Ce n’est pas de ma faute !

las vegas los angeles 022Par ING IM

Les investisseurs réalisant des gains importants aiment se congratuler, mais dès qu’ils commencent à subir des pertes, ils ont tous tendance à évoquer des conditions de marché défavorables ou de la malchance. En psychologie, ce comportement est appelé le biais d’auto-complaisance (ou biais attributif). Les gens ont une tendance naturelle à attribuer leurs succès à leurs compétences personnelles et leurs échecs à des facteurs externes.  Quel est donc l’impact de ce biais sur nos décisions d’investissement?

Le biais d’auto-complaisance implique que nous sommes plus qu’heureux de nous attribuer le mérite de succès, alors que nous rechignons à assumer la responsabilité d’échecs. Nous avons tendance à attribuer des résultats positifs à des facteurs personnels, tels que nos compétences, nos traits de caractère et nos efforts. En revanche, nous attribuons souvent des résultats négatifs à des facteurs externes, comme des actes réalisés ou non réalisés par d’autres, de la malchance, de mauvaises conditions (climatiques) ou l’état de l’économie.

Nous rencontrons ce comportement dans de nombreuses situations de la vie quotidienne. Les employés, par exemple, tendent à attribuer leurs promotions à leur dur labeur et à leurs compétences exceptionnelles, mais imputent leurs échecs à des chefs ‘injustes’. Un tel comportement est souvent observé dans le domaine du sport. La plupart des athlètes s’attribuent, par exemple, le mérite de bonnes performances, mais sont moins enclins à accepter leur responsabilité lorsque les choses vont moins bien. En ce qui concerne notre comportement au volant, nous avons aussi tendance à blâmer le temps, l’état de la voiture ou de la route ou la mauvaise conduite des autres en cas d’accident. D’un autre côté, nous attribuons une bonne conduite à notre vigilance et à notre habileté dans le trafic.

Les choses ne sont guère différentes dans le secteur financier. Ici, nous attribuons les bonnes performances à nos compétences d’investissement et les performances décevantes aux marchés et à des facteurs que nous ne pouvons contrôler. Une récente étude d’Arvid Hoffmann et de Thomas Post (2014) de l’Université de Maastricht démontre un tel comportement au sein d’un groupe d’investisseurs néerlandais. Sur une période de trois mois, ils ont soumis la question suivante à un groupe d’investisseurs plaçant en moyenne plus de 50.000 euros : “La récente performance de votre portefeuille d’investissement témoigne correctement de vos compétences de placement. Veuillez indiquer dans quelle mesure vous êtes d’accord avec cette affirmation sur une échelle allant de 1 (pas du tout d’accord) à 7 (tout à fait d’accord)”. Les scores faibles indiquent que les investisseurs n’assument pas la responsabilité de leurs récentes performances d’investissement. Le graphique 1 montre le score moyen pour la question (ligne continue) en comparaison de la performance moyenne – en pourcentage – de leur portefeuille (tirets) et de l’indice AEX (pointillés).

Il en ressort qu’en moyenne, les investisseurs ne sont plus souvent pas d’accord avec l’affirmation les mois durant lesquels ils ont réalisé un rendement inférieur (pour des fondements statistiques plus poussés, veuillez vous référer à l’étude d’Hoffmann et de Post). En outre, les investisseurs faisant partie du top 50% des performances du mois sont plus souvent d’accord avec l’affirmation que les investisseurs classés dans la moitié inférieure des performances.

Bref, si ces investisseurs performent moins bien qu’attendu, ils estiment que leur performance correspond moins bien à leurs compétences d’investissement. En d’autres termes, les bonnes performances sont davantage susceptibles d’être attribuées à nos compétences d’investissement, tandis que les mauvaises performances sont souvent associées à d’autres facteurs : le biais d’auto-complaisance.

par défaut 2014-07-30 à 08.25.06Graphique 1. Source : Hoffmann et Post (2014).

La grande question est de savoir pourquoi nous sommes sujets à ce biais d’auto-complaisance. Des études psychologiques citent diverses causes. Le biais d’auto-complaisance est, par exemple, bon pour l’image de soi, ce qui conduit souvent inconsciemment à la tendance à se montrer complaisant. Nous sommes convaincus que les résultats positifs sont imputables à nos qualités, ce qui améliore l’image que nous avons de nous. Les résultats négatifs sont en revanche nuisibles à l’image que nous avons de nous, ce que nous essayons inconsciemment d’éviter.

L’une des conséquences est que les personnes qui ont une mauvaise image d’eux-mêmes semblent moins sujets au biais d’auto-complaisance que les personnes ayant une bonne image d’eux-mêmes. Il est intéressant de constater que le biais d’auto-complaisance semble lié à la culture : les Occidentaux affichent un biais d’auto-complaisance plus élevé que les Orientaux. Les Orientauxs affichent en revanche souvent un biais d’attribution au groupe. Cela signifie que les succès de groupe sont attribués à un aspect du groupe (par exemple “nous travaillons vraiment bien ensemble”), tandis que les échecs de groupe sont imputés à des facteurs externes au groupe (comme “il nous était impossible de respecter les délais”).

Une autre raison du biais d’auto-complaisance est qu’il nous aide à gérer l’impression que nous donnons. Nous ne voulons pas être vus par les autres comme des incapables ou des incompétents et préférons attribuer les résultats négatifs à des facteurs externes considérés comme hors de notre contrôle. Par ailleurs, nous avons souvent des attentes positives en ce qui concerne l’avenir. Les réalisations qui ne correspondent pas à nos attentes nous incitent à chercher la cause ailleurs. Le biais d’auto-complaisance semble plus fort lorsque nous avons des attentes positives et beaucoup moins fort (et parfois même inverse!) lorsque nous avons des attentes négatives. Les femmes sont également moins sujettes au biais d’auto-complaisance que les hommes. Dans les situations dans lesquelles les femmes ont des attentes plus positives à l’égard de leurs performances que les hommes, elles affichent cependant un biais d’auto-complaisance plus élevé.

Quelles sont les implications de ce biais d’auto-complaisance pour les investisseurs? Attribuer systématiquement les succès à nos compétences et les échecs aux facteurs hors de notre contrôle accroît notre confiance dans nos capacités. Un inconvénient est que l’on peut ainsi devenir trop optimiste et trop confiant dans ses capacités, ce qui peut inciter à sous-estimer les risques (et, par conséquent, à prendre des risques démesurés) et à avoir un comportement excessif. Le biais d’auto-complaisance conduit également à une évaluation faussée de l’issue des situations, de sorte qu’il nous est plus difficile d’apprendre de nos erreurs. C’est l’une des raisons qui expliquent pourquoi il est si difficile d’éviter les pièges comportementaux.

Il est opportun d’être conscient de l’effet que ce biais a sur votre état d’esprit et votre processus de prise de décision, en particulier dans des situations qui sont importantes et dont vous attendez une issue favorable (lorsque le biais de complaisance est souvent plus élevé!). “Un homme averti en vaut deux.”

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