Serge Wibaut : Etat des lieux avant l’été

Nous avons interviewé Serge Wibaut, Professeur de finance à l’UCL sur sa vision de la situation économique à la veille de l’été.

Cinq ans après le début de la crise à quoi doit-on s’attendre ?

Lorsqu’on voit la situation de la Grèce et le mea culpa du FMI, on peut se demander si, finalement, il était bon de faire traîner les choses durant tant d’années. Par peur de faire mal aux banques, les restructurations de la dette ont été trop longues, a reconnu le FMI. Dès le départ, il était inévitable qu’il faudrait aller plus loin et ce n’est pas fini, on ne sait toujours pas quand et comment cette dette sera remboursée. Sera-t-elle un jour remboursée ? Ces dynamiques ne sont pas bonnes. L’Europe est en panne de croissance avec des déficits publics importants et des taux d’intérêts qui, dans certains pays, grimpent et rajoutent ainsi du poids à la dette. La zone euro n’est pas encore sortie de ses tracas et nous ne sommes peut-être pas à l’abri d’une mauvaise surprise. Par ailleurs, il y a toujours des banques fragiles dans la zone euro et l’union bancaire n’est pas encore au point dans une zone monétaire peu solide et mal ficelée. Il est évident que l’aspect politique a pris le pas sur les nécessités économiques. En raison de l’absence de décision cohérente et solide, la zone euro n’a peut-être pas encore mangé son pain noir même si l’éclatement de l’euro n’est pas à l’ordre du jour.

Et ailleurs dans le monde ?

Il faut reconnaître que les Etats-Unis s’en sortent mieux. Ils créeront de l’inflation et de la croissance. Cependant, ils devront aussi rembourser leur dette. Leur déficit public n’est pas encore réduit mais ils ont l’avantage que leur secteur bancaire est en meilleur état. Quant au Japon, il risque de se retrouver dans une situation difficile. Avec une dette publique qui représente 243% du PIB, une population qui vieillit et le ministre Abe qui veut créer de la croissance en passant par l’inflation, la dette augmentera encore en raison de la hausse des taux d’intérêts. Même si la dette est essentiellement détenue par la population nipponne comment va réagir le reste du monde face à la dévaluation du yen? La Chine va, quant à elle, devoir changer son modèle en renforçant sa consommation intérieure. On voit aussi que certains équilibres géopolitiques se mettent en place. Des blocs se créent, des zones sont en ébullition. Ces changements auront un impact sur l’évolution économique dans le monde. L’Europe est majoritairement absente de ces conflits. La Chine, par contre, veut assurer la sécurité de ses voies maritimes et investit dans des infrastructures portuaires dans le monde. On est dans une période de réajustements macroéconomiques et géopolitiques.

Comment investir dans ce contexte ?

Dans un monde incertain, on constate que les investisseurs ont peur. Un nouvel équilibre macroéconomique est en train de se mettre en place et cela engendre une incertitude qui n’est pas favorable à l’investissement, à la prise de risque en raison des chocs qui peuvent survenir. Pour ma part, je privilégierais cependant les actions en étant orienté plutôt vers une gestion active, en choisissant bien les valeurs et en étant surtout bien diversifié. Je ne suis pas un partisan de la gestion indicielle pour le moment.

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