Les hauts salaires féminins ne font pas bons ménages

Par la Banque Degroof

Le nombre de femmes qui ont rejoint le marché du travail a fortement augmenté au cours des cinquante dernières années. En cause : le niveau d’éducation supérieur auquel elles accèdent, le déploiement d’une industrie des services et des réglementations qui ont réduit la discrimination des genres dans le milieu professionnel. Cependant, malgré ces avancées, certains clichés ont encore la vie dure et les préjugés restent encore bien ancrés dans les mentalités.

Une récente étude réalisée sur base de la population américaine par Marianne Bertrand, Professeur à la Booth School of Business de l’Université de Chicago, montre que le lent changement des schémas identitaires par rapport au travail influence le comportement des femmes et des hommes individuellement mais aussi en couple.

A chaque catégorie « hommes » ou « femmes » sont encore associées des prescriptions comportementales spécifiques du style « les hommes travaillent et les femmes restent à la maison » ou encore « un homme doit gagner plus que sa femme ». Dans cette étude, Marianne Bertrand se focalise sur cette dernière assertion et analyse les effets, sur le ménage et sur le taux des divorces, engendrés par des situations où les femmes gagnent plus que leur mari.

Dans un premier temps, cette étude constate qu’homme et femme préfèrent avoir un partenaire avec des revenus élevés mais que les hommes n’aiment pas que leurs femmes gagnent plus qu’eux. Dans un second temps, cette étude relève que, lorsque les femmes commencent à gagner plus que leur mari, le taux des divorces augmente. Cette étude démontre donc un lien potentiel entre deux développements sociaux qui ont émergé durant les dernières décennies : l’augmentation des revenus féminins et l’augmentation des divorces.  En utilisant un panel du « National Survey of Families and Households », Marianne Bertrand (et son équipe) a trouvé que les couples où la femme gagnait plus que le mari sont moins heureux et que la probabilité de divorcer y est plus importante. Par ailleurs, on constate que, dans le même temps, lorsque le taux des femmes sur le marché du travail augmente, le taux des mariages décline : de 81% dans les années 70, il est passé à 51% en 2010 pour les jeunes adultes entre 25 et 39 ans et de 80% en 1970 à 64% en 2010 pour ceux âgés entre 40 et 65 ans. « Nous estimons que le fait qu’une femme gagne plus que son mari expliquerait plus de 29% de ce déclin dans le taux des mariages», peut-on lire dans ce rapport.

Le niveau des revenus féminins dans le couple induit donc des comportements au sein du couple mais aussi dans le milieu professionnel. Lorsque la probabilité que la femme gagne plus que son mari augmente, la femme désire moins participer à la vie active. Elle adopterait donc un comportement de retrait. Certaines données suggèrent que les femmes ont tendance à transformer leur offre sur le marché de l’emploi pour éviter d’introduire un changement dans l’affectation des rôles au sein de leur couple. D’autres résultats suggèrent aussi que certains couples cherchent à éviter que la femme gagne plus que l’homme.

Dans le partage des tâches domestiques, on ne constate cependant aucun changement de comportement. Globalement, ce n’est pas parce que la femme gagne plus que son mari que le mari s’engage davantage dans l’exécution des tâches ménagères. Au contraire, ce décalage est encore plus important dans ces couples et la femme prend en charge davantage de charges ménagères. « La femme, dans ce cas, est beaucoup plus fatiguée par ce double horaire de travail, ce qui pourrait être un des facteurs qui expliquerait le taux de divorce élevé dans ces couples », note l’étude. On assiste aussi à un transfert intergénérationnel des attitudes envers le rôle des genres.

Une étude reprise par Marianne Bertrand a démontré qu’une femme aura plus tendance à travailler si sa belle-mère travaillait, ce qui suppose que le travail d’une mère influence l’attitude de son fils en tant qu’époux vis-à-vis du travail de sa propre femme.

Ce rapport rédigé sur base de la population américaine laisse entrevoir que le chemin restant à parcourir pour changer certaines mentalités, tant du côté féminin que masculin, est encore long et … ardu !

Lien vers l’étude : Gender identity and relative income within households

 

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