Doit-on craindre une nouvelle « grande dépression » ?

IMG_1051Certains faits sont inquiétants et incitent quelques spécialistes au pessimisme. Qu’en est-il? En quoi la situation aujourd’hui se rapproche-t-elle de celle qui préludait à la grande dépression des années 30 ? En quoi est-elle différente ? Doit-on craindre une catastrophe qui nous entrainerait vers des abysses en termes monétaires, boursiers ou économiques? Ou nous dirigeons-nous plutôt vers un scénario à la japonaise ? Analyse.

Quelle était la situation qui a conduit à la crise des années 30?

Alors que de nombreux économistes ont avancé des hypothèse concernant les causes de la récession qui a tourné en dépression dans les années 30, il n’y a pas vraiment eu d’explications généralement admises par tous pour expliquer ce cataclysme économique. Etonnant que cette grande crise n’ait jamais fait l’unanimité quant à ses causes ! Certains l’imputent à des effets résultant de la politique monétaire, d’autres à la concentration des richesses. Une instabilité systémique, la stagnation économique et même l’étalon-or ont été invoqués comme sources de cette crise. Selon Craig Botham, Economiste spécialiste des marchés émergents chez Schröders, certains éléments actuels ne sont pas sans rappeler des similitudes avec les années 20. « Le refus des pays affichant une balance des paiements excédentaire (comme l’Allemagne) d’éliminer leur surplus, une surproduction et l’absence d’une locomotive pour booster l’économie mondiale. Encore faut-il savoir si le résultat sera le même qu’à l’époque ».

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Selon cet économiste, des parallèles historiques apparaissent entre les années 20 et aujourd’hui. « Il y a un siècle, ce sont les pays dépendants du financement externe pour financer leur déficit commercial qui ont été touchés le plus durement. Il y avait une forte dépendance aux liquidités en dollars », estime Craig Botham. Les décideurs d’auraient que peu de marge pour lutter contre une récession. Pour lui, les parallèles avec les années 20 sont frappants.

Mais cet avis ne fait pas l’unanimité. Pour certains économistes, nous serions plutôt dans le cas d’une croissance atone et non pas en route vers une grande dépression. « Tout d’abord, la masse monétaire augmente et l’inflation est faible, contrairement à alors. La politique monétaire souple menée à l’échelle mondiale absorbe une grande partie de la tension financière», indique Keith Wade, autre économiste de chez Schröders. Aujourd’hui, le poids de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis dans l’économie mondiale n’est plus aussi prépondérant qu’au début du XXème siècle. Ce serait plutôt un ralentissement de la croissance dans les pays émergents qui pèserait sur la croissance mondiale. Le recul du commerce mondial n’est pas aussi marqué qu’à l’époque. « La hausse des taux de la part de la FED sera modérée et graduelle. Elle aura donc un impact moindre sur les pays émergents, même si elle provoquera inéluctablement un flux de capitaux qui émigrera des pays émergents vers les Etats-Unis, avec un problème de financement pour ces derniers », estime pour sa part Bernard Keppenne, Chief economist chez CBC Banque.

Dès lors, faut-il craindre un scénario catastrophe ?

La situation, si elle présente quelques similitudes avec celle des années 20, ne doit cependant pas inciter à la panique. Leurs effets seront nettement moindres car la réaction politique est d’un tout autre ordre. « Selon moi, nous sommes plutôt entrés dans une ère de croissance plus faible que celle connue précédemment. Nous observons déjà ce phénomène au Japon depuis quelques années. Tout comme ce pays, nous risquons de connaître une longue période de croissance molle et sans grand élan, sans pour autant traverser une « Grande Dépression »», pense Bernard Keppenne. Aujourd’hui, les éléments laissent à penser que, en dehors des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, les banques centrales d’un certain nombre de pays pourraient encore baisser leur taux. La BCE et la BOJ (Banque du Japon) vont, quant à elles, continuer leur programme d’assouplissement quantitatif. Cet assouplissement quantitatif n’existait pas à l’époque. Nous serions donc contraints d’expérimenter une ère de croissance atone. « En évitant l’effondrement nous avons, en partie, bloqué la reprise », analyse Keith Wade. Nous ne sommes donc jamais à l’abri d’une mauvaise surprise ni… d’une bonne ! Dans cette situation, il va falloir se réinventer pour créer de la valeur au sein d’une économie amorphe.

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