Le but d’intégrer des critères extra-financiers dans un processus d’investissement

Par Petercam

Mais pourquoi intégrer des critères extra-financiers dans le processus d’investissement ? Compte tenu des nombreuses difficultés, quelle valeur ajoutée cela peut-il réellement apporter?

Tout d’abord, l’actualité nous le répète sans cesse : nous vivons dans une économie globale où les interconnections sont multiples et où il n’est plus possible d’isoler un élément qui serait autonome et indépendant de toute influence externe. Dans une démarche d’analyse qualitative et fondamentale, évaluer la société dans sa capacité à faire face aux enjeux macro-économiques tels qu’identifiés (défi démographique, changement climatique et raréfaction des ressources) a tout son sens. En d’autres termes, les sociétés les mieux préparées et les plus proactives en la matière affichent manifestement un avantage compétitif par rapport à leurs consœurs plus réactives. Avantage compétitif qui tôt ou tard devrait s’illustrer au niveau de sa performance financière.

Matérialité

La fin de cette intégration des critères extra-financiers dans le processus d’investissement relève donc bien d’un avantage concurrentiel permettant une meilleure performance financière. Car il reste toujours que les investisseurs recherchent la performance avant toute autre chose. C’est pourquoi, l’intégration des critères extra-financiers se concentre essentiellement sur des critères matériels, en ce sens qu’ils sont plus susceptibles d’avoir une répercussion à moyen ou long-terme sur la performance de la société.

Cet aspect de matérialité est également un défi à relever en matière d’intégration des critères extra-financiers dans le processus d’investissement. En effet, il n’est pas rare que certains aspects liés aux critères environnementaux, sociaux ou de gouvernance n’aient aucun impact – immédiat en tout cas – sur le cours de bourse d’une société. Vient ici l’enjeu de réconcilier deux perspectives temporelles : la recherche de performance encore trop souvent court-termiste des investisseurs et la matérialité des enjeux ESG de l’ordre davantage du moyen voire long-terme.

Or, si aujourd’hui, le cours boursier d’une société reste stable alors que cette société est en défaut par rapport à ses engagements vis-à-vis de ses employés, il est fort probable qu’il en soit autrement dans quelques temps lorsque les investisseurs continueront à prendre sérieusement leur rôle sociétal en tant qu’investisseur et que les régulateurs seront de plus en plus stricts et exigeants sur ces différents sujets.

Pour améliorer la qualité de l’analyse d’une société, les critères extra-financiers à intégrer dans le processus d’investissement ne se doivent pas uniquement d’être matériels mais doivent aussi permettre une véritable discrimination entre les acteurs. Cet aspect n’est pas non plus chose aisée pour l’analyse. D’une part, il est courant d’être confronté au commentaire « mais ils font tous cela » et d’autre part, étant donné la difficulté de mesurer certains aspects une certaine prudence est de rigueur dans la comparaison des performances de sociétés concurrentes.

Contraintes et limites

L’intégration de critères extra financiers dans le processus d’investissement a dès lors ses limites. Principalement l’accès à l’information. Si les fournisseurs de données extra-financières foisonnent, il faut reconnaître un fort biais vers les plus grandes capitalisations boursières, disposant de plus de ressources et moyens pour fournir l’information requise. Etant donné la charge de travail que les questionnaires des agences extra-financières peut entrainer, il n’est pas surprenant de voir les plus grandes capitalisations se démarquer en termes de quantité et qualité d’information fournie. Ce manque de reporting des plus petites sociétés peut être perçu a priori comme un manque de transparence et être donc pénalisé par les agences de notation.

Enfin, les indices de référence en la matière tendent également à représenter davantage les grandes capitalisations boursières. La disponibilité d’information est en grande partie l’explication de cette observation. Pour une question de réputation, les grandes sociétés veulent aussi faire partie de ces univers de référence et de cette manière le système s’auto alimente et amplifie le biais des grandes capitalisations. Cependant, il faut noter l’émergence d’indices sur de plus petites capitalisations, dont la méthodologie et les critères sont plus adaptés à leur profil et leurs moyens et ressources disponibles. C’est une question de temps à nouveau pour voir les univers de plus petites capitalisations être aussi représentés que ceux des plus grandes capitalisations.

Conclusion

Pour conclure, si les défis d’intégration de critères extra-financiers dans le processus d’investissement sont nombreux, il n’en reste pas moins que replacer la société dans son contexte global, avec ses enjeux sociaux, environnementaux et de gouvernance, est largement justifié et la valeur ajoutée ne sera que de plus en plus visible au fil du temps.

Le court-termisme des investisseurs dicte encore fortement sa loi aux marchés financiers et se confronte aux enjeux de demain. Cependant, tous les espoirs sont permis que l’investissement réalisé dans une optique de long terme et plus durable prenne le dessus. Les investisseurs, mais également l’ensemble des acteurs économiques, sont aujourd’hui dans une période de transition durant laquelle les conséquences des modèles développés jusqu’ici sont étudiées pour une réelle remise en question et pour construire la finance de demain.

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