Eric Boyer de la Giroday : Un regard de banquier sur la crise

Eric Boyer de la Giroday est un des rares grands banquiers que compte encore la place de Bruxelles. Après avoir été vice-chairman d’ING Bank à Amsterdam, Eric Boyer de la Giroday a endossé la responsabilité de Président du Conseil d’Administration d’ING Belgique en 2011. Il nous livre son regard sur la crise.

Les abus du système bancaire ont-ils été la source de la crise en 2007 ?

On a, à tort, considéré que les racines du problème étaient bancaires. En réalité, le fondement de la crise de 2007 est le surendettement. Le surendettement est la racine commune de toutes les crises financières que nous avons connues. En général, on estime que les causes des crises sont soit l’explosion de la valeur des actifs soit le surendettement. En 2007, nous avons connu les deux. Le système capitaliste libéral a permis de créer une grande richesse pour le plus grand nombre mais il ne peut exister qu’avec des crises. Les crises précédentes étaient courtes. Ce qui caractérise la crise de 2007, c’est sa longueur.

Justement, qu’est-ce qui distingue cette crise des autres crises au-delà de sa longueur ?

Cette crise a engendré une situation très contrastée entre les pays européens, entre les pays du sud et du nord. Avec des pays où 30% de la population et 50% des jeunes sont au chômage, on ne peut nier que nous sommes face à une société déséquilibrée dans laquelle on risque, à tout moment, la rupture sociale. On ne peut cependant pas comparer la crise actuelle avec les ravages sociaux de la crise des années 30. Aujourd’hui, des mécanismes de protection sociale ont été mis en place et la société est plus riche. Les gens oublient qu’en pouvoir d’achat constant, les sociétés occidentales sont quatre ou cinq fois plus riches que dans les années 30. On peut dire qu’aujourd’hui, la capacité d’absorption des crises est plus grande. On vit dans des systèmes où prévaut la libéralisation des mouvements de capitaux dans des sociétés démocratiques qui ont des cycles très, voire trop, courts. L’homme politique est alors plus préoccupé de plaire à son électorat, ce qui conduit à accroître l’endettement public.

Dans un monde globalisé, à quoi doit-on être attentifs ?

Aujourd’hui, ce qui me préoccupe c’est que l’on constate que notre niveau et nos standards de vie sont en concurrence directe avec ceux des pays émergents. En raison de la compétitivité des coûts salariaux, un grand nombre d’activités sont délocalisées et nous vivons aujourd’hui des drames sociaux qui sont liés à ce problème de compétitivité dans un système ouvert. Comment lutter dans cet environnement ? La compétence et la valeur ajoutée sont des défis éducatifs essentiels. Il faut se donner les moyens de faire évoluer notre population jeune vers l’acquisition de compétences qui vont leur assurer un certain standard de vie. Mais l’éducation est un chantier à long terme.

Et pour l’avenir ? Doit-on s’habituer à vivre dans un état persistent de crise ?

Le pire est sans doute derrière nous mais le meilleur prendra du temps à s’installer. On ne doit pas être trop critiques sur l’évolution de l’Europe et de la zone euro. Même si la gouvernance est déficitaire, il y a eu une réaction rapide face aux problèmes. Il faut avoir conscience que la BCE a fait une avancée historique durant l’été 2012. Elle a pacifié la situation. Il reste néanmoins des chantiers importants à réaliser et l’on est encore dans un état de fragilité systémique dans la zone euro. Nous risquons de connaître une dérive du système planétaire libéralisé. On a levé les barrières du commerce international sans connaître une évolution parallèle de la gouvernance politique planétaire. Le processus de mise en place de cette gouvernance sera encore long mais des initiatives sont prises pour rétablir la confiance et l’optimisme, des facteurs essentiels pour un retour à des temps meilleurs.

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