Rencontre : Oser parler d’argent !

La Rencontre de MoneyStore qui se déroulait le 29 avril dernier dans les locaux de la Banque ING Place Royale à Bruxelles, a abordé le délicat sujet de la communication au sein des familles en matière de transmission des biens et du patrimoine. A cette occasion, Marie Helsmoortel, Head of Private Banking chez ING à Bruxelles, a souligné que chaque culture avait un rapport très spécifique à l’argent.

Les récents événements survenus en France démontrent à quel point les sujets relatifs au patrimoine peuvent entachés la politique d’un pays alors qu’en Inde, par exemple, la richesse de certains ministres est étalée sans honte.

Chez nous, le rapport à l’argent est fortement influencé par l’empreinte culturelle du catholicisme. « Dès leur plus jeune âge, les enfants n’ont aucune notion de l’argent.Papa et maman payent tout et l’argent s’il ne descend plus du ciel sort du mur. Petit  à petit, il faut leur apprendre que c’est avec l’argent du travail que l’on peut se faire plaisir », souligne Marie Helsmoortel. Avec le temps, le rapport à l’argent s’est complexifié. La famille traditionnelle évolue : divorces, remariages, familles recomposées, enfants hors mariage, mariages internationaux. Parler d’argent et de transmission de patrimoine n’était déjà pas chose aisée mais, aujourd’hui, cela se complique encore davantage. L’émancipation et le travail des femmes renversent aussi certains principes. «Finalement, l’argent est une invention assez récente », note Marie Helsmoortel.

Alors faut-il ou non parler d’argent et de patrimoine au sein de la famille ? « Il y a des avantages et des inconvénients à ne pas parler d’argent. Par éducation, on ne parle pas d’argent, sujet désagréable. Si on n’en a pas, on se tait pour garder la face. Si on en a, on se tait parce que si les enfants le savaient, ils n’étudieraient plus et ne travailleraient plus et puis on écarte aussi de cette façon les conjoints cupides. Mais en fait, l’éducation financière doit être faite au même titre que la transmission de belles valeurs. Dialoguer permet de cerner les soucis, les souhaits, les projets et d’organiser sa succession. Sans en tirer gloire ou vanité et sans culpabilité, il y a moyen de parler de transmission de patrimoine à ses enfants en leur donnant un signal de confiance », estime Marie Helsmoortel. Et puis, il y a des risques de ne pas parler de transmission : les avoirs peuvent se perdre et les non-dits sont parfois dévastateurs.

Muriel Schréder, Membre 4ème génération d’une société familiale nous a ensuite éclairés sur le passage de flambeau dans les sociétés familiales. Dans ces sociétés, la transmission est souvent très chargée émotionnellement. Chaque entreprise a ses spécificités auxquelles viennent s’ajouter les diversités dans les relations familiales.  « Il existe une multiplicité de projets entrepreneuriaux et une multiplicité de risques. Il n’existe donc pas une seule vérité en matière de transmission d’une entreprise familiale. Les modes de transmission varient également d’une entreprise, d’une famille à l’autre », note Muriel Schréder. Selon notre oratrice, il est donc important de se poser certaines questions de génération en génération. Qui sommes nous ? Que voulons nous faire ensemble et comment allons-nous nous organiser ? La transmission d’une entreprise familiale pose aussi la question de l’équité versus l’égalité. Le maître-mot en matière de transmission d’une entreprise familiale est la communication. « Il est important aussi d’établir des relais entre la famille et l’entreprise : des personnes qui se chargeront de transmettre le savoir. Mais il faut aussi veiller à une bonne transmission du pouvoir et de l’avoir », note Muriel Schréder. Il y a les actionnaires actifs et non-actifs. Ceux qui veulent être impliqués dans la vie de l’entreprise et ceux qui veulent vivre leur vie en-dehors de l’entreprise. Il est donc important de clarifier tout cela dans une communication claire et de planifier le transfert sans croire qu’il se fera sans problème.

Alors faut-il toujours tout dire aux générations suivantes en matière d’argent ? Il n’y pas de recette miracle pour parler de transmission et de patrimoine aux générations suivantes mais il est important, à un moment de sa vie, de se poser la question de savoir si on veut en parler et si oui, quand, comment et à qui on va en parler. Il ne faut sans doute pas tout dire mais il faut être aussi conscients que les non-dits et les tabous peuvent avoir des conséquences irréparables dans un avenir où la génération précédente aura disparu.

Ce contenu a été publié dans Rencontres, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Rencontre : Oser parler d’argent !

  1. BdM dit :

    Même commentaire qu’après chacune des « rencontres de Moneystore » : les absents ont eu tort… et les présents, à chaque fois plus nombreux, bien raison !
    En effet, même le meilleur résumé de la plume d’une excellente journaliste ne remplacera jamais une écoute attentive des exposés.

Les commentaires sont fermés.