Zone euro : on avance mais le chemin est encore long !

Etienne de Callataÿ, Chargé de cours invité à l’UCL et aux Facultés de Namur et Senior Fellow de l’Itinera Institute.

Au tournant des années 2012 et 2013, nous avons interrogé Etienne de Callataÿ pour refaire le point sur les avancées enregistrées en 2012 et les perspectives attendues en 2013.

Certains économistes avaient prédit une sortie de la Grèce de la zone euro en 2012. Cela ne s’est pas produit. A-t-on progressé et à quoi doit-on s’attendre ?

Les plans de sauvetage LTRO et OMT (Outright Monetary Transactions) ont permis d’éviter le pire. En 2011 et 2012, on a bien progressé et on continuera à progresser. Aujourd’hui, nous avons un régulateur européen pour les grandes banques, ce qui était inconcevable avant et après la crise de 2008-2009. Cette coupole contrôlera les 200 plus grandes banques dans l’Union européenne. En 2013, on peut s’attendre à progresser dans cette union bancaire grâce à une protection des dépôts au niveau européen. Nous sommes toujours en train de résoudre les effets de la crise et l’on doit aussi résoudre les nouvelles « bêtises ». On peut aussi espérer une plus grande transparence dans la mutualisation des dettes.

La sortie de la Grèce de la zone euro reste toujours une éventualité politique mais, comme je l’ai toujours dit, ce n’est pas une solution de premier choix au niveau économique. Il vaut mieux que ce pays reste dans la zone euro et entame les réformes nécessaires. Ce pays doit se réformer non pas en coupant les salaires mais en supprimant le clientélisme, le népotisme, la fraude, l’évasion fiscale, les privilèges des entreprises publiques. Ce pays est le pays de la zone euro qui consacre le plus de dépenses pour son armée. Les armateurs ne payent pas d’impôts et l’église orthodoxe est trop présente dans la vie temporelle. S’il faut donner de l’argent à la Grèce pour qu’elle s’en sorte, il faut le faire mais sans accompagner ce geste par des insultes. Le choc est tel que l’aide extérieure est inévitable. Il faut aider ce peuple mais de façon intelligente sans entretenir de dépendance. La manière dont cette aide sera allouée ne sera pas neutre.

Et au niveau de la croissance en Europe ?

Après la crise de 2008, les théories du cygne noir ont prévalu. Je pense cependant que ce n’est pas parce que l’imprévisible s’est produit qu’il faut prédire le farfelu. Une année est toujours différente de la précédente et l’on ne sait pas prévoir les chocs qui surviendront. De ce fait, la meilleure manière d’aborder 2013 est de se dire qu’elle ressemblera à 2012.

On continuera sur la lancée de 2012. Ce sera une année de continuité plus que de transition. Nous connaitrons une croissance économique atone avec des difficultés à prévoir pour le secteur bancaire. Je ne vois pas d’inflation à l’horizon de 2013. Nous sommes dans un état de tétanie.

On enregistrera encore des progrès parcellaires sur le plan européen sans que l’Europe ne regagne l’adhésion des gens, sans grande réforme. Les difficultés que nous traversons sont peut-être un passage obligé. Il faudra que tous acceptent de jouer le jeu de l’Europe.

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