Espoir sur les cendres de l’immeuble Savar

Par Petercam

De manière croissante, les sociétés de gestion, les investisseurs institutionnels et privés prennent conscience de leur rôle dans la logique des affaires et de l’importance que des critères autres que purement financiers peuvent revêtir.

La croissance des signataires de détenteurs et gestionnaires d’actifs, que ce soit en nombre ou termes d’actifs sous gestion, des principes d’investissement responsable sponsorisés par les Nations-Unis (UNPRI), en témoigne.

Ces principes, au nombre de six, encouragent les détenteurs et gestionnaires d’actifs à intégrer à tous les niveaux de la société les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).

De manière générale, les critères de gouvernance sont relativement bien intégrés auprès des sociétés de gestion car ils sont probablement les plus proches des comptes financiers. Juger de la qualité et faisabilité d’un business plan requiert de s’interroger sur la fiabilité du management et de s’attarder donc sur les questions relatives au conseil d’administration, sa composition, sa qualité, sa transparence, etc.

La catastrophe environnementale de BP et la chute de son cours de bourse a été un point déclencheur important sur les questions environnementales et les coûts financiers liés impactant dès lors les valorisations des sociétés pétrolières mais autres également. La régulation en matière environnementale s’accroit davantage avec des amendes et des frais juridiques qui – s’ils restent encore souvent marginaux par rapport aux revenus des sociétés impliquées – sont un coût de plus en plus important, impactant sur le cours de bourse. Sans parler du risque réputationnel, parfois même plus important. Les entreprises sont dès lors de plus en plus attentives à la problématique.

La triste actualité liée au catastrophique incendie de l’immeuble à Savar au Bangladesh, qui s’est écroulé le 24 avril dernier et a coûté plus de 1.100 vies (arrêté au 16 mai), pourrait être une brique supplémentaire à l’édifice de la défense des aspects cette fois sociaux. Il est vrai que l’évènement n’est pas le premier en date ; sur les six derniers mois, l’incident mortel est le troisième dénombré au Bangladesh.  Cependant, son coût humain est substantiel et sa couverture médiatique importante. Il est difficile pour les sociétés textiles telles que H&M ou Inditex de ne pas répondre d’une manière ou une autre aux interrogations multiples après pareil accident. Le risque réputationnel pour ces sociétés est énorme. Il est tout de même difficile d’afficher sur tous les murs des grandes capitales européennes la jolie Vanessa Paradis, souriante et arborant une magnifique blouse « Conscious collection » de H&M alors qu’en même temps circule une photo du numéro 1 du détaillant suédois au milieu du désastre du building Rana Plaza avec le slogan «Enough fashion victims ».

Aujourd’hui le coût financier reste limité au risque opérationnel  lié au retard occasionné par l’arrêt de fabrication et le temps nécessaire à trouver une alternative. Lorsque l’on sait que l’industrie textile représente plus de 80% du total des exportations du pays et emploie plus de 3.5 millions de personnes, l’alternative sera relativement vite trouvée.

Il est question avant toute autre chose du risque réputationnel. Mais si celui-ci fait progresser les bonnes pratiques, c’est finalement mieux. La grande difficulté dans toutes ces actions de responsabilité sociétale des entreprises est de pouvoir clairement distinguer le « green wash » du reste. Les grandes multinationales sont très efficaces pour établir des politiques, des procédures et des engagements clairs et détaillés. Cependant,  la mise en pratique et le suivi des bonnes résolutions est une toute autre étape. Ici, les accidents déplorables tels que l’immeuble Savar permettent de lever le voile sur des méthodes peu connues. Le joli sourire de Vanessa nous a-t-il rendu inattentifs et aveugles sur des pratiques peu responsables. Il faudrait davantage de conscientisation de la part des investisseurs et consommateurs, combinée à un contrôle plus accru des régulateurs et des conséquences financières plus lourdes pour mettre fin à ce genre de procédés.

L’intégration de critère ESG pourrait-elle constituer un cercle vertueux ? Les sociétés financières seraient plus attentives à ces derniers et donc plus regardants aux méthodes et controverses. L’observation accrue et le risque réputationnel lié conduiraient les sociétés à mettre en place des procédures et politiques afin d’améliorer leur profil extra financier. Ces améliorations auraient des conséquences positives pour les différentes contreparties, que ce soit du point de vue des employés, clients ou fournisseurs.

Enfin vient également le risque de régulation, qui sur le moyen et long-terme est appelé à gagner en importance. Le gouvernement bangladais doit faire face à une pression accrue de l’Europe et ailleurs pour améliorer les standards de sécurité et les systèmes de contrôle. L’importance de l’industrie textile du pays s’explique principalement par le faible salaire des ouvriers, le plus bas de la région. En effet, la Chine a vu s’expatrier cette industrie vers ses voisins du fait de l’augmentation salariale progressive dans le pays.

Coût horaire de la main d’œuvre dans l’industrie du textile

Source : Exane BNP Paribas,

Au Bangladesh, les salaires sont restés au même niveau depuis 2006. Il n’est pas étonnant de voir se rebeller les ouvriers, encore peu organisés syndicalement et surtout réprimandés avec violence par les autorités. Ce fut le cas avec l’intervention du bataillon Rapid Action, unité d’élite de la police appelée en principe pour les crimes organisés et les actions terroristes. Les syndicats sont pour la plupart illégaux dans l’industrie et forcés d’opérer en secret avec des budgets ridicules. Face aux nouvelles pressions, le gouvernement bangladais sera sans nul doute forcé de revoir sa politique sur les représentativités syndicales et sur les ONG de défense des droits des travailleurs de l’industrie, reconnues comme perturbateurs de la paix nationale.

Réjouissons-nous dès lors de l’accord né de la catastrophe au Bangladesh comme élément important vers une activité économique plus durable. Il est sans doute à déplorer que dans le refus de signer cet accord, engageant les sociétés à un contrôle de sécurités de minimum 5 ans des usines, nous retrouvions des détaillants américains tels que Wal-mart, qui sont régulièrement cités dans pareilles situations.

Et réjouissons-nous également de voir que la communauté d’investissement a pris le relais de pareille initiative en signant une déclaration par laquelle les représentants de plus de 1200 milliards d’actifs sous gestion exigent des grandes marques du textile et de la distribution de contribuer collectivement au respect et application des droits sociaux fondamentaux de l’Organisation Internationale du Travail et adopter une tolérance zéro à tout abus dans leur chaîne de production.

Ceci montre l’importance du contrôle sur la chaîne d’approvisionnement. Celle-ci est primordiale dans l’ensemble relationnel de l’entreprise. La sélection de ses fournisseurs doit faire l’objet d’une analyse approfondie et faire partie intégrante de la stratégie de l’entreprise.

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