Surcharge d’information

Par Fidelity

« Nous souffrions d’une carence de calories et notre problème est aujourd’hui l’obésité. Nous manquions de données et le problème est aujourd’hui une surdose de données.», Hal Varian, économiste en chef chez Google

Nous sommes plus profondément que jamais plongés dans l’ère de l’information. L’Internet a vulgarisé l’accès à toutes sortes d’informations qu’il aurait été long, fastidieux, onéreux, voire impossible de trouver il y a encore quelques années.

Le progrès technologique a fait de l’information un élément omniprésent de notre vie quotidienne, que ce soit au travail, à la maison ou en route. Les nouvelles et les chiffres dansent devant nos yeux sur demande et en temps réel, sur les écrans d’un nombre croissant d’appareils de plus en plus sophistiqués. L’autoroute de l’information est toujours « à portée de clic ». Mais la masse de données dont nous disposons à présent est souvent difficile à comprendre. Chaque jour, la quantité stupéfiante de 2,5 quintillions d’octets de données voit le jour. Nous en créons en fait tant que, selon les estimations, 90 % de toutes les données du monde auraient été créées au cours des seules deux dernières années.1

Le langage de l’invasion des données

Unité Taille Signification
Bit (b) 1 or 0 Raccourci pour « chiffre binaire »
Octet (O) 8 bits Suffisamment d’informations pour une lettre anglaise ou un chiffre en code informatique
Kilo-octet (Ko) 1 000 Une page de texte dactylographié représente 2 Ko
Méga-octet (Mo) 1 000 Ko Une chanson moderne courante pèse 4 Mo
Giga-octet (Go) 1 000 Mo Un film de deux heures peut être comprimé en 1 à 2 Go
Téra-octet (To) 1 000 Go La totalité des ouvrages de la Bibliothèque du Congrès américain représente 15 To
Péta-octet (Po) 1 000 To Google traite 1 Po par heure
Exa-octet (Eo) 1 000 Po L’équivalent de 10 milliards d’exemplaires de la revue The Economist
Zetta-octet (Zo) 1 000 Eo La totalité des informations circulant dans le monde en 2010 était estimée à 1,2 Zo
Yotta-octet (Yo) 1 000 Zo Encore inimaginable aujourd’hui !

Source : Economist, 2010.

Pour les investisseurs en particulier, l’amélioration de l’accès aux informations économiques et commerciales a été considérée comme un grand bond en avant. Il y a une vingtaine d’années, celui qui souhaitait en savoir plus sur une société achetait le Financial Times pour consulter le cours de clôture de la veille puis écrivait au siège pour demander une copie du rapport annuel de la société. Il suffit maintenant de quelques clics pour consulter le cours de l’action en direct, les archives des rapports annuels, l’entrée de Wikipédia, ainsi que le site Web de la société et de ses concurrents. Et tout cela en moins de temps qu’il ne vous aurait fallu pour aller poster votre lettre.

Mais cette évolution présente aussi des dangers pour les investisseurs. Il a toujours été considéré qu’il valait mieux être trop informé que pas assez. Le problème, c’est que l’information n’est pas toujours une bonne chose. L’information n’est pas une connaissance, elle n’examine pas les questions en profondeur. Si une meilleure connaissance et une meilleure compréhension peuvent déboucher sur de meilleures prises de décision, une simple augmentation de la quantité d’information ne le peut manifestement pas.

Au contraire, nous avons aujourd’hui un accès instantané à tant de données que la «surcharge d’information » en est devenue un vrai problème, nous rendant indécis et confus, noyés dans un océan de données. Le problème est exacerbé par la prolifération des appareils et nouvelles méthodes de communication. Eric Schmidt, président exécutif de Google, a admis que les «dispositifs instantanés» pouvaient nous empêcher d’approfondir notre réflexion et de comprendre. Les psychologues ont remarqué que la masse d’informations disponible dans notre monde moderne avait un impact négatif sur notre productivité et nos prises de décisions.2

L’expression « surcharge d’information » (information overload) est en réalité antérieure à l’Internet, bien qu’elle semble avoir été inventée pour lui. Elle fut popularisée à l’origine par le futuriste américain Alvin Toffler dans son livre Future Shock (le choc du futur), dans lequel il prétend que la rapidité des changements technologiques et sociaux finira par désorienter les gens et les rendre incapables de prendre des décisions, voyant leur capacité de discernement fondre comme neige au soleil.

Les informations peuvent être pertinentes ou non, avoir une grande valeur ou aucune lorsqu’il s’agit de prendre une décision. Le problème de ceux qui sont séduits par l’information en ligne et qui n’en connaissent pas toujours la valeur est désormais courant. À ce problème s’ajoute celui, de plus en plus important, de la « pollution informative », c’est-à-dire de la contamination par une masse d’informations hors sujet, redondantes, non sollicitées ou de faible valeur.

Le seul moyen dont nous disposions pour nous débarrasser des informations sans valeur et de conserver les bonnes est d’en faire le tri, ce qui revient à les enregistrer dans notre mémoire de travail, en assimiler les meilleurs morceaux et les associer à nos visions et principes d’investissement à long terme pour enrichir nos connaissances et améliorer notre compréhension. Mais nos cerveaux ne sont pas des supers ordinateurs. Notre mémoire de travail à court terme, centre de traitement critique de première ligne de notre cerveau, a une capacité limitée.

Le fait que nous ayons une capacité cognitive limitée concorde avec l’idée plus répandue que nous ne nous comportons pas toujours de façon rationnelle, idée préconisée par les parrains du comportement économique Daniel Kahneman et Amos Tversky. Mais en dépit des contraintes auxquelles est soumise notre capacité de traitement, de nombreux investisseurs continuent de penser qu’avoir l’information, c’est détenir le pouvoir. Certaines études psychologiques ont montré qu’un supplément d’information fait augmenter le niveau de confiance mais pas de précision, d’autres études ayant même montré qu’un surplus d’informations pouvait en réalité déboucher sur de moins bonnes prévisions.3 Plus d’informations n’est donc pas nécessairement la réponse : l’important, c’est ce que l’on fait de ces informations.

Une surcharge d’information peut nous conduire à d’autres biais comportementaux, nous poussant à privilégier les informations plus récentes ou plus captivantes (récence et pertinence) au détriment d’autres types de données qui peuvent sembler moins intéressantes mais avoir plus de valeur. Clay Johnson soulève cette question dans son livre The Information Diet (L’information au régime !), dans lequel il explique que notre tendance à dévorer l’information que nous trouvons la plus intéressante revient en fait à « commencer par le dessert ». La surcharge d’information alimente largement un effet psychologique répandu appelé dissonance cognitive, un sentiment de gêne que nous éprouvons lorsque nous sommes confrontés à deux visions divergentes ou plus. Pour éviter ce sentiment d’inconfort, beaucoup d’entre nous peuvent également tomber dans le piège de la confirmation arbitraire, par laquelle nous rejetons par un raisonnement rationnel les informations qui ne cadrent pas avec nos propres vues.

Mais que pouvons-nous faire, en tant qu’investisseurs, pour nous attaquer au problème de la surcharge d’information ? Nous devons en premier lieu définir clairement nos objectifs, c’est-à-dire adopter une philosophie et une procédure d’investissement bien établies. Nous devons ensuite créer un cadre solide pour gérer l’information et en trier le bon grain de l’ivraie. Combinant cela à l’orientation que nous dictent nos principes d’investissement, nous pouvons ensuite dresser une liste de vérification des types d’informations que nous estimons être les plus utiles. Mais attention : nous devons rester vigilants car les signaux lancés par l’économie et le marché de l’investissement peuvent s’inverser à tout moment. Certaines sources d’information et données peuvent être utiles à certains moments mais moins à d’autres.

Il est donc faux de croire qu’il vaut mieux avoir plus d’informations lorsqu’il s’agit d’analyser des titres boursiers. Le tout est d’observer une philosophie d’investissement soigneusement élaborée et d’être capable de filtrer les informations, retenir les bonnes, corroborer les idées et se former des opinions perspicaces différentes des opinions générales.

« Les données sont à la disposition de tous ; ce qui est plus rare, c’est la capacité d’en extraire la sagesse. »

Hal Varian, économiste en chef chez Google

Références

1. IBM, « Bringing big data to the enterprise », (2012) <http://www-1.ibm.com/software/data/bigdata/>

2. Bray, David, A, Information Pollution, Knowledge Overload, Limited Attention Spans, and Our Responsibilities as IS Professionals. Global Information Technology Management Association (GITMA) World Conference – Juin 2008. http://ssrn.com/abstract=962732

3. Slovic (1973), « Behavioural problems adhering to a decision policy » et Handzic (2001), « Does More Information Lead to Better Informing? »

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