Quand l’entrepreneuriat social entre à l’université

Par la Banque Degroof

Aujourd’hui, les étudiants sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à l’entrepreneuriat social.  Ils sont désireux d’intégrer cette approche à leur future carrière. Une demande bien comprise par les universités qui proposent désormais des formations de ce type. Petit tour d’horizon en Belgique et ailleurs en Europe.

Dans de nombreuses business schools, les cours d’entrepreneuriat social font aujourd’hui partie du programme du cursus entrepreneuriat, de manière optionnelle ou obligatoire. Une approche résolument globale: « Dans le cadre du Master en sciences économiques, en plus des cours d’entrepreneurship, nous voulions offrir des cours axés davantage sur l’éthique et les ressources humaines, combinés à des projets et des défis sociaux », précise le professeur Philip Verwimp, titulaire de la chaire Marie et Alain Philippson à la Solvay Business School. « C’est pourquoi nous avons créé le Master en Management Science. Son objectif : stimuler les nouvelles idées et susciter l’esprit d’entreprise social. »

Un intérêt grandissant

Les business schools constatent à l’unanimité un intérêt croissant de la part des étudiants pour l’entreprise sociale. Un intérêt qui correspond à des tendances de fond dans nos sociétés : évolution du comportement des entreprises, perception des citoyens, attentes des consommateurs, etc.  Pouvoir allier « des compétences et du sens », voilà ce que vient chercher cette nouvelle génération d’étudiants : « La filière Management des entreprises sociales, créée en 2010, apporte aux étudiants une capacité d’analyse et de gestion, un bagage opérationnel, mais aussi un réseau relationnel », explique le professeur Jacques Defourny, directeur du Centre d’Economie Sociale à l’ULg. « De nos jours, la gestion du bien commun ne passe plus uniquement par le secteur public, mais fait place à de nouveaux acteurs privés, comme les entrepreneurs sociaux, et notre filière a l’avantage d’offrir une réflexion systémique sur la redistribution des rôles de chacun au sein de la société ».

Vecteur de changement social

« Entrepreneuriat social rime encore trop souvent avec charité, et le côté entrepreneurial est bien souvent oublié », déplore Hans Crijns, professeur à la Vlerick Management School. La mission des business schools est de contribuer à une meilleure compréhension du phénomène de l’entrepreneuriat social, transmettre ses connaissances, mais aussi offrir du soutien aux futurs entrepreneurs. « Nous voulons développer une nouvelle image de l’entrepreneuriat social et valoriser les parcours exceptionnels d’entrepreneurs sociaux d’ici et d’ailleurs afin d’encourager ceux qui désirent démarrer une entreprise sociale et soutenir concrètement leur action. En leur fournissant du coaching et de l’accompagnement afin d’augmenter leurs chances de réussite », ajoute le professeur Crijns.

Bâtir des ponts

Pour Filipe Santos, professeur et directeur de Social Entrepreneurship Initiative à l’INSEAD (business school  internationale basée à Fontainebleau),  « l’entrepreneuriat social, c’est avant tout une nouvelle manière d’envisager le rôle de l’entreprise et de trouver des solutions pour créer un impact social significatif ». Même son de cloche à l’ULg : « L’entrepreneuriat social, c’est une façon de pouvoir répondre aux défis sociétaux d’aujourd’hui. Pour ce faire, un maître mot : l’innovation ». Au sein des business schools, cela se traduit par des initiatives originales et un engagement fort de la part des étudiants.

Par exemple, à Gand, le Forum for Social Entrepreneurship, fondé par Hans Crijns et financé par un groupe d’entrepreneurs, est une plateforme d’échange entre les étudiants et les entrepreneurs sociaux. Son but : faire circuler les idées et encourager les étudiants à répondre aux besoins d’acteurs sociaux préalablement sélectionnés. Selon le même principe, le Field Project de la Solvay Business School permet aussi aux étudiants de répondre à une problématique soulevée par une entreprise en effectuant une consultance de plusieurs mois.

A Madrid, l’université IE, troisième business school d’Europe, participe aussi à plusieurs projets innovants orchestrés par les étudiants, comme la création d’un incubateur d’entreprises (The Hub), une structure qui accompagne les projets de création d’entreprises sociales ou l’organisation du Social Responsibility Forum, l’occasion pour les étudiants de rencontrer des experts internationaux et de partager leurs points de vue sur le développement durable et l’entrepreneuriat responsable. Dans le cadre du MBA, le Social Impact Catalyst de l’INSEAD propose lui aussi plusieurs activités aux étudiants (conférences, bootcamps, workshops) qui leur permettent d’échanger avec des anciens élèves et des professionnels.

La force du réseau

Pour étendre leur offre en matière d’entrepreneuriat social, les  business schools se doivent de développer de plus en plus de partenariats. Les collaborations se multiplient avec les entreprises, les fondations, les organisations du secteur social et les autres universités, comme c’est le cas de Solvay et de l’ULg qui participent chaque année à des pôles d’attraction interuniversitaires (séminaires réunissant plusieurs universités belges et qui visent à soutenir la création et le développement de réseaux interuniversitaires de pointe en recherche fondamentale).

Un avenir prometteur

Quelle direction prennent les étudiants une fois diplômés ? « La plupart de nos étudiants vont travailler pour des entreprises privées, et un certain nombre d’entre eux deviennent entrepreneurs, avec un intérêt croissant pour le secteur social », se réjouit Rachida Gusto, d’IE. « Parmi nos étudiants MBA, 2% deviennent entrepreneurs sociaux et 3 à 4% travaillent dans le domaine de l’impact investing et dans des ONG », mentionne Filipe Santos, de l’INSEAD.

Selon Hans Crijns, « l’entrepreneuriat social va grandir en notoriété, tout comme l’aspect durable des entreprises, avec pour conséquence une tendance croissante d’entreprises sociales. A l’avenir, il y aura probablement un mix d’activités lucratives et non-lucratives, qui se soutiendront l’une et l’autre. » Il y a fort à parier que cet « entrepreneuriat hybride» a encore de beaux jours devant lui sur les bancs de l’université.

http://www.solvay.edu/

http://www.vlerick.com/

http://www.ces.ulg.ac.be/

http://www.insead.edu/

http://www.ie.edu/

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Une réponse à Quand l’entrepreneuriat social entre à l’université

  1. Devhope dit :

    La dimension sociale apparaît aujourd’hui comme une valeur utile et même indispensable que l’on soit personne morale ou physique. Entreprendre dans le domaine du social revêt un caractère noble. Il est ainsi approprié d’encourager tous les initiateurs dans ce cadre et même les plateformes numérique qui s’y consacre comme activité comme c’est le cas pour Devhope.

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