Les semences de l’investissement agricole responsable : à quand la récolte ?

Photo050Par Petercam

Olivier De Schutter, porte-parole aux Nations-Unies pour le droit à l’alimentation, a retracé l’évolution des investissements dans le secteur agricole ces dernières années.

Régulièrement, les ONG s’indignent au sujet de la spéculation financière sur les denrées alimentaires, conduisant à une hausse des prix et à l’incapacité pour les populations plus démunies de survenir à leurs besoins vitaux.

Si, aujourd’hui, de nombreuses institutions financières ont fermé leurs fonds indiciels en ressources agricoles ou leurs fonds investis via des contrats à terme, la question du droit à la terre reste primordiale.

En effet, l’agriculture exige, avant tout autre chose, une terre arable. La question du droit à la terre mais également la question environnementale de la dégradation des sols sont des préoccupations croissantes des ONG mais également des sociétés agro-alimentaires, de leurs clients et de leurs actionnaires.

Les Nestlé et Danone de ce monde ne peuvent plus se contenter de produire des denrées goûteuses et de qualité. Ils doivent aussi les produire dans le respect de leur environnement, écologique et social.

Oxfam via «  behind the brands », dans le cadre de sa campagne GROW, réalise régulièrement  une évaluation des progrès enregistrés par le top 10 des sociétés agro-alimentaires sur 7 thèmes liés à l’agriculture responsable. La question de la terre, au sens environnemental et social, reste la plus préoccupante pour l’ONG.

D’abord et comme indiqué par Olivier De Schutter, les abus du passé ont créé un climat de méfiance entre les sociétés agro-alimentaires et les organisations paysannes en charge de la défense des droits des agriculteurs. Après la crise financière de 2008, les gouvernements des économies émergentes n’ont pas hésité à surenchérir sur les conditions d’offre de leurs terres afin d’attirer les capitaux privés et combler ainsi le retard considérable accumulé par faute d’investissement public dans le secteur agricole. Ces transactions n’ont en général pas inclus la consultation des communautés locales, dont le droit d’accès aux ressources dont elles dépendent s’en trouve gravement menacé.

Il faut également noter qu’en Afrique sub-saharienne, où les investissements fonciers à grande échelle ont été concentrés, les terres agricoles dans les zones rurales sont considérées dans la plupart des cas comme étant propriété de l’Etat. Dès lors, les populations rurales sont dépourvues de toute protection de leur droit foncier.

Enfin, les transactions sur le foncier sont un domaine dans lequel la corruption est fréquente.

Mais ne tombons pas dans le fatalisme. En effet Olivier De Schutter met en évidence plusieurs initiatives prises par les Etats mais aussi par le secteur privé.

D’une part, en mai 2012 le Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale (comité intergouvernemental du FAO[1]) a adopté un ensemble de recommandations sur la gouvernance des ressources. Bien que le texte n’ait pas de pouvoir contraignant juridiquement, il est doté d’une forte légitimité. Il est, en effet, le fruit de négociations longues de deux années pour un consensus entre des dizaines de gouvernements. Il marque dès lors un pas vers plus de transparence et moins de concentration agraire.

De plus, en 2010 la Banque Mondiale avec la FAO mais aussi le FIDA[2] et la CNUCED[3] ont rédigé conjointement un ensemble de sept principes pour l’investissement agricole responsable. Cependant, l’absence d’implication des gouvernements et de la société a fait perdre sa légitimité au texte. Aujourd’hui, le même Comité de Sécurité Alimentaire Mondiale penche sur l’établissement de Principes sur l’Investissement Agricole Responsable à destination du secteur privé. Ce texte qui devrait être adopté en Octobre 2014, offrirait un cadre régulatoire, notamment aux sociétés agro-alimentaires dans leurs relations avec leur chaîne d’approvisionnement.

A ce niveau l’ONG behind the brands note déjà plusieurs progrès. Sur les sept thèmes – terre, femmes, agriculteurs, main d’œuvre, climat, transparence et eau -, certains progrès ont été enregistrés par le top 10 mondial de l’agro-alimentaire. Cependant, il faut déplorer qu’aucune d’entres elles n’atteignent le meilleur score (« Bien » score entre 8 et 10) sur aucun des thèmes évoqués. Les progrès se concentrent essentiellement sur la question des ouvriers, du climat et de l’eau et la transparence dans une moindre mesure.

Mais une fois encore ne tombons pas dans le fatalisme et soulignons également la mise en place d’initiative collaboratrice dans le secteur comme notamment la Roundtable for Sustainable Palm Oil (RSPO)[4] qui rassemble plusieurs sociétés et ONG impliquées dans la culture du palmier à huile notamment en Indonésie ou en Malaisie. Les améliorations, qu’elles soient sur le plan environnemental avec l’arrêt de la déforestation ou sur le plan social avec des conditions de travail des ouvriers plus décentes – sont notables et laissent entrevoir un avenir meilleur.

Chacun à son niveau a un devoir de plus de transparence et respect du droit de la terre.

Les sociétés agro-alimentaires devraient identifier clairement la provenance de leurs matières premières agricoles et les risques et impacts liés pour les communautés sur les questions foncières.

Une fois l’identification claire, celles-ci devraient s’engager à une politique de tolérance zéro sur la question de l’accaparement des terres.

Enfin, elles disposent d’un levier de pression sur les gouvernements et les contreparties terriennes et peuvent également rallier leurs pairs à leur cause de politiques de tolérance zéro.

Les investisseurs ont également une responsabilité en la matière. Ils peuvent engager le dialogue pour un renforcement des politiques des terres arables et participer activement aux initiatives pour une plus grande responsabilité des investissements dans une démarche de plus grande transparence.

 


[1] Food & Agriculture Organisation – Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture

[2] International Fund for Agricultural Development (IFAD) – Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA)

[3] UN Conference on Trade and Development (UNCTAD) – Conférence des Nations-Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED)

[4] Table Ronde pour l’Huile de Palme Durable

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