Marchés émergents en portefeuille, que faire ?

Photo126Les marchés émergents font beaucoup parler d’eux ces derniers temps. Il est loin le temps des BRICS qui étaient les stars des portefeuilles, ces pays les plus prometteurs de la zone émergente. Aujourd’hui, une partie de ces mêmes pays ont reçu le qualificatif de « cinq fragiles » et sont pointés du doigt. Il s’agit des cinq pays qui sont considérés comme les plus risqués pour le moment : la Turquie, le Brésil, l’Indonésie, l’Inde et l’Afrique du Sud.

Comment en est-on arrivé là ? Ces pays sont fortement dépendants des capitaux extérieurs pour financer une croissance qui, elle-même, dépend pour une grande partie des exportations. Le ralentissement annoncé de la politique monétaire américaine (tapering) a provoqué une sortie importante de capitaux de ces pays, les investisseurs étrangers préférant rapatrier leurs investissements en raison d’une hausse des taux d’intérêts attendue aux Etats-Unis. « Le ralentissement de la croissance chinoise et le ralentissement graduel de la politique de quantitative easing de la Réserve fédérale ont causé la plus forte baisse enregistrée sur les marchés émergents depuis le milieu des années 90 », constate Trevor Greetham Head of Tactical Asset Allocation chez Fidelity. Pour contrer ces sorties de capitaux, les banques centrales de ces pays sont contraintes d’augmenter leurs taux d’intérêts. Ce fut récemment le cas de l’Inde et de l’Afrique du Sud mais c’est la banque centrale de Turquie qui a été la plus agressive en augmentant brusquement ses taux de 7,75% à 12%.

Dans un tel contexte d’incertitude, les investisseurs réagissent de façon épidermique en se retirant des marchés émergents. « Les investisseurs continuent de considérer cette classe d’actifs comme risquée et vendent rapidement leurs positions. De ce fait, les marchés émergents sont bon marché : ils se traitent avec des décotes de 40% par rapport aux marchés développés », constate Russ Koesterich, Managing Director chez Blackrock.

Comment appréhender ces marchés en portefeuille ? On comprendra aisément que les sentiments des gestionnaires sont assez mitigés concernant cette classe d’actifs. Il est un fait que ces pays ne peuvent plus être considérés comme une classe d’actifs homogène mais doivent s’appréhender en fonction de leurs caractéristiques propres voire même en analysant plus spécifiquement la qualité des sociétés au sein de chaque pays. Les investissements en actions doivent toujours s’envisager sur un horizon de temps à long terme. Pour les marchés émergents, c’est encore plus indiqué. « Alors que nous voyons une bonne valeur à long terme sur ces marchés, la volatilité à court terme suggère une prudence sur un horizon plus rapproché. C’est pourquoi, nous sommes réservés à ajouter de nouvelles positions en actions émergentes dans nos portefeuilles », avoue Russ Koesterich.

Il faudra aussi que ces pays orientent différemment leur modèle économique en le stabilisant par des réformes adéquates pour qu’il puisse s’appuyer davantage sur une demande domestique renforcée et être moins tributaire des exportations. « Nous avons déjà insisté sur le fait que les marchés émergents sont à la recherche d’un nouveau modèle économique. Le modèle qui a prévalu de 1997 à 2010 orienté vers la croissance des exportations ne peut plus survivre dans un contexte où les pays européens ont un surplus de leurs balances courantes et où les Etats-Unis effacent leur déficit commercial», note Dominic Rossi, Global CIO Equities chez Fidelity. Cependant, si ces pays présentent davantage de risques, ils offrent également des opportunités. « Fidelity préfère se concentrer sur les actions individuelles plutôt que d’identifier quel marché sera le plus attrayant ». Il convient donc de privilégier des gestionnaires qui sauront limiter le risque de baisse en recherchant, sur ces marchés, les entreprises qui ont un bon potentiel de croissance et une structure bilantaire saine. Ces marchés ont leur place dans les portefeuilles sur un horizon à long terme et en sélectionnant bien les valeurs. Ce n’est sans doute ni le moment de se retirer de cette classe d’actifs ni d’accroître ses positions sur ces pays.

Ce contenu a été publié dans Actualité, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.