Décider sous le coup de l’émotion en période d’incertitude

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Par Fidelity

La volatilité est une propriété occasionnelle mais inévitable des marchés boursiers. Il faut s’attendre à des corrections après une période prolongée de hausses sur le marché ; des pauses saines viennent en effet souvent jeter les bases de la prochaine hausse. Toutefois, des biais comportementaux courants tels que le comportement moutonnier ou l’aversion pour les pertes peuvent pousser beaucoup d’investisseurs à réagir de façon émotionnelle et  faire des choix impulsifs pouvant compromettre la valeur d’un portefeuille à long terme.

En période de volatilité et de faiblesse des marchés, nombre d’investisseurs se sentiront presque irrésistiblement obligés de faire comme les autres et de réduire la part des actions dans leur portefeuille. Une telle décision est en général plutôt malheureuse, en particulier s’il s’agit d’une correction de milieu de cycle sur un marché haussier, comme la plupart des commentateurs ont caractérisé la récente volatilité des cours des actions. Et il s’agit dans ce cas d’une décision malheureuse car elle cristallise ce qui pourrait être une perte temporaire et fait courir le risque de passer à côté d’un rebond ou rétablissement des cours des actions.

Les investisseurs sont mieux inspirés en résistant à la tentation émotionnelle de vendre en période de faiblesse ou en attendant le moment opportun sur le marché, car manquer l’occasion d’un rebond peut sérieusement compromettre le rendement sur le long terme. En effet, beaucoup d’investisseurs avisés exploitent sans distinction la volatilité du marché pour acheter des actions de qualité à très bon prix à l’occasion de ventes impulsives inspirées par la peur.

La volatilité s’est accrue… mais ses accès coïncident souvent avec des opportunités d’achat par défaut 2014-10-27 à 11.22.15

Source : DataStream, octobre 2014.

Dans son ouvrage précurseur intitulé The Intelligent Investor (1949), Benjamin Graham faisait référence à son « Mr Market » pour montrer comment la volatilité peut être la meilleure amie de l’investisseur ou sa pire ennemie. Mr Market est un partenaire commercial imaginaire qui propose chaque jour de vous vendre ou de vous acheter des actions. Il sera certains jours débordant d’optimisme sur certaines entreprises et vous proposera des prix très élevés. Mais il lui arrivera parfois de sombrer dans la dépression et de vouloir se débarrasser de titres de qualité à des prix défiant toute concurrence.

Le conseil que Ben Graham vous donne est de ne jamais laisser les sautes d’humeur de Mr Market vous dicter votre comportement. Le côté irrationnel du marché peut parfois signifier des remises substantielles sur le cours des actions ne correspondant pas à leur valeur intrinsèque. Les économies régulièrement réalisées tout au long des cycles d’activités et d’investissement, y compris durant les périodes de volatilité – connues sous le terme de cost averaging – sont une façon éprouvée de tirer avantage de ces périodes. Par ailleurs, les investisseurs tactiques et actifs peuvent également flairer les bonnes affaires et détecter les actions injustement sous-cotées.

Les observations de Ben Graham sur Mr Market étaient en avance sur leur époque et ont jeté quelques-unes des bases du développement dans le domaine en plein essor du comportement financier qui devait survenir quelques décennies plus tard. À l’aide d’outils empruntés au monde de la psychologie, des théoriciens du comportement tels que Daniel Kahneman ont démontré, sans doute possible, que les investisseurs étaient dans la pratique loin d’être rationnels. En fait, en période de complexité et d’incertitude, l’expérience montre toujours que les investisseurs ont recours à l’approximation ou aux raccourcis dans leurs prises de décisions.

La recherche en psychologie et en neuroscience suggère que notre cerveau connaît deux systèmes de prises de décisions cognitives : le Système 1 de réflexion rapide (ou « système x », avec le x de réflexe) et le Système 2 de réflexion lente (ou « système c », avec le c de réfléchi).

Le Système 1 est automatique et souvent inconscient : il répond le plus vite possible à son environnement, surtout lorsqu’un danger est perçu. Il s’agit de la partie la plus ancienne de notre cerveau en termes d’évolution, qui contrôle la réaction de fuite ou de lutte. Le Système 2 est activé en cas de problème plus complexe nécessitant un calcul et une délibération. Il s’agit en termes d’évolution de la partie la plus récente de notre cerveau.

Le problème, c’est que les investisseurs ont tendance à réagir de façon automatique en fonction de leurs émotions en recourant à leur Système 1 en période de tension et d’incertitude au lieu de faire appel au sens du calcul et de la délibération de leur Système 2.

Réflexion rapide et lente : la volatilité appelle une réflexion lente et délibérative correspondant au Système 2

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Source : Fidelity Worldwide Investment; Daniel Kahneman « Thinking Fast and Slow »

Réflexion rapide : Système 1                          Réflexion lente : Système 2

Rapide, automatique et émotionnel                Lent, conscient, plus déductif et logique

Option par défaut pour le traitement             Effort délibéré exigé, nous poussant souvent

De l’information                                             à renvoyer au Système 1

Rapide             Lent

Intuitif             Rationnel

Pratique           Logique

Automatique   Déductif

Émotionnel      Structuré

Exemples :                                                                               Exemples :

Détecter de l’hostilité dans la voix de l’autre              Garer sa voiture dans un espace étroit

Juger de l’objet le plus éloigné                                       Multiplier plusieurs nombres

Il existe deux grands biais comportementaux qui se déclenchent lorsque le marché est sous tension : le comportement moutonnier et l’aversion pour les pertes.

Le besoin de faire comme les autres est un biais particulièrement puissant dans le comportement de l’homme, qui a aidé au développement de la société. Mais il n’est pas toujours une bonne chose dans l’investissement. L’une des conséquences les plus graves du comportement consistant à suivre le troupeau est que l’investisseur finit par acheter lorsque les cours sont élevés et à vendre lorsqu’ils sont bas. Cette façon d’agir, connue sous le nom de « chasser le marché », est la pire des stratégies d’investissement qui soit. C’est en réalité le contraire qu’il faut faire, acheter  lorsque les cours ont chuté et que les autres ont peur et vendre lorsque les cours élevés suscitent l’avidité des autres. Les meilleurs investisseurs, tels que Sir John Templeton, ont toujours su que pour gagner sur le marché, il fallait faire autre chose que suivre le gros de la troupe. Le problème, c’est qu’il est pour la plupart d’entre nous très inconfortable d’aller à contre-courant car nous devons alors lutter contre nos émotions.

L’aversion pour les pertes est l’un des biais comportementaux les plus significatifs dont souffre l’investissement. Des expériences ont montré que les gens ont tendance à opter pour la sécurité lorsqu’il s’agit de parier sur des bénéfices et pour le risque lorsqu’il y a un potentiel de perte. Cela est dû au biais comportemental profondément ancré en nous consistant à vouloir éviter les pertes (financières ou émotionnelles). Des études ont révélé que nous ressentons la douleur d’une perte de façon deux fois plus violente que la joie d’un gain.

En périodes d’incertitude, lorsque les marchés reculent et que tout le monde se met à vendre, ces deux biais comportementaux peuvent se combiner et avoir un impact émotionnel prononcé sur beaucoup d’investisseurs. Ils peuvent ensemble pousser l’investisseur à capituler (c’est alors le Système 1 qui est aux commandes) et à vendre au mauvais moment et pour les mauvaises raisons.

Les cours des actions sont en fin de compte orientés par des fondamentaux tels que les bénéfices réalisés par l’entreprise et non pas par des impressions à court terme. Sur le long terme, les performances des actions ont été bien meilleures que celles des autres types d’investissements et ont aisément dépassé les taux d’inflation. Bien que les actions aient d’un point de vue historique toujours été plus volatiles que les autres catégories d’actifs, les investisseurs optant pour le long terme sont récompensés par des rendements supérieurs qui compensent ce surcroît de volatilité.

C’est la raison pour laquelle il ne faut pas laisser la volatilité à court terme anéantir les plans d’investissements à long terme. Il vaut au contraire mieux reconnaître que des biais comportementaux sont à l’œuvre dans les périodes de volatilité et se ranger derrière l’observation du célèbre investisseur Benjamin Graham selon laquelle le pire ennemi de l’investisseur, c’est lui-même. En attendant, les tentatives de vente ou d’achat durant ces périodes sont généralement sources de frais de transaction élevés et de rendements cumulatifs décevants.

La volatilité des marchés boursiers signifie par nature qu’il est raisonnable pour les investisseurs de suivre un plan d’investissement régulier, en misant un certain montant chaque mois ou chaque trimestre et en réexaminant périodiquement le portefeuille dans son ensemble. Cette stratégie de cost-averaging mensuel permet à l’investisseur de réduire la moyenne des coûts associés à ses achats d’actions. Cela aide également à exclure l’émotion de l’investissement, les investisseurs étant ainsi moins susceptibles de se laisser entraîner par la panique dans des décisions mal fondées d’achat ou de vente basées sur les sautes d’humeur de Mr Market.

Veuillez noter que rien dans le présent article n’est ni ne doit être interprété comme étant une quelconque recommandation d’achat ou de vente d’un fonds ou d’un titre particulier ni d’un autre investissement. Les idées et opinions exprimées dans le présent article sont celles de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celles de Fidelity.

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