Actualité : Chute du prix du pétrole, causes et conséquences

Photo048#1Cela surprend plus d’un observateur sur les marchés : le prix du pétrole poursuit sa chute. Quelles en sont les causes et les conséquences ? Doit-on craindre une poussée déflationniste ?

Récemment, le WTI (West Texas Intermediate) se traitait à son plus faible niveau depuis 2009. Une des causes invoquées est l’annonce par l’Arabie Saoudite d’engager une baisse des prix vis-à-vis des Etats-Unis. Certains commentateurs ont été jusqu’à dire que l’OPEP pourrait bien laisser filer le prix du baril jusqu’à 70 dollars.

Bien sûr, une telle situation est favorable pour les consommateurs privés et pour les entreprises. Cependant, les autres pays producteurs ne voient pas cette baisse d’un bon œil. « Sans surprise, pour les grandes nations productrices de pétrole, comme la Russie ou le Venezuela, les faibles prix du pétrole créent des ravages. Mais pour les pays qui importent une part conséquente de leur ressource pétrolière, dont certains pays d’Asie, la faiblesse des prix pétroliers est une aubaine. Un des plus grands bénéficiaires de cette situation est l’Inde qui importe environ 85% de son pétrole », souligne Russ Koesterich, Managing Director chez BlackRock. La faiblesse du cours de l’or noir permet ainsi à l’Inde de diminuer son taux d’inflation classiquement très élevé. Ce taux est redescendu à 6,5%. La baisse du prix de cette matière première, couplée avec des mesures structurelles, a permis au marché indien de se redresser de façon assez spectaculaire. Cependant, tous les pays émergents ne sont pas logés à la même enseigne et ces pays ne peuvent définitivement plus être considérés comme un bloc agrégé et monolithique. Les faibles prix des matières premières affectent les économies émergentes comme la Russie, le Brésil et le Moyen-Orient.

Mais la baisse du prix des matières premières, et du pétrole en particulier, pourrait être aussi le signe d’un ralentissement de l’activité économique. Ne risque-t-ton pas, sans pression des prix des matières premières sur les prix à la consommation, de basculer en déflation ? Tout le monde ne partage pas ce point de vue. « La faiblesse des prix des matières premières est due à une distorsion du côté de l’offre. Les agriculteurs enregistrent cette saison des récoltes record et l’Arabie Saoudite maintient la production pétrolière au même niveau alors que les cours pétroliers sont en baisse. De ce point de vue, une inflation faible stimulera les dépenses et la croissance au cours des prochains mois et il ne faut pas y voir le spectre de la déflation. On a déjà pu se rendre compte par le passé qu’une inflation faible ne constituait pas un baromètre fiable de la croissance. Les marchés retrouveront vigueur lorsque les inquiétudes entourant la croissance se seront dissipées », estime Keith Wade, économiste en chef chez Schroders.

Cet économiste assure que la pression du prix des matières premières sur l’inflation (ou plutôt sur la déflation) devrait rester modérée. La faiblesse des prix des matières premières produit un effet comparable à celui d’une baisse d’impôt et non pas un effet déflationniste. Selon lui, cette baisse du prix du pétrole devrait provoquer une augmentation des dépenses des ménages dans les mois à venir. Pour évaluer les anticipations de la croissance, il ne faut donc pas s’arrêter aux seuls prix des matières premières. « Il faut bien distinguer les éléments qui ressortent de l’offre et ceux qui viennent de la demande pour juger de l’impact des mouvements des prix des matières premières. Alors qu’une faible demande a joué un rôle dans la faiblesse des prix, les facteurs du côté de l’offre ont été bien plus importants », affirme Keith Wade. Du côté de l’offre, l’Arabie Saoudite a refusé de diminuer sa production suite à la baisse du cours du baril. A cela il faut encore ajouter que la Libye est revenue sur le marché du pétrole. On comprend dès lors que les facteurs pèsent bien plus lourd du côté de l’offre que de la demande.

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