Statu quo : les avantages et les écueils de l’inertie dans les investissements

par défaut 2014-06-08 à 10.49.03Par Fidelity

L’inertie est un biais comportemental sans équivalent lorsqu’il s’agit d’investissement. Dans certaines circonstances, c’est un désastre sans équivoque : différer la décision d’investir pour votre retraite est une très mauvaise idée. En d’autres circonstances, l’inertie est l’un des plus puissants alliés que puisse avoir un investisseur une fois qu’il a défini ses objectifs d’investissement et a commencé à placer ses mises. Pour assurer le succès des investissements, il est essentiel de comprendre si le pouvoir de l’inertie travaille pour vous ou contre vous.

On dit souvent que la meilleure décision qu’un investisseur puisse prendre est tout simplement de commencer à constituer une épargne. Le problème est que beaucoup de gens ne prennent pas la décision essentielle de commencer à investir tôt et de continuer à le faire régulièrement, malgré la perspective de retraites difficiles. La raison en est l’inertie et le biais de statu quo.

Le biais de statu quo est simplement une préférence pour l’état actuel des choses. Le problème vient du fait que l’on a l’habitude de percevoir tout changement par rapport au statu quo comme une perte. Et les travaux de Kahneman et Tversky sur la théorie des perspectives (Prospect Theory), couronnés du prix Nobel, nous ont appris que les pertes sont ressenties deux fois plus profondément que les gains. Notre peur de perdre constitue ainsi une force puissante qui soutient le statu quo.

Lorsque l’on met de l’argent de côté, on « perd » du pouvoir d’achat – les faits montrent que beaucoup de gens perçoivent ceci come une perte sur leur compte courant, plutôt qu’un gain dont ils pourront disposer plus tard sur un compte de retraite. Si la valeur des économies est claire pour un homme âgé de 65 ans, il est difficile de la démontrer au même homme âgé d’une vingtaine d’années s’il accorde peu de valeur à ces fruits à récolter dans un avenir lointain. De précieuses années de croissance d’investissements composés sont ainsi perdues dans l’inertie.

Le choix trop vaste est un autre moteur de l’inertie – l’ampleur déconcertante des possibilités de placement disponibles aujourd’hui a un effet paralysant sur la prise de décision. Ceci a été nommé le paradoxe du choix et des expériences démontrent que lorsque le nombre de possibilités augmente au-delà d’une poignée, il entrave les décisions d’achat. Dans le cadre d’une expérience menée dans un supermarché, 24 confitures ont été présentées pour être goûtées par les clients. Après quelques heures, leur nombre a été réduit à six confitures seulement. Lorsque la sélection proposée était réduite, 60 % des clients se sont arrêtés et 30 % d’entre eux ont acheté une confiture. Lorsque le choix était encore important, seuls 40 % d’entre eux se sont arrêtés et 3 % seulement ont acheté une confiture. Si 24 pots de confiture constituent une surabondance de choix, les investisseurs sont alors certainement enclins à souffrir d’une paralysie du choix.

Ceci explique que les options par défaut connaissent un tel succès, car elles nous permettent de renoncer à choisir. Lorsque toute une liste de vins figure au menu, combien de fois les clients ne choisissent-ils pas tout simplement le vin de la maison ? L’effet par défaut décrit l’effet dominant des options par défaut sur notre prise de décision. Fait intéressant, l’effet par défaut se manifeste même lorsque nous ne disposons pas d’option par défaut ; nous utilisons simplement notre expérience passée comme la valeur de défaut, prolongeant ainsi le statu quo.

L’affiliation automatique à un régime de retraite d’entreprise est un coup de pouce politique qui reconnaît les pièges de l’inertie en adoptant le pouvoir de l’effet par défaut. Elle conduit les gens à faire automatiquement ce qu’il convient, en économisant pour leur retraite. Selon une étude, les programmes d’affiliation automatique aux États-Unis ont augmenté la participation individuelle au compte de retraite (401k) de 63 % à 95 %.1 Au Royaume-Uni, l’affiliation automatique a été lancée en octobre 2012 et les chiffres du ministère britannique du travail et des retraites indiquent que les taux de refus de l’affiliation n’ont été en moyenne que de 9 %. Partout dans le monde, les décideurs politiques transforment l’inertie et l’effet par défaut en une force positive, afin de favoriser un bien public plus important sous la forme d’une augmentation de l’épargne-retraite.

Fait intéressant, il semble que les publicités montrant des retraités sur des yachts ne suffisent pas pour tirer les gens de leur inertie en matière de planification des retraites. Les publicités visant les gains dont peut jouir le retraité font appel à une motivation plus faible et qui n’a pas l’impact émotionnel de l’aversion pour la perte (du simple au double, si vous vous souvenez bien). Heureusement, le secteur des retraites apprend aujourd’hui à exploiter l’aversion pour la perte, afin d’encourager à mettre de l’argent de côté. Dans leurs communications, les régimes de retraite présentent de plus en plus la question de l’épargne en termes de « perte » plus forts. Par exemple, il a été montré que l’accent placé sur l’argent que les employés « perdent » dans leurs contributions correspondant au régime de retraite de l’employeur augmente le taux de participation à la caisse de retraite de l’entreprise.

Le fonds de pension est une bonne illustration d’engagement contraignant qui interdit effectivement aux personnes d’utiliser leurs économies avant l’âge de la retraite. Le pouvoir de l’inertie est intégré dans la structure du produit, puisque nous ne pouvons pas toucher à l’argent avant notre retraite. Mais il n’existe pas d’engagement contraignant de ce genre pour un fonds commun. Nous avons la flexibilité de pouvoir vendre ces placements de manière précoce, et les faits montrent que certains investisseurs le font et déploient également une suractivité (« overtrading ») en changeant trop leurs investissements. Ceci est en contraste total avec le conseil du légendaire investisseur Warren Buffet, à qui l’on avait demandé d’indiquer sa période favorite de conservation des actions – et dont la réponse avait été : « Pour toujours ».

Malgré l’avis de Warren Buffet, une fascination grandit chez les investisseurs pour suivre les aléas des marchés financiers. Nul doute que ceci est dû à l’avalanche de nouvelles quotidiennes provenant des chaînes de télévision financières, des journaux, des sites Web et des blogs. L’impact net du suivi à court terme n’est cependant pas utile, car il encourage les investisseurs à vendre trop rapidement ou à trop négocier ce qui devrait être des placements à long terme. Les investisseurs professionnels peuvent eux aussi se rendre coupables de suractivité dans leurs efforts en vue de trouver le meilleur rendement. C’est là que l’inertie peut devenir une force positive, une fois que la décision d’investissement a été prise.

Il serait possible de réfléchir à des raisons pour changer quotidiennement d’investissement, si on le souhaitait vraiment. Une option sage consisterait à investir tôt – dans un fonds commun de dividendes internationaux, par exemple, dans lequel les dividendes peuvent être réinvestis – puis de choisir l’inertie et attendre. Le temps est le meilleur ami de l’investisseur et permet à la croissance du marché des actions et des dividendes composés de porter pleinement ses fruits. L’épreuve de vérité pour un investissement à revenu basé sur les rendements d’actions ne dure pas quelques mois, mais 10 ou 20 ans. Il est fort possible que vous ayez alors surpassé l’investisseur « suractif » qui aura passé ces 20 années à négocier sans cesse d’un marché à l’autre, et moyennant beaucoup moins d’efforts. Selon un proverbe bien connu dans le secteur de l’investissement : « L’important n’est pas d’anticiper le marché, mais d’y rester longtemps».

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Fully invested : Entièrement investi

Minus best 10 days : Moins les 10 meilleurs jours

Minus best 20 days : Moins les 20 meilleurs jours

Minus best 30 days : Moins les 30 meilleurs jours

Minus best 40 days : Moins les 40 meilleurs jours

            Source : FIL Ltd, Thomson DataStream, rendement résultant de l’évolution des cours du marché S&P500 du 27.05.94 au 29.05.14.

Le problème de l’anticipation du marché – que même les meilleurs investisseurs reconnaissent – est qu’elle est quasiment impossible à mener correctement de manière cohérente. Personne ne sait quand le marché va connaître une belle journée et cela peut arriver alors que le moral est à la baisse et que les investisseurs s’y attendent le moins. Le graphique ci-dessus montre l’impact significatif que le fait de manquer les meilleures journées sur le marché peut avoir sur le rendement de votre placement. Cet exemple présente un investissement sur 20 ans sur le marché américain. Si vous aviez patienté et n’aviez rien fait, vous auriez été récompensé par un rendement de 320 %. Le fait de manquer seulement les 10 meilleures journées diminue votre rendement à 109 % et, en manquant les 30 meilleures journées, vous auriez perdu de l’argent.

En conclusion : l’inertie avant l’épargne-retraite est un grand problème ; mais une fois que vous avez pris vos décisions de placement, ne rien faire et maintenir le statu quo peuvent être de très précieux alliés.

  1. TIAA-CREF Institute, novembre 2011, étude de cas du régime de retraite des employés pour la famille des entreprises TIAA-CREF.

Veuillez noter que rien dans cet article n’est ni ne doit être interprété comme une quelconque recommandation d’achat ou de vente d’un quelconque fonds, titre ou autre investissement.

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