Peter Praet : L’euro est irréversible

Nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec Peter Praet, Membre du Directoire de la Banque Centrale Européenne. L’occasion pour MoneyStore de vous donner un éclairage de premier ordre sur la monnaie unique et la politique de la Banque Centrale Européenne.

Certains disent que l’euro était une erreur, qu’il est arrivé trop tôt. Partagez-vous cette vue ?

L’euro était et reste un beau projet. Au départ, deux stratégies étaient envisagées. Il y avait, d’une part, une stratégie, qui était « monétariste », qui consistait à construire d’abord une union monétaire avec la mise en place de garde-fous et l’instauration d’un mandat spécifique pour la BCE. D’autre part, il y avait une pression vers une autre stratégie, vers une convergence et une construction du marché intérieur avant la mise en place d’une union monétaire (approche «économiste»). La première stratégie «monétariste» a été privilégiée. Mais cette vue était, sans conteste, trop optimiste et l’euro est resté, en partie, une construction inachevée. Cette construction se poursuit maintenant par les mesures qui sont prises tant au niveau national des pays de la zone euro que dans le renforcement de la gouvernance européenne.

Et si c’était à refaire ?

Il y avait une fenêtre historique pour lancer l’euro et l’on pensait que l’introduction de la monnaie unique pousserait les Etats et les acteurs économiques, en général, à prendre les mesures nécessaires au bon fonctionnement de cette union. Si c’était à refaire, on intègrerait sans doute davantage de notions d’externalité de comportements. La politique économique est une question d’intérêt mutuel. L’année 2012 a marqué la fin du déni. On a pris conscience qu’il fallait progresser sur le plan de l’union budgétaire, de l’union économique et de l’union bancaire notamment. Dans ce contexte, il faudra à l’avenir trouver un bon équilibre dans l’avancement vers plus de solidarité et plus de contrôle. Il y a un aléa moral, la solidarité ne va pas sans contrôle et certains prônent plus le contrôle alors que d’autres sont plutôt favorables à une forme de solidarité.

Doit-on craindre la fin de l’euro et/ou la sortie d’un pays de la zone euro ?

L’euro est irréversible. La sortie de l’euro aurait constitué une catastrophe politique, monétaire et économique. La sortie d’un pays de la zone euro n’est pas de mise. Je suis confiant que la direction que nous prenons est la bonne. Les interventions de la Banque centrale européenne, en particulier l’injection de liquidités aux banques qui a permis d’éviter la matérialisation d’un risque déflationniste. La BCE a joué son rôle et permis de gagner du temps mais cela ne suffit pas. Ses interventions doivent être complétées par la mise en œuvre de mesures et réformes au niveau national et  un renfort de la gouvernance européenne.

On parle d’une union bancaire, qu’est ce que cela implique pour la BCE ?

La BCE va désormais superviser de façon directe une bonne centaine de banques dans l’Union européenne. Elle va vérifier que les grands groupes bancaires qui agissent dans plusieurs pays respectent bien les règles prudentielles. Il y aura donc une supervision unique pour ces grandes banques qui donnera un meilleur résultat avec une meilleure vue d’ensemble sur des banques actives dans plusieurs pays. Elle sera par ailleurs responsable de l’intégralité du secteur bancaire en coopération avec les contrôleurs nationaux. La supervision sera plus efficace et aussi plus distante des intérêts nationaux. Pour la BCE, il s’agit d’un défi opérationnel d’envergure puisque nous devons notamment engager des équipes pour assurer cette supervision. Nous entendons aussi être à la hauteur de notre réputation.

Pour en savoir plus, retrouvez l’interview de Peter Praet et de Philippe Maystadt dans La Libre Belgique de ce jour : La Libre

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