Quelles leçons tirer de la chute de 7,3% du Nikkei ?

Par William De Vijlder, Chief Investment Officer, Stratégie et Partenaires, BNP Paribas Investment Partners

Ce texte a été rédigé le 23 mai 2013

Les répercussions du plongeon du Nikkei aujourd’hui dépassent les frontières du Japon. Je me suis donc livré à un petit exercice d’observations et de leçons pour les marchés financiers mondiaux.

Observation Leçon
Le courant vendeur est apparemment à mettre à l’actif des investisseurs particuliers Les investisseurs particuliers ont également leur mot à dire après tout. Leur rôle est particulièrement pertinent dans un monde où les fonds indiciels cotés (ETF) permettent à tout investisseur de réagir instantanément à l’actualité et de créer une boucle de rétroaction tout aussi rapidement.
Pourquoi personne n’a-t-il saisi cette occasion pour se précipiter sur le marché ? Pour la simple et bonne raison que personne ne veut courir à sa perte, d’où la réaction excessive.
Les indicateurs décevants en provenance de Chine ont déclenché ce mouvement de vente Les statistiques chinoises en sont le catalyseur. La leçon est que tout catalyseur, même de manière indirecte, peut avoir un impact significatif sur les marchés lorsque les cours ont beaucoup grimpé.
L’annonce par Ben Bernanke d’un possible ralentissement de l’assouplissement quantitatif est un autre facteur Cela démontre la sensibilité extrême des investisseurs à tout changement susceptible d’enrayer l’injection de liquidité à l’échelle mondiale.
L’indice Nikkei a piqué du nez, alors que la révolution monétaire était à peine en marche et qu’elle se poursuivra en 2014 Apparemment, les investisseurs japonais pensent que l’expérience monétaire menée par la Banque du Japon est offensive et risquée, d’où la précipitation à prendre ses bénéfices après un rebond impressionnant et ce, malgré la certitude que le bilan de la BoJ continuera à gonfler.
Plusieurs autres places boursières ont dévissé, sans impact toutefois sur les obligations d’entreprises (le spread avec le haut rendement s’est élargi de 20 points de base) Voici un exemple qui illustre les avantages de la diversification. Au cours des derniers mois qui ont vu les spreads atteindre des niveaux très bas et les actions poursuivre leur progression, on avait l’impression qu’il était peut-être préférable d’« aller au fond des choses » d’un point de vue du risque (autrement dit se tourner vers les actions) en combinaison avec une position en cash (afin de maitriser le risque de portefeuille), mais aujourd’hui les marchés ont donné une bonne leçon, celle du mérite de la diversification

Je conclurai par quelques réflexions :

  1. L’ampleur de la chute du Nikkei suggère que de nombreux investisseurs n’étaient pas convaincus de leur choix. Ils avaient investi dans l’indice, convaincus moins par l’efficacité de la révolution monétaire (bien que le raisonnement sous-jacent soit logique, du moins pour la première vague) que par la dynamique clairement positive alors. Maintenant, ils ont des sueurs froides.
  2. En l’absence de rebond rapide, les dirigeants adopteront probablement un ton plus conciliant. Cela apporterait un soulagement à court terme mais rien de plus qu’une maigre consolation à long terme.
  3. Le prochain gros test pour la Banque du Japon est le comportement des investisseurs en obligations d’État japonaises. Les taux ont fortement augmenté récemment. Si cette tendance devait se poursuivre, elle enverrait le signal que non seulement l’indice Nikkei a augmenté trop rapidement et dans une trop grande proportion mais aussi que le marché obligataire était condamné à corriger (et les taux à grimper). Un tel scénario contraindrait la BoJ à accentuer ses efforts afin de contrôler le segment long de la courbe des taux (et donc à plafonner la hausse des rendements)
  4. Le point le plus important est que le risque de contagion aux États-Unis a augmenté. Bien que la Réserve fédérale estime que tout est sous contrôle, les doutes quant à la réussite d’un pays qui suit une politique similaire (le Japon aussi applique l’assouplissement quantitatif à grande échelle) pourraient se propager à la situation américaine. Il s’agit pour moi de la question clé soulevée par le déclin du Nikkei.
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