Femmes journalistes harcelées ou intimidées

IWMF-Press-Photo-13Le métier de journaliste ou de reporter n’est pas toujours de tout repos pour les femmes. L’International Women’s Media Foundation (IWMF) vient de publier un rapport sur la violence et le harcèlement que subissent des femmes travaillant dans les medias. Cette étude a été lancée en août 2013 et a été complétée par 1000 femmes à travers le monde. La majorité des femmes interrogées sont des journalistes ou des reporters. Dans l’échantillon, la plupart des personnes travaillent pour la presse écrite ou en ligne.

Il ressort de cette étude que deux tiers des femmes journalistes interrogées ont déjà fait l’expérience d’une forme d’intimidation ou ont été abusées directement sur leur lieu de travail. Ces traitements ou abus ont été catalogués selon leur degré de sévérité partant de l’insulte jusqu’à la menace de mort. Cette étude relève également que beaucoup de ces traitements ne sont pas rapportés par les femmes même s’ils ont des répercussions psychologiques sur les victimes.

Le nombre total d’actes répertoriés est de 1954. Les cas d’abus et de harcèlements les plus souvent cités sont « abus de pouvoir ou d’autorité », « intimidations verbales, écrites ou physiques incluant des menaces » et des « atteintes ou dommages à la réputation et à l’honneur ». Un tiers de ces abus sont commis par des supérieurs hiérarchiques, le solde étant commis par des collègues, des personnes interviewées, des représentants des gouvernements, la police,… La majorité des abuseurs sont des hommes et un tiers des victimes déclarent avoir rapporté les faits à un supérieur hiérarchique, à la police ou à une autre autorité. Par contre, beaucoup d’entre elles n’osent pas témoigner de peur de perdre leur emploi ou parce qu’elles ne savent pas vers qui se tourner.

Dans cette étude on relève, parmi les préjudices subis, les actes suivants : insultes, menaces si elles tombent enceintes, intimidation personnelle ou de proches (famille), en ce qui concerne les agressions sexuelles cela va des blagues grivoises aux commentaires sur l’apparence et l’habillement et concernent aussi majoritairement des attouchements ou des baisers « volés » ou encore l’exhibitionnisme.

Au-delà des menaces, un cinquième des femmes interrogées déclarent avoir subi des violences physiques et plus de 14% ont eu à subir des violences sexuelles dans le cadre de leur travail. A tous ces traitements, il faut encore ajouter la menace digitale, les enregistrements de conversation, vols de données, de sources, hacking,…

En ce qui concerne la protection et la préparation pour lutter contre ce type de comportements, les femmes journalistes évoquent que, dans un tiers des cas, leur organisation a mis en place des mesures pour assurer leur protection personnelle. Des sociétés préparent leurs journalistes et leur donnent des cours pour assurer la sécurité de leur système informatique. Certaines d’entre elles vont jusqu’à bénéficier de gardes de corps, de chauffeurs spécialisés et un tiers d’entre elles ont bénéficié d’une assistance émotionnelle ou professionnelle d’ordre psychologique après les actes d’abus ou de harcèlements commis.

Dans ses recommandations, cette étude préconise que les femmes soient mieux préparées pour contrer ce genre de comportements à leur égard. Mais on s’étonnera des conseils prodigués aux femmes par les auteurs de ce document. Ces recommandations ne semblent pas défendre le statut de la femme journaliste mais paraissent plutôt cautionner certaines habitudes. On peut y lire que, dans certains pays, il y a lieu de se conformer à un certain « dress code » et de, par exemple, porter le foulard. Autres conseils assez surprenants : « il y a des considérations vestimentaires qui peuvent aider les femmes à se protéger. Elles devraient porter une alliance, avoir sur elles des photos de leurs enfants et de leur mari, voire de s’inventer un mari et des enfants pour détourner l’attention. De plus, dans certains pays conservateurs, elles doivent veiller à couvrir certaines parties de leur corps, comme par exemple les chevilles et savoir que les chaussures plates sont plus faciles s’il faut s’encourir ». Couvre-toi, n’hésite pas à mentir et fuis, en somme ! L’étude prodigue également une liste de recommandations et de conseils de prudence. On y trouve même le contenu idéal du sac d’une reporter qui n’aurait peur de rien !

Lien vers l’étude complète

Source de l’illustration : IWMF

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