La Revue : On finit par s’habituer !

Récemment, lors d’une conversation avec un de nos éminents économistes, nous faisions le constat que malgré une situation peu brillante tant du côté américain qu’en Europe, les investisseurs semblent ne plus accorder la même importance qu’il y a un an aux éléments qui sous-tendent la crise. Or, la situation n’a pas profondément changé en ce qui concerne les fondamentaux.

En ce qui concerne le fiscal cliff, l’absence de nouvelles pourrait laisser entrevoir des négociations difficiles au niveau des dépenses. En Europe, le ton s’est apaisé suite aux déclarations de la BCE mais rien n’est encore résolu du côté de l’Espagne où la situation s’est enlisée dans des scandales de corruption. Aux Pays-Bas, la nationalisation de la banque SNS n’a pas fait beaucoup de remous alors que les actionnaires et certains détenteurs d’obligations ont perdu leur mise. Mais à force d’évoquer sans cesse la crise, il semble que les acteurs considèrent que c’est désormais un état de fait dans lequel il faut avancer vaille que vaille.

Un récent article d’AXA Investments faisait le même genre de constat sur base d’une enquête menée auprès d’un groupe d’importants investisseurs institutionnels réunis à Paris. Plus de 65% de ces investisseurs estiment que le risque d’éclatement de l’euro est derrière nous. « Il peut s’agir d’un parti pris eurolandais, mais je note qu’une minorité significative doute encore de la solidité de la zone euro. Pour des investisseurs opérant en son cœur, ce n’est pas négligeable. Je partage d’ailleurs ce point de vue relativement équilibré. Le risque systémique d’éclatement de la zone euro a considérablement diminué grâce à d’importants progrès vers une réforme radicale de la gouvernance de l’Union monétaire (UEM), comme la mise en place des 500 milliards d’euros du Mécanisme Européen de Stabilité (MES), de règles budgétaires contraignantes et crédibles (pacte budgétaire), des premiers pas vers une union bancaire et de l’engagement clair de la Banque Centrale Européenne (BCE). Pourtant, le processus est encore réversible, car la dimension politique de la réforme, à savoir la nature de l’union politique à même de cimenter la nouvelle organisation de l’Union à condition d’être ratifiée par les peuples, n’a pas encore été évoquée », note Eric Chaney de chez AXA Investments. Du côté du pays de l’Oncle Sam, près de 75% des sondés estiment que les consommateurs américains se remettront à dépenser en 2013 et 78% de ces investisseurs sont risk-on, c’est à dire qu’ils sont prêts à prendre plus de risque. Optimisme, réalisme ou fatalisme ? Les investisseurs semblent prendre leur parti de ces nouvelles données.

En Asie, c’est le Japon qui étonne par son virage important en matière de politique économique. Comme le mentionnait William De Vijlder dans son dernier papier sur ce blog, le Japon veut passer d’une situation de déflation à une inflation de 2%. Pour cela, les politiciens adoptent une politique monétaire expansionniste. Alors que le yen s’affaiblissait, les valeurs en bourse sont montées en flèche, une ascension qui s’est manifestée durant dix semaines consécutives, du jamais vu depuis 1987. La Banque du Japon a annoncé des rapports réguliers sur les progrès macroéconomiques qu’elle compte engranger. L’indépendance de la banque centrale s’amenuise et l’avenir nous démontrera si cette stratégie va s’avérer gagnante ou non. La réussite ou l’échec de cette politique sera un élément pour les décideurs politiques d’autres régions du monde. La réussite de cette politique audacieuse accréditera les thèses des partisans de la relance face à celles des partisans de l’austérité.

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