémentaires des banques? « Les banques ne disparaitront pas, en tous cas celles qui sauront s’adapter et être flexibles, cela ne fait aucun doute. J’imagine plutôt un écosystème basé sur la « co-pétition » (compétition collaborative) entre banques et FinTechs. Sur certains produits ou services, les FinTechs concurrenceront les banques mais les FinTechs ont aussi besoin des services bancaires pour exister (pour les comptes bancaires, par exemple). Si l’on raisonne à long terme, les FinTechs sont une fantastique plateforme pour ré-inventer les services bancaires et remettre les clients au centre du débat. Certaines banques l’ont déjà compris et font appel aux FinTechs pour développer leurs propres services », constate Philippe Gélis, co-fondateur de la plateforme Kantox à Londres.

Si les FinTechs prennent leur essor dans les pays anglo-saxons, cette évolution tarde encore en Europe Continentale. « Le Royaume-Uni (Londres) et les Etats-Unis (Wall Street) sont les deux poumons de la finance mondiale, ils ont donc un avantage historique en termes de talents, de culture et de ressources financières. Les Anglo-Saxons étant très pragmatiques, ils ont très vite compris que la Fintech représentait un changement de paradigme et ils ont développé une régulation adaptée pour favoriser l’éclosion rapide d’un écosystème Fintech puissant. Le gouvernement a même directement investi de l’argent public sur des plateformes de crowdlending, chose impensable en Europe continentale! Il est donc normal qu’ils soient les leaders dans la Fintech et il sera difficile de les détrôner », relève Philippe Gélis. Cependant, l’Europe pourra aussi avoir des acteurs Fintech puissants et globaux. Par contre, si on n’avance pas assez vite, les acteurs anglo-saxons risquent de venir se positionner en leaders sur le marché européen, un marché encore très fragmenté contrairement au marché américain.

Et en Belgique ? Notre pays compte enciron 130 entreprises actives dans les FinTechs. Les FinTechs entrent dans certaines niches des métiers de la banque. Mais la Belgique est un petit marché fragmenté. « Le marché belge a ses limites. Il y a deux marchés qui ont des structures économiques différentes. Et puis, il y a l’approche réglementaire qui manque de dynamisme et de réactivité. Souvent, le régulateur sort le bazooka pour tuer une mouche. Mais d’un autre côté, les banques ne pourront pas intégrer tous les nouveaux métiers que couvrent les FinTechs », estime Xavier Corman, co-fondateur de la plateforme Edebex. Le défi est donc des deux côtés : les banques auront besoin des FinTechs pour développer leur créativité mais elles devront veiller à ne pas devenir de simples processeurs, une tuyauterie par laquelle passera l’activité des FinTechs. Ces nouvelles entreprises financières auront, quant à elles, aussi besoin des banques pour la licence, le compliance et les bases de clientèle. « En Belgique, il faudra veiller à stimuler la création d’entreprises nationales si l’on ne veut pas voir le marché être envahi par les Britanniques, les Chinois ou les Indiens. Les FinTechs permettront de stimuler notre tissu économique si nous arrivons à les encourager », ajoute Xavier Corman. Dans ce cadre, signalons la création du Fintech Village, une initiative pilotée par la banque ING en collaboration avec des acteurs tels que Deloitte, Innotribe (Swift), Smartfin, Belcube, Eggsplore (une nouvelle communauté Fintech) et IBM. Le but de cet accélérateur est de mettre à la disposition de start-ups qui veulent se développer un environnement favorable avec des mentors et des ressources proposées par les partenaires. La Belgique entame sa révolution FinTechs. Tous les acteurs du secteur, banques, FinTechs et régulateurs devront veiller à ce que ce tournant soit une réussite.

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