Finance comportementale : Voir c’est croire, mais la perception devient la réalité

Par Fidelity

L’expression « Voir c’est croire » est connue, mais la finance comportementale nous montre que lorsque nous prenons des décisions dans un contexte incertain, l’image de la situation que nous « voyons » n’est pas toujours fiable. Les opinions concernant le comportement futur des marchés de placement peuvent être très fortement influencées par les informations sur lesquelles nous choisissons de nous concentrer et par les décisions que nous avons déjà prises.

Le terme préjugé de confirmation décrit notre tendance à interpréter les informations de manière partiale en faveur de nos croyances existantes. Quand nous nous sommes décidés, nous sommes enclins à rechercher des preuves qui corroborent notre opinion. Dans la vie de tous les jours et dans les relations, rechercher une affirmation positive de nos décisions les plus difficiles est généralement un bon côté de la nature humaine. Mais tel n’est pas le cas pour les placements, pour lesquels la décision de conserver un actif, un marché ou un titre devrait être régulièrement réévaluée de manière aussi objective que possible.

Les conclusions disponibles suggèrent fortement que notre jugement sur l’information est biaisé par nos opinions ou nos engagements préexistants. Une expérience célèbre dans le domaine de la psychologie comportementale a tenté de modifier les avis d’étudiants sur la peine de mort*. La moitié des étudiants y étaient favorables et l’autre moitié y étaient opposés. Ils ont ensuite pu consulter plusieurs études dont certaines étaient pour et d’autres contre, et devaient évaluer ces études sur l’efficacité de la peine de mort comme moyen de dissuasion. Ceux qui étaient pour au départ ont trouvé que les études soutenant la peine de mort présentaient un bon raisonnement, tandis que celles qui argumentaient en sa défaveur reposaient sur des bases erronées. Ceux qui étaient contre la peine de mort ont jugé le contraire. De manière assez peu intuitive, faire consulter aux étudiants les mêmes informations équitablement nuancées n’a fait que renforcer les positions préétablies dans les deux camps.

Ce préjugé est un problème pernicieux pour les investisseurs. Les tableaux d’affichage concernant les placements grouillent de personnes ayant accès à des informations à peu près similaires mais dont les opinions sont diamétralement opposées. Certaines d’entre elles ont acheté et recherchent des raisons pour confirmer leur décision, tandis que d’autres ont vendu et veulent s’assurer qu’elles ont bien fait. La finance comportementale nous montre que nos actions et nos croyances ont un impact marqué sur nos décisions ultérieures.

Cela peut pousser les investisseurs à s’accrocher à une décision de placement ou à un avis sur le placement bien après avoir effectué l’analyse de départ et malgré le fait que les conditions ont pu changer. Par exemple, durant les années qui ont suivi la crise financière, les investisseurs ont recherché des valeurs refuge et fait diminuer les allocations en actions à des niveaux record historiques ; les bonnes performances ultérieures de valeurs refuge comme les bons et obligations du Trésor des États-Unis auront aidé à justifier cette position. En réalité, malgré la grande incertitude sur les marchés, les actifs plus risqués comme les actions ont également obtenu de bonnes performances, bien que plus versatiles. Sur ce plan, le préjugé de confirmation peut freiner notre prise en compte d’autres actifs et diminuer notre capacité à reconnaître les tournants du marché.

Les actifs risqués comme les actifs défensifs ont connu de bonnes performances depuis la crise

Mais que peuvent faire les investisseurs pour éviter les effets rigidifiants du préjugé de confirmation ? Dans sa philosophie des sciences, Karl Popper a affirmé que le seul moyen de mettre un avis à l’épreuve était de rechercher délibérément toutes les informations en désaccord avec lui. En termes de placement, cela signifie qu’il est essentiel de rechercher activement la différence d’opinion, de vous entourer d’opinions opposées et de tester vos hypothèses auprès de ceux qui ne les partagent pas. Cela implique également d’être conscient des informations que vous recueillez et des facteurs que vous privilégiez lorsque vous prenez une décision. Si votre opinion établie est consensuelle, vous devriez toujours être prêt à accepter pleinement l’avis anticonformiste et la possibilité que vous (et tous les autres) puissiez vous tromper.

Avoir une stratégie de vente bien définie est un garde-fou crucial contre le préjugé de confirmation. Avant d’acheter, décidez clairement de ce qui vous ferait changer d’avis. Si l’un de ces événements se produit, il vous sera alors plus facile d’agir de manière appropriée. Les gérants de portefeuilles, utilisent des stratégies de vente qui emploient des limites de valeur et de la création de scénario.

Tenter d’évaluer les chances que votre avis soit faux est une technique utile. Les investisseurs professionnels utilisent régulièrement la création de scénario et donnent plus ou moins d’importance à différentes issues en se basant sur les conclusions de leurs recherches. Si vous pensez qu’il existe 20 % de chances de résultat négatif, vous devez accepter que vous vous tromperez au moins une fois sur cinq et donc, vous avez peut-être intérêt à prendre des garanties concernant cette probabilité. Cette technique de création de scénario et d’attribution de poids de probabilité contribue à empêcher le préjugé de confirmation en fournissant une porte de sortie psychologique permettant d’admettre que vous avez fait une erreur.

Chaque fois que différents dénouements sont possibles, il est dangereux de se fixer sur un scénario en particulier, même si les arguments pour sont très convaincants. Quand une multitude d’investisseurs acceptent une idée incontestable, les conditions nécessaires à la formation d’une bulle sont souvent réunies, ce qui peut finir par avoir des conséquences négatives pour les investisseurs qui ne remettent pas en question et, le cas échéant, ne modifient pas leur position en matière d’investissement.

L’émotion qu’implique la vente d’un actif apprécié en échange d’un actif non apprécié est laissée à la charge d’un professionnel possédant un procédé de placement rigoureux et l’accès à une vaste gamme d’opinions de recherche.

Il est intéressant de noter que malgré les avantages évidents de la diversification, les recherches suggèrent que la plupart des investisseurs ne détiennent pas des portefeuilles diversifiés. Au lieu de cela, ils comptent énormément sur le placement dans une poignée d’actifs choisis et prennent le risque de ne pas réévaluer leurs investissements quand les conditions changent.

* Leeper, Lord et Ross, « Biased assimilation and attitude polarization » (Assimilation biaisée et polarisation des avis) dans la revue « Journal of Personality and Social Psychology » (journal de psychologie personnelle et sociale) n°37.

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