Analyse du risque en gestion

Par ING IM

Le risque est une variable indissociable de la gestion et gérer un portefeuille, c’est avant tout en gérer les risques, qu’ils soient haussiers ou baissiers. Les différentes classes d’actifs qui composent l’univers d’investissement ont toutes un profil de risque spécifique et, pour quantifier ce risque, on se réfère généralement à la volatilité.

La volatilité c’est quoi ?

La volatilité d’un actif financier est la mesure de la variabilité de son rendement sur une période donnée. Une volatilité élevée signifie ainsi une espérance de gain importante mais également un risque de perte qui l’est tout autant. Le rendement et le risque sont donc les deux faces de la même pièce ce qui confirme le célèbre adage de Milton Friedman – « there is no such thing as a free lunch ». L’investisseur essaiera donc généralement de maximiser le rendement de son portefeuille tout en minimisant la volatilité de celui-ci. Pour ce faire il veillera à diversifier son portefeuille en y intégrant des actifs « risqués » et des actifs « moins risqués ».

Peut-on encore parler d’actifs « risqués » et « moins risqués » ?

Il convient en effet d’être très prudent lorsque l’on réalise ce genre de distinction dans la mesure où les classes d’actifs ne sont pas homogènes, que leur volatilité n’est pas stable dans le temps et enfin que la volatilité d’une classe d’actifs ne « capture » pas nécessairement l’ensemble des risques auxquels elle peut être confrontée. En matière de risque il faut donc absolument se garder de tirer des conclusions binaires et ce, d’autant plus qu’à l’instar du venin de serpent, qui présente des propriétés médicinales, certains actifs « risqués » s’avèrent utiles pour protéger un portefeuille. Ainsi, certains produits dérivés qui exposent leurs détenteurs à une perte supérieure à 100% permettent paradoxalement à ceux-ci de se protéger contre des risques divers (taux, inflation, volatilité…).

Les actions qui, avec une volatilité comprise entre 15% et 20%, ont historiquement toujours été considérées comme la classe d’actifs risquée par excellence, ne sont pas un bloc homogène puisque l’on distingue des actions «défensives» et des actions «cycliques». On prête par ailleurs à ces dernières la vertu de protéger leur détenteurs contre l’inflation ce qui n’est pas le cas de la plupart des obligations pourtant considérées comme peu risquées.

Les obligations ne sont d’ailleurs pas non plus un bloc homogène puisque certaines présentent un risque de crédit (obligations d’entreprises à haut rendement ou non) tandis que d’autres exposent à un risque devise (obligations émergentes). Les obligations gouvernementales de pays développés, longtemps considérées comme la classe d’actifs sans risque par excellence, donnent à présent des sueurs froides à leurs détenteurs puisqu’en 2012, un tabou est tombé suite au défaut, certes ordonné, de la Grèce sur sa dette. On ne peut dès lors plus considérer que les obligations gouvernementales ne comportent pas de risque « crédit » ni même que leur « liquidité » est optimale puisqu’au plus fort de la crise de la dette en zone Euro, la liquidité de nombre de marchés obligataires s’est asséchée.

Est-ce que cela veut dire que les liquidités, le « cash » sont le dernier rempart contre les risques qui assiègent la citadelle de notre portefeuille ? Malheureusement non, les épargnants qui avaient déposé leurs avoirs auprès de banques islandaises en 2008 ou plus récemment auprès de banques chypriotes peuvent en témoigner. Les risques inhérents aux liquidités ne peuvent plus être ignorés, la garantie des dépôts repose sur la confiance dans le système bancaire tandis que le risque en matière de fiscalité devient de plus en plus important.  Enfin, même la brique que tous les belges ont dans le ventre pourrait devenir difficile à digérer en raison d’une part, de l’écart grandissant entre les prix et le revenu moyen et d’autre part, des changements de « consommation » induits par le vieillissement de la population.

On peut conclure à le lecture des lignes qui précèdent, que de la même manière qu’il n’y a pas de free lunch, il n’y a pas non plus d’actif sans risques. Le risque est partout, il est multiple et il mouvant. Investir requiert donc plus que jamais de pouvoir gérer des risques et pour ce faire il faut pouvoir prendre le recul nécessaire pour remettre sans cesse en question les bases théoriques sur lesquelles nous basons nos décisions.

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Une réponse à Analyse du risque en gestion

  1. Makart alain dit :

    Encore un excellent article de synthèse!

    j’espère avoir bientôt du même auteur une explicitation de l’utilisation de poduits dérivés comme mode de protection du patrimoine ( voir la fin de l’alinéa 5), notamment la VENTE d’options.

    En ce qui concerne la protection des liquidités, c’est une question de vue politique et donc discutable:
    1/l’Islande ne fait pas partie de l’Europe politique ( et de la zone euro bien sûr)
    Néanmoins les clients belges de Kauphting ont été finalement remboursés alors que la Luxembourg ( siège social de la cette Banque), n’en n’avait légalement pas l’obligation
    ( je résume peut être fort…)
    2/Peu d’épargnants chypriotes lésés semblent se plaindre en personne…
    quelques éléments de réflexion:
    -Chypre présente la densité la plus importante de brokers Forex au monde, et avec des spreads si étroits que les tout grands brokers internationaux ne peuvent offrir… (voir le site Forexpro)
    -Ceux qui ont été à Chypre ont remarqué la quantité de superbes bijouteries en bord de mer…
    -Le présidant chypriote a proposé il y a quelques jours comme solutions à la crise… d’ouvrir des casinos… et de nouvelles libéralités fiscales…
    -les Chypriotes sont en tête du classement européen pour l’accés au revenu immobilier.
    nous ne jouons peut être pas la même partition…
    Il faut reconnaitre que ces faits ( et d’autres ) sont connus depuis longtemps et que personne n’a mis de « halte là ».

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