La gestion au féminin, un défi à relever

Par la Banque Degroof

Les femmes sont les principaux agents de consommation dans l’économie et aussi des épargnantes de premier ordre. Or, selon une étude menée en 2009 par le Boston Consulting Group, (BCG), les femmes désignent la finance comme le secteur dont elles sont les plus insatisfaites tant au niveau du service que des produits.

A titre d’exemple, dans le domaine des investissements, 73 % disent être mécontentes du niveau du service reçu et 71% sont insatisfaites de l’offre de produits. Dans le domaine des assurances, ces chiffres sont respectivement de 75 et 74% et de 64 et 62% en ce qui concerne les cartes de crédit. Selon une autre étude réalisée par ce cabinet de consultants, il apparaît que la moitié des femmes sondées déclarent que leur gestionnaire de fortune pourrait effectuer un meilleur travail en rencontrant davantage leurs souhaits. Le BCG souligne que beaucoup de gestionnaires considèrent les femmes comme un groupe discret mais important. Toutefois, ils ne développent que des stratégies superficielles pour les satisfaire.

Evidemment, les responsables d’organismes financiers répondront que les besoins des femmes en matière de produits ne sont pas si différents de ceux des hommes et qu’il n’est donc pas pertinent de consacrer temps et ressources à imaginer des solutions spécifiques à la gent féminine. Mais, en réalité, il s’agirait plutôt d’une opportunité à saisir pour les organismes financiers. « Ils pourraient offrir des services et des produits spécialement conçus pour le style de vie des femmes, dépoussiérer et réadapter leurs forces de vente et offrir plus d’information et d’éducation aux femmes. En agissant de la sorte, ils pourraient construire un esprit de communauté qui conduirait à une meilleure et plus profitable relation qui passerait d’une génération à l’autre, de mère en fille », estime cette étude du BCG. C’est donc une réinvention de l’approche aux clientes qui devrait être entamée.

Sur le terrain, la réalité est cependant assez nuancée. « Notre clientèle féminine n’est pas du tout homogène. Nous avons des femmes qui ont gagné leur vie et qui, après leur carrière professionnelle, viennent nous trouver avec leur capital pension. Elles sont assez prudentes avec ce capital accumulé et ne veulent pas prendre de risques trop importants. Nous avons aussi des femmes qui ont hérité d’un patrimoine. Et pour certaines, celui-ci, auparavant géré par leur père, a ensuite été administré par leur mari avant d’être, au décès de celui-ci, repris en charge par le fils », constate Eloïse d’Oultremont, Senior Private Banker à la Banque Degroof. Très souvent, les femmes se chargent de la gestion du budget familial mais dès qu’il s’agit de produis financiers, elles s’estiment trop peu instruites pour comprendre. Elles assimilent souvent la finance aux mathématiques. « Or, il s’agit là d’une responsabilité à assumer comme le droit de vote ou l’entretien d’un bien immobilier. Certaines femmes ne viennent jamais et envoient leur mari. D’autres viennent seules ou en couple. Ce sont parfois des couples où s’est instaurée une véritable dynamique sur tous les plans, y compris dans la sphère financière. Chaque femme, chaque homme, entre avec son histoire et son irrationalité. La gestion du patrimoine et l’argent représentent pour chacun  quelque chose de particulier et de spécifique dont il faut aussi tenir compte dans les décisions prises. C’est parfois très touchant. Cette rencontre avec les gens, leur histoire et leur relation à l’argent est un des aspects les plus passionnants de notre métier », s’enthousiasme Eloïse d’Oultremont.

Face aux résultats de l’étude du BCG, il est cependant difficile de trouver des solutions sans verser dans un aspect sectaire. « Nous pourrions « repackager » des produits pour les femmes, créer une banque « rose », mais est-ce vraiment çà que les femmes souhaitent ?  Il y a en la matière un sentiment ambivalent : si on propose un produit sur-mesure destiné spécifiquement aux femmes, certaines d’entre elles auront le sentiment qu’on les considèrent comme inférieures aux hommes. Nous offrons des programmes de cours et de conférences pour les femmes mais la question que l’on peut se poser serait de savoir si, finalement, ce n’est pas toute la structure qui a été pensée par et pour des hommes et qui devrait être revue. Il n’y a cependant pas de profil type ni de réaction type pour la gent féminine et le changement prendra encore du temps », reconnaît Eloïse d’Oultremont. C’est aussi le rapport complexe à l’argent inscrit dans la culture depuis des siècles qu’il faut apprendre à gérer.

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