Qu’est-ce qu’un sukuk ?

Photo122-150x150Un sukuk est un produit financier issu de la finance islamique. Ce véhicule est assimilé à une obligation traditionnelle tout en respectant les règles de la Sharia. Pour l’Islam, l’argent ne peut pas être une fin en soi mais bien un moyen de financer de la valeur ajoutée, idéalement dans des projets sociaux. Cela signifie donc qu’à toute opération financière, il faut une contrepartie économique réelle.

On ne peut, par ailleurs, pas investir dans certains secteurs : viande porcine, cigarettes, alcool, jeux, pornographie, armes,… Les produits et les contrats ne peuvent pas engendrer d’incertitude. Ils sont  donc construits et écrits de façon à ce que tout soit clair au départ et ils tentent de prévoir tous les cas de figure.

Concrètement, cela se traduit par quelques règles. Par exemple, les taux d’intérêt sont bannis de la finance islamique. Les commissions pour services financiers rendus et les dividendes sont, par contre, autorisés dans la mesure où ils rémunèrent un service ou le développement d’un projet économique.

Comment dès lors s’effectue la rémunération d’un sukuk si le paiement d’intérêts est interdit ? Pour contourner cette interdiction, un montage financier est mis en place. L’émetteur d’un sukuk (obligation) vend le titre à des investisseurs, qui le louent ensuite à l’émetteur pour un loyer fixé à l’avance. L’émetteur s’engage également à racheter les obligations à une date précise et au prix d’émission. Il ne s’agit dès lors pas d’intérêts mais d’un loyer. Comme il faut également que les actifs soient clairement identifiés, les sukuks doivent pouvoir justifier que leur rendement provient bien directement de l’achat d’un actif. Les sukuks ne représentent dès lors pas une dette mais un moyen de financement d’un actif tangible.

Le marché des sukuks est en plein développement et devient un axe important dans la finance islamique. Des Etats (islamiques au départ) ont lancé des fonds souverains et de grandes sociétés au Moyen-Orient et dans le Sud-Est asiatique ont émis des sukuks pour financer des projets d’infrastructure ou de développement. Du côté des investisseurs, les sukuks permettent une diversification au-delà des classes traditionnelles d’actifs.

Ce marché constitue encore une niche dans la finance internationale. Cependant, il est en pleine expansion et le Royaume-Uni a été le moteur principal de son développement en Occident. C’est en 2006 que le Royaume-Uni a lancé un projet de sukuk. Il a également créé un marché secondaire pour ces produits atypiques. Selon un communiqué de l’AFP, « plus de 20 banques britanniques offrent des produits financiers islamiques tandis que 49 obligations islamiques ont déjà été cotées depuis cinq ans l’an dernier à la Bourse de Londres, pour une valeur de 34 milliards de dollars ».

Au mois de juin 2014, le Trésor britannique a émis un sukuk souverain, ce qui est une première hors du monde musulman : un état souverain occidental émet un instrument conforme à la Sharia pour financer un projet public. Ce sukuk a une maturité de 5 ans et a permis de lever un montant de 200 millions de livres (environ 250 millions d’euros) avec un rendement de 2,036%. Conformément aux exigences de la finance islamique, ce sukuk est adossé à des actifs immobiliers détenus par le gouvernement et dont la performance rémunère le capital du sukuk.

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