Etienne de Callataÿ : L’économie entre optimisme et désespoir

IMG_1388Etienne de Callataÿ, Chief Economist à la Banque Degroof, inaugurait la première séance du Cercle Femmes & Finances lancé par MoneyStore le 6 octobre dernier. C’est une vision panoramique que cet économiste nous a tracée. Partant des progrès que notre société a connus en matière des droits de l’homme, de l’augmentation du temps libre, de l’élévation de l’espérance de vie ou encore de la croissance économique, Etienne de Callataÿ a aussi souligné les limites de ce progrès.

Ce progrès est-il menacé ? L’espérance de vie en bonne santé est nettement moins élevée que l’espérance de vie et tout n’est pas si rose dans notre environnement. « Il ne faut pas perdre de vue qu’à travers le monde, 805 millions de personnes ont faim. Quand la faim sévit à ce point, c’est difficile d’être optimiste. C’est d’autant plus difficile de l’être quand on voit que ce problème est structurel et ne fait pas l’objet d’une attention médiatique soutenue », regrette notre orateur.

Le progrès est-il un mythe ? Diverses menaces pèsent sur notre progrès : la croissance n’est plus au rendez-vous, les gains de productivité menacent nos emplois, le sur-endettement nous entraine à une dette publique insoutenable, les inégalités se creusent et préoccupent même les participants au congrès de Davos. « On constate aussi une montée des individualismes et nous sommes soumis à des contraintes environnementales. Il est vain de croire que ces contraintes seront une source de croissance car ces contraintes handicapent davantage la croissance qu’elles n’en procurent », estime Etienne de Callataÿ.

Pourtant, la croissance mondiale est encore à un niveau de 2,7% pour 2014. Mais avec de fortes divergences. La croissance est faible en Europe et soutenue dans les pays émergents et aux Etats-Unis. « Cela va bien aux Etats-Unis. La confiance des consommateurs est au rendez-vous grâce à un taux de chômage qui est redescendu à 6% venant de 10% en 2009 et 2010. Le marché du travail s’est amélioré. L’endettement des Américains est en baisse grâce à une épargne plus importante. Le secteur immobilier se reprend avec un million de nouvelles constructions par an. Par contre, en Europe, nous vivons la troisième période difficile depuis 2008 », reconnaît notre orateur. On comptabilise, en Europe, cinq millions d’emplois en moins par rapport à la période avant 2008. Or, la population active a augmenté. Lorsque le marché de l’emploi se dégrade, le moral des consommateurs se dégrade aussi. « Il faut aussi arrêter de croire que l’euro est à l’origine de nos problèmes. Il faut bien sûr reconnaître qu’il y a moyen de faire mieux au niveau des réformes structurelles. Les obstacles sont aussi nombreux. La méfiance du capitalisme qui sévit en Wallonie est un de ces obstacles tout comme la myopie ambiante qui privilégie souvent le statu quo de peur de faire l’objet de réformes qui viendraient augmenter la taxation. Beaucoup de politiciens ont peur d’enclencher des réformes qui les empêcheraient d’être réélus. Or, l’histoire retiendra ces hommes qui ont su agir au bon moment sans avoir été réélus. Rappelons aussi que Jean-Claude Juncker n’a pas été réélu au Luxembourg alors qu’il s’était abstenu de prendre des mesures austères », souligne Etienne de Callataÿ.

Notre orateur nous rappelle aussi que la crise est porteuse d’enseignements et il pose la question de savoir pourquoi l’Europe ne compte pas de géants technologiques et développe une aversion au risque. En l’absence d’une stratégie coordonnée au niveau européen en matière économique et institutionnelle, nous vivons dans une situation de déflation salariale et de rigueur budgétaire.

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