Femme et entreprise : « Nous avons décidé de miser sur la qualité qui a fait notre réputation »

VervloetPar la Banque Degroof

Comment faire face à une crise mondiale lorsque l’on est une petite entreprise familiale implantée en Belgique qui exporte plus de 85 % de sa production ? C’est à ce défi de taille qu’a été confrontée Isabelle Hamburger, l’administratrice de Vervloet, société leader dans la production artisanale de poignées de portes et de fenêtres. Représentante de la quatrième génération à la tête de l’entreprise, la jeune patronne a dû déployer toute son énergie pour surmonter la crise. Une bonne occasion de rebondir et se remettre en question.

Comment avez-vous réagi face à la crise et la baisse des commandes enregistrée à partir de 2009?

Ma première réaction fut de voyager, de partir à la rencontre de nos clients. J’ai voulu que l’équipe commerciale visite un maximum de nos contacts même si la demande n’était pas là. J’appelais cela nos visites de courtoisie, il ne fallait pas que le client oublie notre nom, commande ou pas commande, on était là. Nous étions convaincus que cette crise n’était pas éternelle et que nous devions être dans l’esprit des décorateurs et architectes le moment venu.

Puis la crise s’est aggravée…

En effet, 2010 a été une année noire. Nous n’avions quasiment plus de commandes. Plus inquiétant encore, nous ne recevions même plus de demandes de prix. Nous avons été obligés de passer par le chômage économique pendant huit mois et aussi par une diminution salariale temporaire de l’ensemble des employés. De plus, à cette même période nous avons perdu le patriarche de l’entreprise, présent pendant plus de 60 ans dans la maison. Le moral et la santé de l’entreprise se trouvaient au plus bas, néanmoins, le personnel s’est serré les coudes, a compris la situation. Il y a eu un élan d’appartenance à l’entreprise très fort, le principal était que chacun garde son emploi.

Lors des contacts avec vos clients et prospects, il était apparu que certains d’entre eux trouvaient vos produits trop chers…

Effectivement. Certains nous demandaient de diminuer nos prix de 75%. Nous aurions alors dû produire des séries, matricées, usinées sans aucune intervention de notre main-d’œuvre. Outre le fait que cela représentait un très important investissement, la conviction n’était pas là pour ce genre de développement. Nous avions du mal à imaginer des pièces bon marché portant notre nom ou un autre. Tôt ou tard notre réputation en aurait été affectée. Nous avons donc décidé de continuer à produire les pièces de qualité qui ont fait notre réputation.

Avez-vous aussi pensé à délocaliser une partie de la production ?

Nous avons envisagé cette solution, mais nous l’avons aussi abandonnée. Ici, à Bruxelles nous avons un personnel fidèle, très compétent. Nous avons investi dans la formation puisqu’il n’existe plus d’école apprenant le métier. Les artisans sont formés trois ans minimum, et il faut cinq ans pour connaître son métier. En période de crise, il est déjà trop tard pour chambouler tout un savoir-faire. En revanche, la remise en question est inévitable.

Vous en avez donc profité pour repenser votre façon de travailler ?

Nous avions du temps puisque nous n’avions pas de commandes. On a mis ce temps à profit. Nous avons repensé l’organisation de la production, maximisé les ressources. Nous avons également changé certains procédés en travaillant avec un bureau d’ingénieurs qui nous a amené vers des technologies plus pointues. Nous avons aussi investi dans certaines machines, dont une qui remplace le travail de deux ouvriers. Ces ouvriers ont pu évoluer dans l’entreprise vers d’autres activités. Grâce à toutes ces évolutions, nous pouvons aujourd’hui livrer plus de commandes en moins de temps. Le délai de production est un facteur décisif pour nos clients. Nous avons également mieux structurer l’ensemble de la société, cherché beaucoup plus de fournisseurs afin d’être moins dépendants de « fournisseurs rois » et créé de nouveaux modèles contemporains plus simples à produire et plus abordables. Petit à petit nous avons commencé à émerger. Les demandes de prix ont refait leur apparition, les gros projets ont revu le jour, notamment à Paris, Londres et dans les pays du Golfe.

La société Vervloet a été fondée en 1905 par l’arrière-grand-père d’Isabelle Hamburger. La société emploie 35 personnes dont une vingtaine d’ouvriers. Elle produit artisanalement des poignées de portes et de fenêtres et tous leurs accessoires. La collection se compose de 45.000 pièces, soit la plus grande collection de poignées de porte au monde. A l’origine, Vervloet ne s’adressait qu’au marché belge. A la fin des années 60, la société s’est lancée dans l’exportation et ce, directement vers les pays du Moyen-Orient. Aujourd’hui, 85% de la production part à l’export, principalement en Arabie, au Qatar, aux Emirats, au Koweït, au Liban, en Russie, aux Etats-Unis, à la Barbade et en Europe via Paris et Londres. La société fournit également le monde du yachting et a depuis peu été approchée pour la décoration de jets privés.

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