Où en est-on avec l’or bleu ?

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Par Petercam

Alors que les tensions montent en Iraq et que les économistes s’inquiètent des répercussions non négligeables sur la disponibilité du pétrole, il me semble opportun de faire le point sur une autre denrée précieuse : l’eau.

En 2005, l’Organisation des Nations Unies lançait la décennie (2005-2015) de « l’eau, source de vie » à l’occasion de la journée mondiale de l’eau du 22 mars. L’objectif de ce programme est d’encourager les efforts pour assurer le respect des engagements internationaux pris dans le domaine de l’eau. A la veille de la clôture de ce programme, qu’en est-il de la situation ? L’eau étant un bien vital, les enjeux économiques et financiers sont évidents. Non seulement l’eau est essentielle pour la vie mais elle constitue également une source d’énergie majeure dans certaines régions du monde avec un potentiel encore inexploité dans d’autres.

La pénurie de l’eau est une problématique à laquelle tous les pays sont confrontés ; certains davantage que d’autres. Il s’agit d’une urgence pour les populations et la planète qui s’aggrave avec les enjeux majeurs de la démographie, du changement climatique et de la pollution. Aujourd’hui 768 millions d’habitants n’ont pas accès à l’eau potable et 2,5 milliards n’ont pas accès à des sanitaires répondant à un minimum d’hygiène. L’eau insalubre reste la première source de mortalité, devançant la malnutrition.

La carte ci-dessous montre l’importance de la pénurie d’eau, dans le top 3 des risques pour 2014 selon le Forum Economique Mondial. Les estimations parlent de la moitié de la population confrontée au stress de l’eau d’ici 2030 (source Merrill Lynch) et 50 pays exposés au risque de conflit sur l’eau. Ces estimations sont confirmées par d’autres sources, notamment l’Institut de Technologie du Massachussetts (MIT) qui a également évalué les besoins en eau d’ici 2050. Les pays les plus exposés sont l’Inde, l’Afrique du Nord et le Moyen Orient, qui font également face à des taux de croissance d’urbanisation élevés.

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Source : UNEP Grid Arendal

L’eau est également vitale pour la production d’énergie que ce soit dans l’énergie hydroélectrique ou le refroidissement des centrales thermoélectriques ou l’énergie géothermique. Les gouvernements sont conscients de ce potentiel et doivent l’être dans une optique de protection de l’environnement contre les effets néfastes éventuels.

Or, l’énergie hydroélectrique représente une alternative non-polluante précieuse face à la domination des énergies des combustibles fossiles.

La coopération internationale est ici nécessaire puisque 145 pays ont un territoire situé sur un bassin transfrontalier. Il est important que se poursuivent les efforts de coopérations et la signature des traités concernant des bassins hydrographiques transfrontaliers.

L’eau n’est pas seulement une problématique à laquelle les pays doivent répondre. Les entreprises y sont également confrontées. En particulier, mentionnons un secteur comme celui de l’alimentaire qui est étroitement lié à l’agriculture et qui reste le plus gros consommateur d’eau ; plus de 70% de l’eau utilisée et dont 60% est jetée. En agriculture, si l’irrigation peut coûter cher, elle accroît de 100 à 400% les rendements de la plupart des cultures agricoles. D’où l’enthousiasme pour les innovations technologiques visant à augmenter le rendement agricole par goutte d’eau.

L’empreinte écologique en matière d’eau est la plus importante pour des cultures telles que le blé, le maïs, le soja ou l’huile végétale. Cela représente un défi majeur pour les sociétés du secteur alimentaire. La problématique de l’eau croissante, l’inflation des matières premières est grandissante. Il ne suffit pas aux Danone, Nestlé et autres d’adresser la problématique dans leurs processus de fabrication, en réduisant et optimisant l’utilisation de l’eau. Ces sociétés doivent également chercher des alternatives et optimiser leurs matières premières. Pour la petite anecdote, JPM a estimé la consommation d’eau combinée de Nestlé, Unilever, AB Inbev, Coca-Cola et Danone à 575 milliards de litres par jour, soit de quoi couvrir les besoins vitaux journaliers de chaque habitant de notre planète.

Le secteur des biens d’utilité publique est également confronté à la question de l’eau, essentiellement de son point de vue de préservation de la biodiversité et des écosystèmes. Il est important de regarder l’importance de l’utilisation de l’eau mais également le pourcentage d’eau recyclée ou encore quelles sont les politiques et initiatives prises visant à réduire la consommation.

Les enjeux sont tels que l’eau est devenu un réel actif financier. Tout d’abord, le risque de coût inflationniste pour toute société qui n’anticipe pas l’aggravation de la pénurie. Ensuite, l’eau peut être une opportunité d’investissements comme par exemple les sociétés spécialisées dans les solutions de traitement de l’eau, de gestion de l’eau ou encore liées à l’infrastructure et l’offre. A ce titre, l’indice de marché S&P Global Water a enregistré une performance annualisée de 9.884% sur les 10 dernières années[1], battant plusieurs records d’actifs financiers.

Ces différents facteurs montrent l’importance économique d’un tel bien qui se raréfie de plus en plus.

Tenir compte des enjeux liés à l’eau est donc capital et essentiel pour mesurer l’attractivité d’un pays ou d’une entreprise.

Il s’impose d’adopter une approche compréhensive de la problématique en étudiant l’influence aussi bien des changements climatiques que socio-économiques et leurs effets sur les projections de l’Offre et de la Demande. Des critères tels que l’empreinte de l’eau ou l’intensité d’utilisation de l’eau par rapport aux volumes des ventes, peuvent donner des informations précieuses sur la capacité d’une société d’anticiper et se parer à la problématique de la raréfaction de l’eau.

Aujourd’hui, plusieurs outils sont à la disposition des sociétés pour s’y préparer. Le Filtre du Risque de l’Eau développé par WWF est une première opportunité pour mesurer le risque. Il permet également de vérifier le degré de dépendance à l’eau d’un projet de développement d’une société.

Les problèmes liés à l’eau vont se multiplier de manière significative dans les années à venir. En tant qu’acteur responsable, nous nous devons d’y faire attention.

Dans nos pays développés où il suffit d’ouvrir un robinet, il est important que nous restions soucieux de la préciosité d’un tel bien et que nous le traitions telle que toute autre ressource se raréfiant.

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[1] Performance annualisée en dollars sur 10 ans au 30/5/2014

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