Un ange gardien des petits investisseurs ?

Par PVC

La protection des consommateurs est une notion qui était assez claire dans l’esprit du législateur avant la crise des subprimes entamée en 2008 et qui n’est apparemment pas encore réellement terminée… La Commission bancaire, financière et des assurances gérait ce dossier parmi d’autres plus complexes et plus importants, comme les portefeuilles des banques et… des assurances. Une équipe était dédiée à l’analyse des nouveaux produits proposés au grand public et à la surveillance des prestataires de services.

Ces dernières prérogatives sont toujours à l’ordre du jour pour ces cerbères de la finance. Mais les attributions ont été redéfinies de manière plus précise et désormais, la FSMA (Autorité des services et des marchés financiers) a pour mission essentielle de veiller « à l’intégrité des marchés financiers et au traitement loyal du consommateur financier…. », c’est-à-dire, vous et moi.

Il y a de l’ouvrage : la FSMA doit non seulement analyser les nouveaux produits et les offres d’investissement en Bourse notamment, mais elle doit aussi surveiller de près les acteurs de ce monde financier complexe et enfin, enseigner aux investisseurs les rudiments de la science des placements. Cette dernière mission est notamment assurée par le biais d’un site internet de référence fort bien réalisé (http://www.wikifin.be/fr).

Mais dans la pratique, même si l’on sait qui fait quoi, on se retrouve bien souvent en position d’accepter des propositions sans se douter des risques qu’elles recouvrent. C’est que les « gestionnaires » de génie qui proposent des produits au rendement alléchant ont d’ordinaire une conduite et un aspect propre à rassurer l’investisseur : belle présentation, bureaux stylés, costumes impeccables… Ceux qui se sont fait flouer par le tristement célèbre Bernard Madoff pourraient vous en parler. Et parmi ces derniers ne figuraient pas que des nantis naïfs, mais aussi de nombreux gestionnaires professionnels et des banquiers ayant pignon sur rue. Pourquoi se méfier d’un ex-président du Nasdaq ? C’est pourtant évident : Madoff qui passera le reste de sa vie en prison après avoir été pris pour une fraude portant sur plus de 50 milliards de dollars, proposait jusqu’à 17% de rendement par an ! Il y a là un signal d’alarme que tout investisseur devrait distinguer lors de contacts avec des gestionnaires ou des représentants de maisons de gestion. Dès que le rendement des produits présentés dépasse celui des produits sans risque proposés par votre banquier, il y a danger.

Ce danger peut se présenter de deux façons : dans le risque lié aux actifs dans lesquels l’argent va être investi ou dans le montage opaque réalisé par les gestionnaires, de manière plus ou moins malhonnête. Là où intervient la FSMA, c’est dans le processus de validation des produits à destination du public. Ensuite, si le produit a été volontairement mal expliqué à l’investisseur, c’est à la justice de trancher. Il est donc tout à fait légitime de consulter le site de la FSMA pour s’assurer de choisir un produit ou une offre conforme, quitte à contacter cet organisme en cas de persistance du doute. Le simple fait de mentionner la référence à la FSMA permet déjà souvent de faire un tri dans les offres…

Mais est-il vraiment si dangereux de faire confiance à un gestionnaire dès lors qu’il est recommandé par une connaissance ? Dans une étude datée de fin 2012, l’équivalent de la FSMA au Canada, les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) notent que plus d’un quart des Canadiens croient qu’on leur a offert au moins une fois dans leur vie un placement frauduleux. Plus d’un répondant à l’étude sur deux estiment que, même avertis, ils ont toujours autant de chance que d’autres investisseurs d’être encore victimes d’un placement frauduleux. Il y a en effet, des cas avérés qui, en 2012, correspondaient à 4,6% des répondants. Et sur ceux qui ont répondu affirmativement à cette question – on sait qu’il est difficile pour certains de reconnaître une erreur de jugement – un peu plus de la moitié (56%) ont perdu la totalité de l’argent dans le placement frauduleux le plus récent. Des chiffres à manier avec précaution puisque les placements sont par essence des opérations à plus ou moins long terme. Toujours d’après cette étude et à propos de l’erreur de jugement, il est bon de retenir que, si un tiers des personnes victimes d’un placement frauduleux ont déposé plainte auprès des autorités, seules 4% ont jugé bon de contacter les autorités comme l’ACVM (« leur » FSMA) qui est pourtant la mieux outillée pour les assister en pareils problèmes.

Dans le même ordre d’idée, même en imaginant des différences culturelles entre les Belges et les Canadiens, qui s’estompent vraisemblablement en matière financière, il est intéressant de savoir comment ces investisseurs malheureux ont été approchés. Ce sondage récent montre que 49% des personnes concernées ont été grugées suite à l’envoi d’un « spam », soit un courrier internet alléchant (ils sont généralement très bien réalisés). Ceux qui ont été approchés par téléphone, soit 21% de l’échantillon, ne connaissaient pas leur correspondant ! Dans 12% des cas, le malveillant a été présenté par une connaissance. La recherche active d’un placement juteux sur la toile représente 7% des cas. L’inconnu qui sonne à la porte représente 3% des cas. Et le conseiller financier… 2%

On n’est donc jamais trop prudent. Un petit tour sur le site de la FSMA, onglets « consommateurs », « Communiqués de presse », puis « mises en garde », vous permettra de découvrir l’ampleur des offres irrégulières, illégales et dangereuses qui circulent dans le monde financier.

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