Retour à la normale dans un monde plus complexe

William hand high-rPar William De Vijlder, BNP Paribas Investment Partners

Deux facteurs ont dicté le comportement des marchés financiers ces dernières semaines : la perspective d’une réduction des achats d’actifs par la Fed aux Etats-Unis et l’évaluation de la conjoncture chinoise. L’annonce d’un futur allègement de l’assouplissement quantitatif (QE) a eu des répercussions à l’échelle mondiale, que ce soit sur les devises, les Bourses ou encore les taux obligataires. Cet événement montre à quel point les relations économiques internationales sont entremêlées. Les banques centrales ont craint qu’une hausse des taux obligataires ne pèse sur la reprise économique. C’est pour cette raison que la Fed s’est empressée il y a quelques mois déjà à préciser que le premier relèvement de taux n’interviendrait pas avant que le chômage ne baisse à 6,5% (et même dans ce cas la hausse des taux ne serait pas automatique). Elle a encore rappelé ce point récemment. La Banque d’Angleterre a elle aussi laissé filtrer des indications prévisionnelles : les taux resteront inchangés aussi longtemps que le chômage ne sera pas retombé à 7%. Même la BCE a déclaré il y a quelques semaines que les taux directeurs resteraient bas pour une longue période. Toutes ces déclarations ont pour objectif d’apaiser le marché obligataire. Il n’empêche que la nervosité reste palpable et tout chiffre économique positif tend à pousser les taux à la hausse. La Chine a également joué un rôle important dans le comportement des Bourses : les analystes craignaient d’abord que la croissance continuerait de ralentir avant de voir avec soulagement les derniers indices des directeurs d’achat progresser. Le débat sur l’allègement du QE et sur la faiblesse de la croissance chinoise a plombé les marchés émergents. Alors que les Bourses y affichaient une croissance tendancielle inférieure à celle des marchés occidentaux depuis l’automne 2010, ce fut récemment au tour des devises d’un certain nombre de pays émergents de boire la tasse. De plus, les taux y ont sensiblement augmenté. Dès lors, les fondamentaux des pays émergents sont jugés avec un œil plus critique que par le passé et le biais national des investisseurs occidentaux signe son grand retour. Enfin, n’oublions pas le facteur psychologique : les baisses de cours ont déclenché des réflexes défensifs.

En termes de perspectives, l’économie mondiale sera tirée par une croissance plus soutenue en Occident, tandis que bon nombre de marchés émergents verront leur croissance décélérer, notamment à cause de la hausse des taux d’intérêt et de l’inflation qui résultent de la crise qui frappe certaines devises (l’Inde, l’Indonésie, la Turquie notamment). La bonne surprise vient indéniablement de la zone euro qui enregistre une nette amélioration conjoncturelle. La croissance restera modérée mais au moins le moteur tournera à un régime plus élevé, y compris dans la périphérie. Cette embellie conjoncturelle est d’ailleurs nécessaire afin de doper la croissance des bénéfices. En effet, dans les pays développés aussi bien que dans les marchés émergents, les bénéfices des entreprises stagnent et dans un environnement de hausse des taux on ne peut pas compter sur une hausse du rapport cours/bénéfices pour soutenir les performances des Bourses. Bien évidemment une stabilisation du marché obligataire américain aiderait beaucoup. À ce propos, la courbe des taux (10 ans moins 2 ans) est déjà très inclinée et ne se trouve qu’à 50 points de base de son pic historique. Cela signifie que le risque de nouvelles hausses de taux importantes est limité. Certes, selon la tendance historique, les taux longs devraient encore grimper aux Etats-Unis, mais un choc majeur paraît peu probable. La liste des autres facteurs à suivre est longue : la reprise en Chine, la stabilisation ou pas dans les pays émergents, les élections allemandes du 22 septembre prochain, la succession de Ben Bernanke. Par ailleurs, le plafond de la dette américaine sera atteint vers la mi-octobre : le Congrès devra donc trouver un nouveau compromis sur un relèvement. Autre question : de combien d’argent la Grèce aura-t-elle encore besoin ? Enfin, le risque géopolitique (Syrie) ne cesse d’augmenter et l’analyse des réactions du marché aux interventions militaires américaines par le passé n’offrent pas de conclusions claires.

Les investisseurs penseront avec nostalgie à la rentrée d’il y a un an, placée sous le signe des promesses d’achats illimités par la BCE et du QE3 aux États-Unis. Aujourd’hui, ces game changers se font cruellement manquer. Pour les marchés, c’est en quelque sorte un retour à la normale … mais dans un monde plus complexe.

Autres articles sur le sujet:

– La Revue

– Le corner Marchés

Ce contenu a été publié dans Actualité, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.