Diversité : il faut casser les mythes !

par défaut 2014-12-10 à 09.48.00Par la Banque Degroof

Lors du dernier Sibos, le forum annuel organisé par la société SWIFT en septembre 2014, plusieurs sujets relatifs au monde financier ont été abordés. Dans ce cadre, Renée Adams, Professeur de finance et titulaire de la Commonwealth Bank Chair in Finance (University of New South Wales, Australie), est venue faire une courte présentation sur les mythes développés autour de la diversité dans les conseils d’administration.

« Pourquoi les femmes sont-elles moins nombreuses dans les conseils d’administration que les hommes ? A cause de stéréotypes entend-on souvent. Mais alors, est-ce la raison pour laquelle on doit aussi les promouvoir ? Voyons quels sont ces mythes et analysons-les », propose cette oratrice. Selon cette académique, il existe cinq grands mythes sur la présence des femmes dans les conseils.

Le premier est de dire que les femmes administratrices sont comme les hommes. Or, si les femmes ont des valeurs parfois différentes de celles des hommes, dans certains cas, il faut apporter des nuances à cette affirmation. « Généralement, on considère que les femmes ont une plus grande aversion au risque que les hommes. Or, on constate que si, effectivement, les femmes dans la société développent une plus grande peur du risque, ce n’est pas vrai pour les femmes qui travaillent dans le secteur financier. Dans les conseils des sociétés financières, les femmes sont même parfois moins opposées à prendre des risques que les hommes. Les différences ne sont donc pas toujours là où on le croit », constate Renée Adams.

Un deuxième mythe concerne les études qui sont faites sur la diversité. En général, on estime que ces études donnent une bonne image de la représentation des femmes dans les conseils. « Or, ces études sont biaisées. Il se fait que les femmes sont surtout présentes dans les conseils des grandes entreprises et sont sous-représentées dans les conseils des plus petites sociétés. Nos études démontrent des biais importants dans les données issues des études européennes. Les situations sont parfois pires que ce que les études ne le laissent entrevoir. Il y a une absence de débat à ce sujet », reconnaît Renée Adams.

Un troisième mythe largement répandu : si les Lehman avaient été des « sisters » et non des « brothers », on aurait pu éviter la crise financière. « C’est faux ! Les femmes sont tout aussi susceptibles que les hommes de susciter des crises. Les femmes dans la finance ont moins d’aversion au risque que les femmes dans la société et que les hommes qui travaillent dans la finance. Elles peuvent très bien exacerber certaines situations », souligne l’oratrice.

Le quatrième mythe concernant la diversité consiste à blâmer les directeurs des ressources humaines. Les choses ne sont pas aussi simples. Les facteurs culturels et sociétaux sont très influents dans le recrutement des femmes dans les conseils. « On constate qu’il y a moins de femmes dans les conseils dans les pays où l’écart dans les résultats Pisa concernant les maths est important entre les filles et les garçons. Dans les pays qui ont de bons scores en maths dans la population féminine, les femmes sont plus nombreuses dans les conseils d’administration du secteur financier. Les stéréotypes sont encore très présents au niveau culturel et les entreprises ne peuvent pas résoudre ce problème à elles seules, même si elles ont un impact crucial sur les politiques qui sont menées », ajoute Renée Adams.

Le cinquième mythe que l’on doit casser est de dire que la présence des femmes dans le conseil apporte de la valeur à l’actionnariat. « A nouveau, ce n’est pas si simple. On peut penser que les femmes rejoignent les conseils des sociétés les plus performantes. La performance ne serait donc pas due à leur présence. Dans certains cas, leur présence a un effet positif sur la performance alors que parfois cela a un effet négatif. Ce n’est pas une question de genre mais plutôt de personne », souligne Renée Adams.

Face à la multitude de réglementations et de codes qui sont mis en place pour favoriser la diversité et la gouvernance, il faut avant tout savoir faire la part des choses et surtout éviter de tomber dans le piège des mythes qui persistent sur le sujet de la diversité.

Lien vers la vidéo du Sibos

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