Activisme actionnarial : Faut il voter pour être responsable ?

DSCN1860Par Petercam

A l’instar du vote obligatoire en Belgique afin de remplir notre devoir de citoyen, les investisseurs devraient –ils être contraints de voter pour être responsables ?

Ces dernières années ont marqué une hausse de l’expression démocratique des actionnaires ; les investisseurs institutionnels participant davantage aux assemblées générales des sociétés dans lesquelles ils investissent.

Cet intérêt accru dans la participation aux assemblées des actionnaires s’explique, entre autres, par le succès grandissant de l’initiative des Principes d’Investissement Responsable sponsorisés par les Nations Unies (UNPRI). En effet, parmi les 6 principes, il faut noter également la volonté d’être un investisseur actif qui intègre les questions d’environnement, social et gouvernance (ESG) dans ses politiques et pratiques d’actionnaires.  Avec plus de 1200 signataires représentant environ 34.000 millions de dollars, le nombre de détenteurs et gérants d’actifs qui s’engagent dans l’activisme actionnarial croît chaque jour.

Cependant, la notion d’actionnaire actif varie d’une culture à l’autre, que l’investisseur soit européen ou plutôt anglo-saxon par exemple. En effet, si l’investisseur institutionnel européen vote davantage que dans le passé aux assemblées des actionnaires, l’engagement à l’anglo-saxonne, de communication directe avec le management des sociétés afin de faire pression sur celui-ci, reste très limité.

Dans son rôle sociétal d’investisseur, ce dernier a également le rôle de prendre sa responsabilité dans ses investissements. Participer aux assemblées générales semble dès lors nécessaire. Faut-il ainsi que les autorités légifèrent et obligent les actionnaires à voter ? Aux Etats-Unis,  la loi Dodd-Frank Act va dans cette direction par rapport à la rémunération des dirigeants. La France pourrait adopter un projet similaire avec la proposition de l’Afep-Medef pour un vote consultatif sur la rémunération des dirigeants. Ce sujet est incontournable en matière d’investissements responsables et de pérennité des entreprises. La question reste de savoir si les actionnaires peuvent avoir un impact à ce niveau. La réponse est affirmative, selon une étude récente[i] qui tend à démontrer l’impact de l’exercice des droits de vote sur la gestion des sociétés. Notamment en matière de rémunération des dirigeants, les sociétés ont tendance à modifier leur politique de rémunération avant le vote formel en ligne avec les recommandations des agences spécialisées afin d’éviter une recommandation de vote défavorable. Une  dernière étude de Mercer  Human Resource Consulting confirme ceci. De plus en plus de sociétés modifient leur programme de rémunération après avoir fait face à un rejet de leur résolution de Say on Pay de sorte que l’augmentation moyenne de votes favorables après un rejet a augmenté de 41% en 2012. Plus proche de chez nous, le vote des citoyens suisses en faveur de la proposition de l’élu Minder contre les rémunérations abusives est également la conséquence du rejet des actionnaires du rapport sur les rémunérations des dirigeants de la banque privée suisse Julius Baer. Alors que le vote est consultatif.

 Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu’exercer son droit de vote requiert une certaine procédure à mettre en place notamment au niveau des banques dépositaires, qui a un coût également. Le droit de vote peut donc être davantage un droit privilégié réservé aux grands investisseurs. Cependant, l’engagement collaboratif peut apporter une solution de taille critique. Une politique de vote, alliant pertinence du vote et contrôle des coûts,  peut toujours être envisagée et adoptée.

Lorsqu’une société représente un certain pourcentage dans les portefeuilles de l’investisseur, celui-ci ne doit pas minimiser l’influence qu’il peut avoir à exercer son droit de vote. Si les points de l’agenda concernent traditionnellement l’adoption des résultats de l’année écoulée, il y va régulièrement de questions cruciales d’augmentation de capital, de nomination au Conseil d’Administration, etc. : des questions clés également pour la stratégie ESG de la société dans le futur. Il est donc important de s’y exprimer. Il existe différentes options pour exercer ce droit de vote, qu’il passe par le vote direct ou par un prestataire de services.

La responsabilité actionnariale ne doit pas nécessairement passer par « l’engagement » perçu parfois agressivement en Europe occidentale. Si les anglo-saxons s’engagent facilement dans la rédaction de lettres formelles de requêtes d’informations voire même de pression sur le conseil d’administration, le dialogue peut également s’engager lors des rencontres avec le management des sociétés. Encore trop souvent, les analystes financiers et gérants de portefeuilles ne posent pas de questions d’ordre ESG sous prétexte que personne ne pose ce genre de questions et que la société ne donnera pas de réponse. Et en même temps,  interrogeant des responsables de la communication en matière de durabilité de sociétés, ceux-ci  se plaignent de l’absence de questions des investisseurs sur ces stratégies. C’est en interrogeant davantage les sociétés sur leurs défis ESG que les réponses seront données et qu’elles le seront ensuite systématiquement et spontanément. Le dialogue actionnarial sur les questions ESG tend à avoir une valeur ajoutée en générant des bénéfices et en réduisant les risques et externalités ESG négatives.

L’engagement actionnarial – qu’il revête la forme de l’engagement à l’anglo-saxonne, le vote en assemblée des actionnaires et/ou le dialogue engagée avec la société – est un outil de gestion à part entière à intégrer par l’investisseur, afin de mieux évaluer les risques dans leur globalité, de défendre des valeurs et des bonnes pratiques et par conséquent contribuer à des sociétés plus durables. C’est donc un processus de long-terme qui par un effet de boule de neige, dans une approche structurée, ajoute de la valeur et contribue à la performance de la société et la pérennité de l’investissement.

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– Qu’est ce que l’activisme actionnarial?

– et le corner  placements responsables

 

 


[i] « Outsourcing shareholder voting to proxy advisory firms », Rock center for corporate governance at Stanford University Working Paper n° 119, May 10 2013.

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