Philippe Maystadt : la BCE est un ciment pour la monnaie unique

Nous avons rencontré Philippe Maystadt, Ministre d’Etat et Président honoraire de la BEI, avant sa prestation en duo avec Peter Praet aux Grandes Conférences Catholiques. Il nous livre sa vision sur l’euro, le rôle de la BCE et aussi sur la situation de la Belgique.

Rétrospectivement, quel est votre constat sur l’euro et sur la situation actuelle?

La crise a mis en évidence les conséquences du caractère « boiteux » de l’UEM, pour reprendre la formule de Jacques Delors : une jambe monétaire forte, avec une seule banque centrale menant une politique monétaire pour l’ensemble de la zone euro, et une jambe économique beaucoup plus faible, avec des politiques économiques qui demeurent nationales, peu coordonnées et parfois contradictoires. Alors que l’attente implicite était une convergence des économies des pays membres de la zone euro, c’est l’inverse qui s’est produit : les économies ont divergé et l’écart de compétitivité a grandi, notamment parce que la productivité a diminué dans certains pays du Sud. Il faut donc renforcer la gouvernance économique de la zone euro pour que la convergence remplace la divergence. C’est le but des réformes déjà adoptées (« six pack » et traité sur le pacte budgétaire) et de celles qui sont proposées dans le rapport Van Rompuy.

Comment voyez vous le rôle de la BCE dans cette crise ?

Il faut bien réaliser que l’euro a tenu grâce aux interventions de la BCE.  Si l’on remonte dans l’histoire, on constate que certaines unions monétaires ont craqué parce qu’elles ne disposaient pas d’une banque centrale commune. Pour citer des précédents européens, ce fut le cas de l’Union monétaire latine et de l’Union monétaire scandinave qui reposaient uniquement sur la coopération entre banques centrales nationales. La BCE a joué le rôle de ciment de la monnaie unique. On peut dire que, dans cette crise, la BCE a fait son devoir et que les autorités politiques sont en train de réaliser le leur. Ce sont les réformes en cours – union bancaire, union budgétaire, union économique – qui permettront de corriger les faiblesses structurelles de départ.

Vous qui avez été Ministre des Finances comment jugez vous l’état actuel de la Belgique ?

Partons de quatre réalités incontournables qui sont autant de contraintes. La Belgique a un des taux d’endettement les plus élevés de l’Union européenne (5ème sur 27) et une des pressions fiscales globales les plus fortes (2ème). En outre, la Belgique est un des pays où l’impact du vieillissement sur les dépenses publique sera le plus important. Enfin, les garanties  accordées à des banques en difficultés représentent 17% du PIB et font peser une hypothèque supplémentaire sur les finances publiques.

Dès lors, vu ces contraintes, nous n’avons guère le choix : il faut réduire le rapport dette publique/PIB en agissant à la fois sur le numérateur et le dénominateur. Pour ce faire, nous devons mener une stratégie à trois volets :

1° le retour à un surplus primaire structurel (excédent des recettes sur les dépenses hors charges de la dette) pour provoquer un effet « boule de neige » à l’envers de la dette. C’était la règle sous les gouvernements Dehaene; il faut y revenir par une réduction des dépenses, en particulier de celles qui ont anormalement gonflé durant la décennie 2000-2010 (le nombre d’emplois par habitant dans l’administration publique s’est accru de 13,8%, ce qui place la Belgique en 2ème position juste derrière Chypre !).

2° l’augmentation du potentiel de croissance de l’économie belge en restaurant sa compétitivité. Il faut à la fois réduire l’écart salarial par une modification des modalités de formation des salaires (c’est ce que propose le gouvernement actuel) mais aussi réduire l’écart de productivité en encourageant l’innovation sous toutes ses formes.

3° la poursuite de la réforme des systèmes de pensions et de soins de santé pour atténuer l’impact mécanique du vieillissement sur les dépenses publiques.

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