Rana Plaza : le bilan après un an

IMG_0712Par Petercam

Le 24 avril 2013, l’immeuble bangladais Rana Plaza s’effondrait suite à un incendie, coûtant la vie à plus de 1100 ouvriers sous-payés. Le bâtiment, tristement célèbre depuis, abritait 5 ateliers de sous-traitance de l’industrie textile. La catastrophe levait ainsi le voile sur l’insalubrité, l’absence de normes de sécurité et les conditions de travail des petites mains sous-qualifiées confectionnant à longueur de journées les vêtements ornant nos vitrines occidentales.

L’article rédigé à l’époque, « Espoir sur les cendres de l’immeuble Savar » montrait une part d’optimisme. En effet, cet évènement, non loin d’être le premier, mais probablement un des plus importants en coûts humains, accentuerait l’importance du contrôle des chaines de sous-traitance pour les sociétés textiles, soucieuses de leur image médiatique.

Quel bilan un an plus tard ?

Alors que les décombres n’ont pas été déblayés et que des cadavres s’y trouvent toujours ensevelis, les progrès enregistrés restent modestes. Deux grandes alliances ont été formées suite à la catastrophe : d’une part, l’Accord sur la Sécurité, signé principalement par les détaillants européens et l’Alliance, signée par les concurrents américains. Ces deux accords ont fait pression sur les autorités bangladaises. Les principales améliorations des conditions de travail  notoires sont :

  • Hausse du salaire minimum à environ 50 euros, niveau supérieur à celui enregistré dans les autres secteurs industriels du pays ;
  • Renforcement des inspections par les autorités pour la sécurité des immeubles industriels ;
  • Autorisation de la formation syndicale.

Cependant, les réformes accusent un manque de ressources pour assurer les conditions adéquates et garantir l’implémentation de ces nouvelles mesures.

En effet, la sécurité reste toujours à risque et de nombreux incendies continuent à être déplorés dans le pays. Les normes restent non respectées : extincteurs d’incendie vides et en nombre insuffisant, installations électriques vétustes, sorties de secours non prévues, etc.

Plusieurs marques s’étaient engagées dans un fonds d’indemnisation pour les familles des victimes. Le Rana Plaza Donor Trust Fund visait à lever auprès des détaillants 40 millions de dollars pour compenser les familles. Au 24 avril 2014 seuls 8,8 millions ont été récoltés, exclus les 7 millions de dollars supplémentaires versés par Primark.

De plus, les marques se sont engagées dans le contrôle de la sous-traitante et le rythme de croissance de l’industrie textile au Bangladesh reste élevé (10% en 2014). Il faut néanmoins déplorer le transfert de la demande de sous-traitance vers le Cambodge ou l’Ethiopie où la main d’œuvre n’a pas (encore) connu l’inflation salariale comme dans les autres pays asiatiques, et amorcée au Bangladesh.

Cependant, au Cambodge notamment, les petites mains, emportées par le mouvement international vers plus de justice et de respect des droits humains et de travail, se sont révoltées.  Révolte vis-à-vis du salaire minimum, bien que plus élevé qu’au Bangladesh (60 euros/mois) et contre la cadence de travail exigeant des ouvriers de produire 700 pièces par jour par individu. Toutefois, la révolte a été sévèrement réprimée. Quatre morts ont été décomptés et des dizaines de blessés. Le coût humain est élevé face au gain : une hausse de 15 euros  du salaire minimum.

Si le salaire minimum est un sujet majeur dans les conditions de travail des sous-traitants dans les pays à risque, il ne pèse pourtant pas grand-chose dans la balance : le salaire des ouvriers représenterait moins de 1% du prix du vêtement acheté en magasin ! Ce pourcentage diffère en fonction du niveau de sous-traitance.

Car les distributeurs textiles ont, à leur défense, l’excuse de la complexité de la chaine de sous-traitance. En effet, cette dernière est particulièrement complexe dans le secteur. La chaîne démarre à la culture du coton ou la production des fibres synthétiques, la transformation de ceux-ci en fils et finalement la confection des vêtements et produits de luxe.

L’industrie est particulièrement intensive en main d’œuvre et est dominée par des ouvriers non qualifiés, où il n’est pas rare de retrouver des enfants. Les pays producteurs aujourd’hui présentent souvent des lois inappropriées, une faible application des lois et des droits du travail déficients.

Ce profil ouvre la porte à l’exploitation de l’esclavage moderne. La Birmanie, par exemple, à l’instar de l’Ethiopie, devient le nouvel eldorado de la sous-traitance. Avec une législation du droit du travail défaillante et un salaire minimum à 40 euros par mois, les avantages sont criants pour les fabricants.

Cependant, le focus sur les chaînes d’approvisionnement est croissant et oblige les sociétés à prendre leurs responsabilités et à se renseigner de plus en plus sur l’entièreté de celle-ci. La traçabilité de la matière première, le contrôle de la main d’œuvre, etc. Le risque réputationnel est tel que les sociétés n’ont pas d’autres choix que d’instaurer des mécanismes de contrôle fonctionnel et de garantir aux ouvriers et syndicats de donner leur feedback sur les conditions de travail.  etc.

Les deux accords majeurs, l’Accord sur la Sécurité et l’Alliance, sont des accords sur 5 ans. Il ne faut donc pas minimiser leur impact actuel et continuer à contrôler les progrès résultants.

Plus que jamais la sous-traitance est dans l’œil de mire des ONG et autres parties prenantes dans le domaine du textile. Si l’esclavage moderne existe toujours, il faut noter l’amélioration croissante des conditions de travail des ouvriers non qualifiés, déplaçant la problématique dans d’autres pays où la régulation n’a pas encore suivi. Il est vrai qu’à force d’être déplacé, l’esclavage moderne ne trouvera plus de faille suffisante à son installation. Les révoltes surviennent un peu partout. Aujourd’hui, Adidas, Nike et Asics doivent faire face à des mouvements de grève importants en Chine. Les contestations ne sont pas dirigées vers le salaire mais sur les prestations sociales comme par exemple l’assurance maladie. Selon Reuters, le nombre de grèves a augmenté d’un tiers depuis le début d’année en Chine. Et lorsqu’une étude de PwC en 2008 avançait que la moyenne de performance boursière des sociétés souffrant d’interruptions dans la chaîne d’approvisionnement est environ 19% inférieure à la performance moyenne des sociétés ne montrant pas ce souci, les professionnels de la finance ont un argument de poids pour s’intéresser de près à la problématique.

Les espoirs restent donc permis.

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